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Lucien Wasselin

« Poésie-réalité »

Réalité et poésie sont-elles contradictoires ? Pas sûr, surtout quand on s’efforce avec plus ou moins de bonheur de changer l’une et qu’on tente avec l’autre de sauver un peu de nos quotidiens malmenés… C’est ce que semble dire Lucien Wasselin avec son dernier recueil.



Chacun des poèmes de ce recueil est suivi de la mention entre parenthèse de son origine géographique : Istambul, Vézelay, Cahors, Lille, Marrakech, Rochefort-sur-Loire… Renvoi à un lieu, une anecdote, voire avec « TV », aux pires séquences de la réalité bafouée, défigurée par l’idéologie marchande. Ces indications sont une manière d’enraciner l’écriture moins dans un terroir que dans une actualité, un réel qui incite à chanter et déchanter. « Poésie-réalité », oui : le trait d’union entre ces deux termes que d’aucuns croient contradictoires, comme le signale Jacques Morin dans sa préface, est comme un pied de nez à tous ceux qui voudraient que la poésie soit évasion, fuite du monde et de ses contingences…
Lucien Wasselin, poète et homme engagé (ses références fréquentes à Aragon le rappellent), ne mange certes pas de ce pain-là ! Avec ce titre et ce recueil, il dit la lutte à l’issue toujours indécise entre le réel et ce que les hommes voudraient en faire. Ainsi ce beau texte à mon sens emblématique intitulé « du plomb dans la tête » où l’on voit le poète porter chez un récupérateur de métaux des vieilles casses de caractères en plomb en réalisant que le ferrailleur n’est qu’un marchand et en rêvant aux poèmes qu’il n’imprimera jamais plus… Dédié à Valérie Rouzeau (dont le père, on le sait, tenait une casse), ce poème dit tout des déchirements de l’humain confronté aux ruines de ses espoirs et, quand même, à ce haillon d’infini auquel in ne saurait renoncer.
Il y a de la noirceur, les échos de l’exploitation, de la cupidité et de la bêtise (ce cadavre de chat abandonné devant la porte par les chasseurs en témoigne) dans ces textes qui n’éludent rien de la déliquescence ni de la médiocrité de l’époque du marketing. D’où cette rage qui côtoie la mélancolie (ah ! les bistrots à la Prévert !) engendrée par les ravages du temps. Les routards ne doivent plus rien à Kerouac ou Ginsberg, les caméras cachées surveillent et les pandores guettent, « requins et laquais sont les maîtres des lieux »… Demeurent cependant des échappées, des instants de bonheur, comme des trouées de bleu. Rien de métaphysique ; je parlais plus haut d’infini, mais ce n’est pas celui « des bigots satisfaits des fausses réponses qu’ils croient avoir trouvées aux questions qu’ils ne se posent pas ». Il s’agit plutôt d’une « clairière », d’« un creux du temps », d’une énergie de jardinier qui sait que « rien n’est jamais fini » et ne renonce jamais « à faire reculer l’obscurité ».

Michel Baglin



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jeudi 11 octobre 2012, par Michel Baglin

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Lucien Wasselin
« Poésie-réalité »


Ed. Rhubarbe.
(82 pages. 10 euros)



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Photo Marc Lepage / CCAS.

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