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Gérard Bocholier

« Psaumes du bel amour »

Une lecture de Françoise Siri

Avec ses « Psaumes du bel amour » (Ad Solem), Gérard Bocholier poursuit avant tout son itinéraire spirituel.



Paradoxe de l’époque : en ce début du XXIe s. où les églises se vident et où la foi chrétienne s’épuise, les psaumes restent porteurs de toutes les promesses. Ils avaient été remis à l’honneur en littérature au XVIe s. (Clément Marot) et XVIIe s. (Malherbe, Racine) et ils reviennent sur la scène. Ils parlent à tous, au poète chrétien Jean Grosjean, qui écrivit en psaumes, et a ouvert les portes de la N.R.F. à Gérard Bocholier, comme à Philippe Delaveau, qui expliquait récemment :
« Je crois qu’il y a quelque chose de tout à fait contemporain dans les psaumes : à la fois celui qui dit “je”, qui n’est pas forcément le poète, cette présence d’une conscience à soi, d’une conscience au monde qui est celle de tous, et puis cette tentative de trouver une forme de sagesse pour répondre. C’est peut-être une folie mais je crois qu’il y a cette ambition dans la poésie, que l’on trouve à travers les siècles. Quête de sagesse. Quête de joie. » (Cycle « Grands poètes d’aujourd’hui », B.N.F., séance consacrée à Philippe Delaveau du 14 mai 2012. Consultable en ligne : ici.

Avec ses « Psaumes du bel amour » (Ad Solem), Gérard Bocholier poursuit avant tout son itinéraire spirituel. Dans le recueil précédent « Abîmes cachés » (L’Arrière-pays), il nous avait laissés avec ces dernières phrases, qui annoncent et préparent les psaumes : « Quelques pas me restent à faire. J’avance encore pour ne plus voir, à travers vous, que l’infini pays natal et ses figures d’éternité. » Ces quelques pas qui restent à faire, c’est notamment le temps qui reste à vivre. Par rapport à la quête de sagesse contemporaine dont parle Philippe Delaveau, les « Psaumes du bel amour » sont bien un livre de sagesse s’il en est : la sagesse de l’homme qui envisage sa propre mort. C’est alors que les images bibliques se font un peu plus nombreuses qu’à l’accoutumée, et que le poète tutoie celui qu’il appelle désormais « Doux Seigneur ».

Laisser venir le mystère

C’est cette méditation de la mort, dans l’adresse à Dieu, qui justifie le titre de « Psaumes ». Ils sont composés de deux quatrains équilibrés et toujours égaux dans leur construction sans ponctuation ; et ils font entendre ainsi « le murmure des commencements, un murmure qui ne s’éteindra qu’au dernier mot pour faire place au silence » comme l’écrit Jean-Pierre Lemaire qui signe la préface. Tout tend à l’harmonie ultime, fluide et constante, comme si le poète voulait gommer tout désaccord, au sens musical du terme, dans sa vision de la vie, avant de s’en détacher : « Je dois encore effacer / Cette langue brusque et vaine / (…) Laisser venir le mystère ».

Dans la première partie de l’ouvrage, les psaumes expriment la présence mystérieuse, qui n’est pas encore nommée, et qui se manifeste dans la nature, le paysage. Fidèle à lui-même, le poète évoque Dieu discrètement, de manière voilée comme le mystère, en nous conduisant, en douceur, par métaphores et allusions ; chacun pourrait presque, selon ses croyances, mettre les mots qu’il veut sur la présence évoquée :

« Réunis par tant de souffles
Nous ne pouvons pas mourir
Un fil se tend sous les sources
Unit la vie à la vie »

Cette première partie est une sorte de chant de la création, très austère, comme si les mots devaient s’amenuiser pour laisser le lecteur en face du vent, du souffle, de la présence pure qui l’appelle.

Dans la seconde et dernière partie, le poète tutoie la présence à laquelle il s’adresse. Le moment est venu où le poète envisage de manière plus soutenue sa mort : quelques psaumes appellent Dieu, dans un cri du cœur, une prière profonde, et reprennent des images bibliques traditionnelles (comme le berger, Lazare, les pélerins d’Emmaüs) :

« Puissé-je ne pas douter
Quand viendra l’heure dernière
Puisque tu jettes du feu
Aux carreaux noirs de l’auberge »

Indépendamment des croyances de chacun en matière de religion, à l’heure où la mort est masquée dans nos sociétés, et où nous vivons comme si nous étions immortels, ce livre allume un contre-feu salutaire.

Françoise Siri



Lire aussi :

« Abîmes cachés »

« Psaumes du bel amour »

« Les nuages de l’âme »



dimanche 23 septembre 2012, par Françoise Siri

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Bibliographie

Poésie
Le Village emporté, L’Arrière-Pays, à paraître 2013
Belles saisons obscures, Arfuyen, 2012
Psaumes de l’espérance, Ad Solem, 2012
Psaumes du bel amour, Ad Solem, 2010
Abîmes cachés, L’Arrière-Pays, 2010, prix Louise Labé
Jour au-delà, Rougerie, 2006
La Venue, Arfuyen, 2006
Le démuni, Tarabuste, 2005
Du feu jeté, L’Arrière-Pays, 2004
La Veille, L’Estocade, 2000
Lueurs de fin, Rougerie, 2000
Chants de Lazare, L’Arrière-Pays, 1998
Le Village et les ombres, L’Arbre, 1998
Voix secrète, L’Arrière-Pays, 1995
Terre prochaine, Rougerie, 1992, prix Jacques Normand
Un charbon de bleu pur, Table rase, 1992 (épuisé)
Secrets des lieux, Rougerie, 1990
Poussière ardente, Rougerie, 1987, prix Louis Guillaume
Lèvres, Rougerie, 1983
Liens, Rougerie, 1981
Chemin de guet, Subervie, 1979, prix Voronca, prix Hennequin de la SGDL
L’Arbre et la nuit, Rougerie, 1979
Le Vent et l’homme, Rougerie, 1976
L’Ordre du silence, Chambelland, 1975

Essais
Les ombrages fabuleux, L’Escampette, 2003
Baudelaire en toutes lettres, Bordas, 1993
Pierre Reverdy, le phare obscur, Champ Vallon, 1984

Anthologie
Poésie en Auvergne, Rougerie, 1983

Poésie pour la jeunesse
Cinq poèmes-livres, éditions Grandir, 1993 (éditions illustrées pour bibliophiles)
Poèmes du petit bonheur, Hachette, 1992, Grand Prix de poésie pour la jeunesse (épuisé)
Si petite planète, Cheyne, 1989
Terre de ciel, Cheyne, 1985

Dans « La poésie du vingtième siècle », t. 3. de l’Histoire de la poésie française, (Albin Michel), Robert Sabatier écrit :
La poésie de Gérard Bocholier « est celle d’un homme aux écoutes des voix de la nature et de ses voix intérieures, d’où cette impression de feutré, de retenu pour ne pas effaroucher le mystère car “le secret , décelé, éparpille les astres”, pour ne pas détruire les mirages ou briser le silence nécessaire pour percer les énigmes. Les vers, souvent des versets, sont économes et ont de la grâce, de la délicatesse même, dans la familiarité végétale, animale, minérale de l’ardeur confiante. La clarté peut se lever sur la noirceur volcanique. »


Voir la biographie ici

(colonne de droite)



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