Lucienne Deschamps

« Poètes XXI »

Du chuchotement au cri, avec ou sans musique mais toujours dans la ferveur, Lucienne Deschamps a choisi depuis belle lurette de dire et de chanter les poètes. Une voie exigeante, sans concession à la facilité.



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Photo Françoise Ducastel

Avec ce nouvel album consacré à des poètes de notre temps, Lucienne Deschamps souffle le chaud et le froid. Elle a choisi de rendre grâce à ce qui fait l’essentiel de nos vies, en convoquant toujours la beauté pour parler de l’amour, de la mort, du combat pour la liberté. Je parlai d’exigence : dans son répertoire, on ne trouve rien de lisse, d’affecté ou de convenu. Plutôt du rugueux, de l’émotion à l’état brut, des fulgurations à parfois en perdre le souffle.

La poésie d’aujourd’hui n’oublie pas les combats d’hier. Lucienne chante « La Commune est en lutte et demain nous vaincrons  ». Ce salut de Jean-Roger Caussimon à un passé qui saigne encore dans les mémoires, on aimerait bien croire qu’il est le ferment de l’espoir. Espoir dans le changement en marche.
On aimerait se rallier aux mots de la Syrienne Maram Al Masri : « La liberté pleure mais elle avance » ; mais Aïcha Arnaout, une autre Syrienne nous rappelle l’horreur des jours ordinaires : « Ensemble, ils étaient ensemble et les voilà aujourd’hui silencieux chacun d’eux sur une civière vers la même tombe ».
En la compagnie du piano de Sylvain Durand, de l’accordéon de Crystel Galli, de l’oud de Khaled Al Jaramani et du tambour d’Atissou Loko, Lucienne Deschamps escortée parfois de son ukulele, met à nu nos solitudes : « J’ai peur de ma peur et plus encore de ne plus avoir peur et que tout s’évanouisse dans l’indifférence » (Claude Ber) et nos désespérances, que Bernard Noël décline lui-même avec des accents forts et sans emphase, avec en contrepoint la voix de Lucienne murmurant une mélopée funèbre : « Mais maintenant que le non-sens fait la loi / que signifie la résistance ? Ce qui fut terre promise /n’est déjà plus que paradis perdu ».

Pourtant, l’espoir croyons-nous, est toujours en embuscade, et le poète a le devoir d’en établir la recension pour « Habiter si possible la joie d’être vivant » (Françoise Ascal). Alors, dire la joie, même douloureuse, de l’amour : « Ne meurs pas quand même puisque je t’aime jusqu’à la fin de moi » (Roland Nadaus), célébrer la femme « dans sa lenteur avec ses fruits dans l’eau vive du sommeil et ses cris dépliés sur la couche du vide, avec la main fermée sur l’impossible et sa mémoire » (Claudine Bohi), afin de croire, mais avec lucidité, « à l’illusion de la paix » (Colette Klein).

Oui, l’amour toujours revisité avec l’accent d’Andrée Chedid « De cet amour ardent je reste émerveillée » et celui d’Aragon dont les envolées continuent de nous enchanter car il fut le meilleur en ce registre : « Qu’attendais-tu de plus, quel sort quelle aventure / Quelle gloire à toi seule et quel bonheur volé ? »

Alors, « ne meurs pas » comme nous y incite Roland Nadaus et continuons à vivre dans l’urgence et dans la lucidité, embarqués par la voix expressive de Lucienne Deschamps, avec ce choix de poèmes que l’on réécoute sans en épuiser jamais les beautés.

Et goûtons comme il se doit le bonus de trois mots (je ne dirai point lesquels) que nous livre Bernard Noël pour finir, malgré tout, sur un trait d’humour.

Jacques Ibanès



samedi 30 janvier 2016, par Jacques Ibanès

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Lucienne Deschamps : « Poètes XXI » CD production Vive voix, distribution EPM 19 titres 15 €



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