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Pierre Dhainaut

« Progrès d’une éclaircie », suivi de « Largesses de l’air »

Une lecture de Max Alhau

Voici la première publication d’un nouvel éditeur dont Pierre Dhainaut est l’auteur choisi pour cette inauguration.



La voix de Pierre Dhainaut nous est bien connue et elle s’exprime ici dans quatre parties différentes par la thématique mais unies par l’écriture sobre, lucide.
Dans « I.R.M. », ce pourrait être le récit d’un banal examen dont rendrait compte Pierre Dhainaut, mais à partir de cela se développe une pensée tournant autour de l’observation des autres : « Chacun se réfugie en son mutisme, chacun / l’oublie, le secret des corps est pour tous le même. » Petit à petit, le poète prend conscience de son isolement, de son absence au monde de la réalité. Lentement il décrit cette enfoncée dans l’appareil : « déjà la tête et la poitrine avancent / dans un tunnel opaque, étroit, qui les dévore ». La conscience demeure, vive, par laquelle il perçoit à la fois la dure réalité et le souvenir d’une autre réalité quand revient par à coups le silence, l’écoute : « elle est l’âme de ceux qui diront "nous", / qu’il s’adressent aux morts, aux enfants, / tous égaux dans la perte, dans la résurgence. »
Avec « Syllabaire », Pierre Dhainaut, dans une suite de quintils, propose au lecteur quelques recommandations qui sont comme un art de vivre, d’observer la nature, de faire corps avec ce qui nous entoure par le biais des mots, nos guides premiers pour la connaissance de soi et des autres : « L’écho d’un cœur qui palpite ou peut-être / d’une porte qui bat, tu le percevras pleinement, / fût-ce au creux d’une page, du n’as plus peur, / tu n’es plus séparé de ton pays ». C’est en fin de compte à une approbation de la vie dans ce qu’elle a d’infini et de furtif que conduit l’écriture du poème : « De ton passage il ne subsiste que des traces, / tu as conduit chaque phrase à son terme ».
Dans « L’ère d’avril », le mois préféré de Pierre Dhainaut est aussi celui de la renaissance, rapide, de la nature et cette rapidité s’exprime par une suite de tercets à l’écriture resserrée soulignant ce changement total : « Tout crépite, tout se libère / ou s’amplifie, / l’arborescence, le sens ». Le poète peut alors observer cette métamorphose qui signifie la présence de la vie qui a partie liée avec la nature à laquelle nous nous associons, qui devient nôtre : « Nous arrêter souvent, / toucher un tronc, c’est en nous / que l’aubier prend conscience » . Avec l’extrême attention portée à ces transformations, c’est aussi la gratitude qu’exprime le poète : « Recevoir, remercier l’haleine, / l’augmenter par l’offrande, / nous rendons la mort craintive », c’est également la confiance dans l’avancée du poème.
« Largesses de l’air », suite de quatrains, est une succession de recommandations, d’invitations à la sagesse et à la découverte de soi et de la nature. Dans cette avancée au milieu de lieux divers, chacun fait corps avec le monde : « Chemin de crête, tant que tu marches / sans esprit de retour, sans la crainte / d’une fin, tu te passes de guides, / tu n’es plus seul ». Il faut entendre ces paroles pour comprendre quels liens unissent Pierre Dhainaut au monde des hommes et quel espoir tenace il entretient, un espoir qui permet tout, comme il le suggère en conclusion : « Et la nuit, dans les chambres, / tu rêveras de la buée / qui recouvre en secret les vitres, / tu la verras s’effacer en lumière ».
Lire Pierre Dhainaut et Progrès d’une éclaircie , c’est continuer à marcher, à avancer dans l’amitié du monde, dans la confiance en la parole et ses pouvoirs inattendus.


Max Alhau



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mardi 6 mai 2014, par Max Alhau

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Pierre Dhainaut
« Progrès d’une éclaircie »
suivi de « Largesses de l’air »


Faï fioc,
(60 pages. 8 € ).



Pierre Dhainaut

Pierre Dhainaut est né à Lille le 13 octobre 1935. Ce fils d’instituteur passe son enfance et son adolescence dans la ville ouvrière d’Armentières. Il s’installera quelques années plus tard (1957) à Dunkerque où il a enseigné et où il vit toujours.
D’abord proche des surréalistes (il a connu Breton et d’autres), il rencontre Jean Malrieu dans les années soixante et son influence sera déterminante sur son œuvre, qui s’ouvre en 1969 avec « Le Poème commencé » .
En 1971, il fait également la connaissance de Bernard Noël (il consacrera des études à ces deux poètes, ainsi qu’à Octavio Paz et Jean-Claude Renard).
Si le poète est discret, son œuvre est abondante, riche de plus de trente ouvrages publiés depuis 40 ans.
Il a reçu en 2009 le Prix de littérature francophone Jean Arp pour l’ensemble de son œuvre.



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