Jeanine Baude

Poète à New-York

« Le Chant de Manhattan » & « New York is New York »

C’est d’un séjour effectué, de septembre 2002 à juin 2003, à New York, sous l’égide de l’Alliance Française, que Jeanine Baude a rapporté deux livres : un recueil de poèmes, « Le Chant de Manhattan » (Poésie, Seghers, 2006) et « New York is New York », (Éditions Tertium, 2006), un carnet de voyage. Une écriture polysémique, au rythme syncopé dans le premier cas, une écriture quasiment du reportage dans le second. Deux manières d’approcher et d’exprimer une même expérience.



« Le Chant de Manhattan »

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(Seghers. 140 pages. 12 euros)

« Le Chant de Manhattan », recueil de poèmes en prose, est composé de trois parties, « L’avancée dans le texte », « Le chant de Manhattan » et « Piano words ». Elles nous invitent dans un tourbillon d’évocations, de sensations, d’images, de notations, d’émotions, de références historiques ou géographiques, où l’architecture vertigineuse, les bruits, « l’abreuvoir des sons », le « théâtre d’odeurs », les réminiscences musicales même se mêlent en des textes scandés pour dire – ou plutôt « chanter », inventer le tempo expressif qui la restitue dans son énergie – la vie riche et tumultueuse de la mégalopole qui ne dort jamais. Et « ce qui déborde. Ce qui survient. Cet autre chose que le lieu. »

Le lieu, lui, on le trouvera, explicité, détaillé, raconté dans la prose narrative des déambulations de « New York is New York  » ; mais ici c’est une polyphonie, voire une polysémie, qui est à l’œuvre, dans les phrases heurtées, infinitives souvent, le rythme hypnotique, le jeu des échos et des résonances, et jusqu’à « l’effacement de soi » dans le « déluge des trottoirs », le maelstrom des rues. « Quand on marche dans la ville à en perdre son âme. Le corps écoute tous les corps. »

Le sujet pourtant ne s’efface pas vraiment, il est lui aussi composite, pour ne pas dire cosmopolite, fait de la solitude dans la promiscuité de la foule et de toutes les solidarités des citadins, des passants, des passeurs d’histoires mêlées. La mémoire des immigrants se conjugue à celle des Indiens, les métissages ont tissé les richesses des quartiers et de la vie tumultueuse, et la passante fantasme le chant de la ville à travers sa propre histoire, les poèmes et les musiques dont elle a fait depuis longtemps sa chair, Whitman, Glenn Gould, le phrasé du jazz. Le dehors et le dedans ne font qu’un pour qui sait se laisser envahir, devenir une sorte d’arche de Noé de l’univers urbain. Et c’est là ce que réussit Jeanine Baude dans ce chant qui est aussi exercice de style, aventure poétique, avec « l’écriture dans les plis ».

« New York is New York »

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(Tertium éd. 128 pages. 9.5 euros)

« New York is New York » est aussi reflets d’errances et de rencontres avec cependant moins de juxtapositions, de heurts, de surgissements. New York (dont l’histoire s’écrit en filigrane) y demeure cette « terre de toutes les contradictions » que célèbre le « Le Chant de Manhattan » et l’envoutement y opère toujours, mais de manière plus prosaïque. On est ici dans un reportage. « Dans les rues comme au café, je prête l’oreille », signale Jeanine Baude. Et ce sont aussi des notations tantôt journalistiques et tantôt littéraires qu’elle rapporte de son immersion, presque des invites à entrer dans une librairie, ici, une boîte de jazz là, emprunter tel ou tel pont (ces « véritables passerelles de l’âme new-yorkaise »), tel square, telle avenue.

La balade se fait rêveuse, l’écriture gourmande, sans abandonner jamais le melting-pot qui fait voisiner Henry James avec Ginsberg, Kerouac, Burroughs et Céline avec Simone de Beauvoir, Perec et Emma Goldman, ni le monde en mutation. « La réussite américaine c’est que rien n’enlève rien à rien  », nous dit Jeanine Baude. Et de toute évidence, elle non plus n’a rien voulu perdre en chemin de New-York. Quitte à s’y « reconnaître différent et plus exactement soi-même que jamais » au détour des rues et des paysages humains. Un sacré périple !

Michel Baglin



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La chronique théâtrale de Jeanine Baude



mardi 8 mars 2016, par Michel Baglin

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Jeanine Baude


Jeanine Baude est née dans les Alpilles et a eu une enfance provençale. Aujourd’hui, elle vit à Paris et à Après un D.E.A de Lettres Modernes, elle a conduit une vie professionnelle intense. Elle a accompli de nombreux voyages dont ses livres témoignent, son goût du partage en littérature et d’une ouverture au monde de plus en plus exigeante l’a conduite de Buenos Aires à New York, de son ancrage sur l’île d’Ouessant à Venise, de Bratislava jusqu’aux territoires des Indiens Hopis et Navajos.
Plusieurs résidences d’écrivains ont récompensé son travail. Elle aime à dire "J’écris avec mon corps, je marche avec mon esprit."
Elle a publié une trentaine de livres, essais, récits, poésie.
Elle a obtenu le Prix de poésie Antonin-Artaud (1993). Également le Grand prix de poésie Lùcian-Blaga pour l’ensemble de son œuvre poétique décerné en 2008.
Elle a collaboré à de nombreuses revues européennes et étrangères et fut membre du comité de rédaction de la revue Sud de 1992 à 1997 et membre du comité de rédaction de la revue L’Arbre à Paroles (Belgique). Elle est aujourd’hui Présidente du jury du prix du poème en prose, responsable de l’association Les Amis de Louis Guillaume et secrétaire générale du PEN club français depuis plusieurs années.
De nombreux extraits de ses œuvres ont été traduits en anglais, espagnol, italien, biélorusse, slovaque, etc.



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