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Jacques-François Piquet

« Que fait-on du monde ? »

« Que fait-on du monde ? » est une réédition. Ce recueil de proses était paru en 2006 chez le même éditeur, sous-titré « Élégie pour quarante villes ».



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Jacques-François Piquet, « Que fait-on du monde ? ». Éditions Rhubarbe, 120 pages, 11 €

L’élégie passe de 40 à 47 villes (Tucson, Merrimack, Bourges, Los Angeles, Stockholm, San Francisco et Ho Chi Minh Ville), le titre d’une des proses passant de « Creutzwald » à « Creutzwald et Londres »… Le « Je » est toujours employé, mais, il faut le souligner, varie d’un texte à l’autre : Jacques-François Piquet fait endosser à ce pronom diverses personnalités : la dénonciation n’en est que plus vigoureuse tout en évitant les facilités inhérentes au genre… C’est que Piquet ne hurle pas avec les loups même si tout est toujours à recommencer ou à refaire ; je pense ici à la citation de Philippe-Auguste Jeanron qu’Aragon met en épigraphe de l’Épilogue des Communistes : « L’avenir, la victoire et le repos ne nous appartiennent pas. Nous n’avons à nous que la défaite d’hier et la lutte de demain ».

Rien de narcissique dans ce « Je », mais seulement la violence de l’aveu, de la dénonciation (qui n’en prend que plus de force) des bassesses et des crimes commis au nom de l’humanité et de la sécurité. Jacques-François Piquet n’épargne aucune dictature : il est pour le désarmement universel, pour une paix partagée entre tous… Tous ces humains qui disent « Je » sont autant victimes que bourreaux car les vrais responsables sont toujours absents ; ce ne sont pas des enfants de chœur ni des salauds, mais de simples créatures humaines ballotées par les événements qui se sont trouvées là où Jacques-François Piquet les saisit, de simples humains qui ont toujours le pouvoir de refuser. Cette approche du réel, si elle dénonce les atrocités commises par les puissants de ce monde (et leurs laquais), est pleine de sensibilité. « Kilipala » est sans doute le texte le plus intéressant car s’il rend hommage à toutes les femmes dont on rase la chevelure dans l’Histoire, Jacques-François Piquet ne manque pas de citer ce fragment de Saint-Luc épargné par l’autodafé qui suivit la tonte des converties : « Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les tous devant moi »
Dans la prose suivante, « Vert-le-Petit », Jacques-François ne met pas sur le même plan l’héroïsme des Résistants et la pleutrerie du plus grand nombre, il les oppose même avec une habileté certaine : mais, le narrateur, pour pleutre qu’il ait été, se rachète en se souvenant d’Olga Bancic, immigrée, juive et communiste (que des défauts aux yeux de la majorité aujourd’hui !) qui combattit dans les rangs du groupe Manouchian et mourut décapitée à Stuttgart le 10 mai 1944… Tout y passe : la fin de l’exploitation charbonnière en France ou en Angleterre, les femmes mises à mort ici ou là, le réchauffement climatique, les attentats terroristes, les haines raciales, l’extermination physique ou symbolique des minorités, la maltraitance des personnes âgées en maisons de retraite… Toutes tares bien réelles du monde tel qu’il ne va pas… Car le monde tourne mal, victime des fanatismes de tous ordres et de l’argent-roi. Rien ne justifie la mort quand on veut vivre ! Sans oublier la mauvaise conscience de ceux qui refusent l’ordre établi sans avoir le courage de lutter : Jacques-François Piquet dit avec talent toute la complexité d’un monde qui va mal.
Dans ces villes où l’inacceptable s’est produit, se produit encore sous nos yeux, que faisons-nous pour que cela cesse ? Par la force de l’écriture, dans ces 47 proses, Jacques-François Piquet dénonce et lutte ; il fait du lecteur plus qu’un simple témoin : un révolté potentiel.

Lucien Wasselin

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samedi 9 avril 2016, par Lucien Wasselin

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Jacques-François Piquet

Né en 1953, à Nantes, Jacques-François Piquet vit dans l’Essonne après avoir passé une douzaine d’années à Londres. Auteur de romans, de proses courtes et de pièces de théâtre, il anime aussi des ateliers d’écriture.

Du Même auteur

L’œil-de-bœuf. Roman, La Différence, 1983. Nouvelle version en 2004 ed. Joca Seria.
Rue Stern. Roman, La Différence, 1993
Rupture de rêve. Roman, Le Dé Bleu, 1995
Alibelle et le secret du marais d’Itteville. Conte, Le Dé Bleu, 1986
Fenêtres. Poèmes avec gravures de Michel Ménard, Métaphore A3, 1998
Les comédiens de Chagall. Nouvelle, Kaléidoscope Publishers Ltd, 1998
Gif-sur-écrits, une expérience d’écrivain en résidence. Métaphore A, 1999
En pièce. Théatre, le Bruit des autres, 2000
Noms de Nantes. Petites proses, Joca Seria, 2002
Elégie à la mémoire de trois étrangères. Prose, éd Isabelle Sauvage, 2005
Que fait-on du monde ? Elégie pour 40 villes. Rhubarbe, 2006
Vers la mer. Rhubarbe, 2015



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