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Georges Drano

« Premier soleil sur les buissons. »

Une lueur dans le buisson des mots

Georges Drano vient de publier son treizième recueil chez Rougerie. Peuplé d’arbres, du murmure de la vigne, d’échardes, de buissons et baigné d’une lumière solaire.


Qu’il évoque les arbres, la vigne, les échardes, les buissons, Georges Drano parle certes de ces végétaux, de ces ceps et de ces bois qu’il connaît et avec lesquels il a commerce quotidien, mais il parle tout autant et comme en filigrane des mots, poèmes, récits que trament en nous le paysage, sa traversée et ses échos dans nos mémoires.
Oui, plantes, arbres, buissons ont leur chant, que le poème devine, fait émerger de l’obscur silence, comme les racines vont puiser la vie dans les profondeurs invisibles de la terre pour la hisser à la lumière.
Ainsi en va-t-il de la vigne :

« La vigne s’écrit
à la surface de la terre
Elle a tout sorti de ses rangs
les souches, les sarments
les feuilles et les grappes
Elle a fait le tour de la colline
et salué le bois
Elle a reconnu le pressoir et la cuve
Traversé l’odeur des moûts
et le mur étoilé des bouteilles
Quand elle a repris place
dans l’étendue d’un hiver
Elle s’est éloignée de côté
vers le soleil. »


Paysages intérieurs

La section qui donne son titre au recueil est consacrée aux buissons, sorte d’interface entre le grand jour et les ténèbres : « Les buissons que traverse la nuit connaissent l’obscur voyage de la lumière » et il faut savoir « chercher à reconnaître ce qui brille en lui pour ne pas se sentir séparé des feuilles et des branches »
Séparé : mot clef il me semble, car Drano nous maintient toujours dans ce balancement, entre l’immersion dans le monde et le sentiment de notre exclusion. Expérience de marcheur : « Les pas les mots / ne font qu’un / Leur bruissement sur le sol / ouvre l’abri / où se cache / le récit. »
Ainsi, les arbres, la vigne, les échardes, les buissons nous renvoient-ils à nos paysages intérieurs, nous conduisant « aux miroirs d’écorces qui portent nos blessures. »
Le sang, la sève, l’encre sont inextricablement mêlés :
« Il y a longtemps que nous sommes enfoncés dans l’écriture des buissons, jetés dans la nuit, à l’étroit dans leurs rameaux et leurs feuillages. Seules les brindilles accrochant la lumière nous y voyons l’apparence la plus légère du vent qui court après la paille quand le soleil et la terre se lèvent l’un dans l’autre. »

Célébration du silence

Le réel est ce buisson hérissé d’épines « à ne pas y mettre la main, seulement les mots ». Ce qui n’empêche le poème de se faire aussi célébration du silence, tandis que « de minuscules fleurs sauvages à l’ombre du buisson reversent leurs parfums à la nuit. »
Écoutons-en le chant, une fois encore, avec un poème pour conclure :

« Les buissons appartiennent à ceux qui viennent s’asseoir devant le paysage, ils sont derrière eux au-delà des maisons fermées adossées à la rocaille. Ils savent leurs odeurs de térébinthes et de genévriers qui montent dans le bruissement sec du vent qui tourne. Dans les silences qu’ils échangent entre eux ils attendent l’ouverture du monde et le premier soleil sur les buissons. »

Michel Baglin



Lire aussi :

Portrait de Georges Drano par Michel Baglin

Entretien : « Fixer ce réel qui nous échappe... »

Lecture de quelques recueils par Michel Baglin

Lecture de « Vent dominant » par Max Alhau

Lecture de « Tant que Terre » par Max Alhau

Lecture de « Un mur de pierres sèches » par Bernard Mazo

Lecture de « Premier soleil sur les buissons » par Michel Baglin

Hommage aux Drano par Lucien Wasselin



mercredi 30 septembre 2009, par Michel Baglin

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Georges Drano
« Premier soleil sur les buissons. »
Rougerie
88 pages. 13 euros

Georges Drano

Né en 1936 à Redon (35), Georges Drano a vécu en Bretagne jusqu’en 1993 et réside maintenant dans l’Hérault. Il fut enseignant, aujourd’hui il organise et présente régulièrement des lectures publiques et participe à l’organisation de festivals de poésie (A la Santé des Poètes, les Voix de la Méditerranée). Et qui a obtenu le Prix de poésie Guy Lévis Mano en 1992.

Bibliographie

* Un mur de pierres sèches, poèmes, Éd. Atelier La Feugraie, 2009
* Temps autre temps, poèmes, Éd. la Porte, 2009
* Premier soleil sur les buissons, poèmes, Éd. Rougerie, 2009
* Ô sables (éd. La Porte) 2006
* La chambre du lac (acryliques de Jacques Galey, éd. Les Cent Regards) 2006
* Pour habiter, poèmes, post face de Serge Meitinger , éd. Le Dé Bleu 2006
* Le murmure de la vigne, éd. La Porte, 2005
* La route, éd. La Porte, 2004
* Tenir, éd. Rougerie, 2003
* Le col au vent, éd. La Porte, 2003
* La charette au charbon, éd. La Porte, 2001
* L’autre jardin, éd. La Porte, 2000
* Village, éd. La Porte, 1998
* Dans le passage et la nuit, éd. Rougerie, 1998
* Salut talus, éd. Rougerie, 1994
* Eau tirant les rêves, Groupement culturel breton des pays de Vilaine, 1990
* Présence d’un marais, éd. Rougerie, 1990
* La Lumière sous la porte, éd. Rougerie, 1987
* Pièces d’une même porte, éd. Folle Avoine, 1987
* La Maison conduit à la terre, éd. Rougerie, 1982
* Le chemin du jour touche au chemin de la nuit, éd. Rougerie, 1978
* Présence d’un marais, éd. Rougerie, 1975
* Poèmes choisis, éd. Verticales 12, 1975
* Eclats, Rougerie, 1972
* Inscriptions, HC, 1971
* La terre plusieurs fois reconnue, éditions Du Seuil/Ecrire, 1968
* La hache, Rougerie, 1968
* Parcours, Rougerie, 1967
* Visage premier, Rougerie, 1963
* Grandeur nature, éditions Sources, 1961
* La pain des oiseaux, éditions Sources, 1959

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