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Jean-Claude Tardif

« Post-scriptum au chien noir »

Le « chien noir », c’est la guerre d’Espagne qui a marqués pour toujours plusieurs générations d’exilés et de victimes de la tragédie annonçant la Seconde Guerre mondiale. Jean-Claude Tardif poursuit son entreprise de remémoration commencée avec « La Nada », cette fois par le biais de portraits.



Avec ce recueil de huit nouvelles paru aux éditions du temps qu’il fait, Jean-Claude Tardif donne une suite à cet autre recueil de nouvelles paru en 2009 à la même enseigne sous le titre « La Nada » (voir ici), qui évoquaient l’Espagne de la défaite républicaine, de la Retirada et de l’exil, l’Espagne meurtrie.

Cette fois encore, c’est la grande histoire qui s’invite dans ces pages, la tragédie d’un peuple confronté à la guerre civile, au fascisme, à la fuite et à la nostalgie. Mais alors que l’auteur dans son précédent ouvrage rapportait des faits et des anecdotes, témoignait et multipliait les scènes parfois hallucinantes, il s’emploie surtout cette fois-ci à brosser des portraits. Bien sûr, à travers ses personnages d’Espagnols dont la pensée est toujours restée là-bas, de l’autre côté des Pyrénées, c’est encore une même douleur qui emplit les silences et se devine sous les traits vieillis, et le même idéal de fraternité qui se survit.

Des drames individuels et universels à la fois

Cette galerie de portraits s’ouvre avec Antonio, le grand père qui était la figure centrale de « la Nada » , celui qui n’a plus même « le goût des larmes ». On y découvre aussi Barto, l’ancien compagnon d’armes tourmenté par le remord d’avoir laissé la vie sauve à un fasciste, Manuel le cantonnier, Marisol hantée par le souvenir de son mari supplicié, Dolorès violée par un phalangiste, Lucas rêvant de rendre justice aux siens, Luis, le clochard qui n’a « passé son temps qu’à vieillir » depuis qu’il a quitté son pays et le front de l’Èbre. Ou Miguel Jaime, l’ancien carabin qui a sauvé tant de jeunes blessés à la bataille de Belchite et y a laissé lui-même un bras…

Comme dans ses autres recueils de nouvelles, notamment « la Nada » , Jean-Claude Tardif témoigne ici d’une belle maîtrise de la narration et de l’ellipse, en ménageant souvent une sorte de suspense qui amène le lecteur à deviner le secret des personnages. Cet art du non-dit et du lent dévoilement augmente encore la force de ces drames qui sont individuels et universels à la fois (« L’expérience est une chose que l’on acquiert juste après en avoir eu besoin »), mais qui tous participent d’une mémoire collective.
« On n’accouche pas de ses peines », dit un personnage et c’est un fait que nul jamais ne s’en libère dans ces pages sombres, pas plus que dans la réalité d’une guerre qui a ensanglanté le sud de l’Europe, préfigurant son embrasement général. Mais chacun les a intégrées, ces souffrances, au point de s’identifier à elles ; dès lors, comment s’étonner que personne ne veuille être dépossédée de sa vie ?

Michel Baglin



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jeudi 18 octobre 2012, par Michel Baglin

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Jean-Claude Tardif
« Post-scriptum au chien noir »


Le temps qu’il fait, éd.
116 pages. 15 euros

Jean-Claude Tardif


Né en 1963 à Rennes dans une famille ouvrière, Jean-Claude Tardif est aujourd’hui installé en Normandie.
Il a publié des livres de poèmes, des récits et des nouvelles. Il est aussi le créateur et l’animateur de la belle revue "A l’index"



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