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Roland Nadaus :

« Pour le réalyrisme »

Contre les « clercs obscurs »

Les éditions Corps Puce qui avaient publié son recueil « Les grandes inventions de la préhistoire » , réédite le manifeste de Roland Nadaus, « Pour le réalyrisme » , écrit et diffusé à petite échelle en 1981, et qui se voulait surtout une charge contre le terrorisme poétique qui sévissait alors, du côté des « lincuistres » et autres verbeux de salon.

Le terme de « terrorisme » poétique peut paraître exagéré à de jeunes auteurs, et sans doute l’est-il ; il faut cependant convenir que l’alliance des phénomènes de mode littéraire, de la bienpensance révolutionnaire de la période post-soixante-huitarde et du snobisme de certains intellos a fait peser une chape de plomb, ou plutôt de silence, sur la création poétique des années soixante, soixante-dix et même quatre-vingts. En est-on seulement sorti ? Pas tout-à-fait sans doute, et c’est pourquoi le pamphlet d’un poète ayant choisi la « vie chaotidienne » et le partage du sensible contre les « clercs obscurs » est toujours bienvenu. Pas besoin de consulter beaucoup de revues d’alors pour tomber sur les « phonèmes gazeux et les parenthèses souffreteuses » d’une poésie blanche et anémiée ; mais je crains qu’il n’y ait pas à chercher beaucoup aujourd’hui non plus pour trouver de nouveaux avatars d’une même imposture…

Plus c’est chiant, plus c’est beau…

Nadaus, certes, n’y va ni de main morte ni de plume serve et sa saine colère déglingue les Trissotin, leur pédantisme, leur suffisance et leurs textes abscons. Avec cet axiome : « plus c’est incompréhensible, plus c’est sérieux ; plus c’est incommunicable, plus c’est fondamental (un mot qu’ils affectionnent) ; plus c’est indéchiffrable, plus c’est révolutionnaire. Plus c’est chiant, plus c’est beau… »
Je regrette un peu qu’il associe implicitement (et par le choix des exergues d’André Breton en tête de chapitres) ce formalisme pédant et mortifère à un excès de rationalisme : ni la sémiologie ni la critique structuraliste (celle d’un Todorov, par exemple) n’ont vraiment contribué à ce dessèchement de la poésie, mais bien plutôt le snobisme de songe-creux se prenant pour l’élite et disposant des relations nécessaires à leur promotion. Par ailleurs, je me méfie toujours un peu quand on tend à opposer science et poésie…

Le chant du réel

En revanche, j’applaudis des deux mains quand Roland Nadaus affirme que le « développement d’un langage technico-ésotérique (est) destiné à masquer le réel et à confisquer le pouvoir justement, à noyer le poisson des réalités. » C’est bien l’enjeu il me semble : retrouver une poésie qui parle de l’homme global, intelligence et sensibilité mêlées, et du monde. Tel est le sens de ce « réalyrisme » qu’il appelle de ses vœux et qui s’apparente à ce qu’on a vu se fortifier ces dernières années : le retour de la parole après la glaciation des laboratoires, « le chant du réel et le réel qui chante. »

Oui, j’aime que Roland Nadaus s’emporte et nous ramène sur terre : « A force de traiter n’importe qui de n’importe quoi, de n’impoète quoi, on ne sera bientôt plus capable d’appeler un chat un chat, un con un con, salaud un salaud et M. Dupoète un faiseur… »
J’aime surtout qu’il replace l’échange interhumain au cœur de la parole poétique, car, ainsi qu’il le rappelle avec force, « chacun a besoin d’être reconnu d’autrui pour continuer de vivre ».

Michel Baglin



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dimanche 17 juillet 2011, par Michel Baglin

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Roland Nadaus
« Pour le réalyrisme »



Editions Corps Puce
(102 pages. 9 euros)
ISBN 2-35281-050-7

Ils ont dit

"Un homme dans la ville,un poète dans la vie".
Jacques Morin

"Un homme,,une ville,un oeuvre:c’est Roland Nadaus"
Georges Cathalo

"Une oeuvre forte,généreuse,puissante et ambitieuse"
Christophe Dauphin

"C’est vif,br�lant et tendre à la fois"
Jean Chatard

"Poète atypique s’il en est et dont l’expérience humaine se traduit en poèmes poignants,allant jusqu’au pamphlet."
Jehan Despert

"La poésie de Roland Nadaus est une poésie de combat contre la bêtise,une poésie d’amour et de révolte."
Serge Cabrol
"Roland Nadaus en deux autoportraits ?"Un homme souffrant d’être homme -et qui en parle" et un "égo�tier de l’idéal":ce solitaire n’est pas seul."
François Huglo

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