Jean-Claude Martin

« Que n’ai-je »

Jean-Claude Martin se souvient qu’enfant, il aimait regarder s’enfuir les choses par la vitre arrière d’une automobile. Cette « mauvaise manière de voyager » est restée enfouie en lui, même si, avoue-t-il, « aujourd’hui j’ai appris à conduire et à faire semblant de regarder devant moi. »



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Éditions Tarabuste. 104 pages. 13 euros.

Jean-Claude Martin se souvient qu’enfant, il aimait regarder s’enfuir les choses par la vitre arrière d’une automobile. Cette « mauvaise manière de voyager » est restée enfouie en lui, même si, avoue-t-il, « aujourd’hui j’ai appris à conduire et à faire semblant de regarder devant moi. »
Ce qu’il reste de cette tentation, c’est pas mal de nostalgie (même si « ça ne sert à rien de fuir ce qui fut. Ça ne sert à rien de l’aimer ») et surtout ce sentiment de la fragilité de chaque moment de vie, que son humour persistant, sa façon de ne jamais trop se prendre au sérieux, ne parviennent pas à dissimuler. On la retrouve dans chacun de ses recueils, comme dans ses nouvelles.
Il s’y entend pourtant pour prendre le frais le soir avec son « petit chevalet à poème » qu’il pose devant le monde, la ville redevenue silencieuse, les ciels qu’il affectionne et leurs avions, les eaux calmes et leurs reflets. Une sorte de distance amusée toujours désamorce le tragique. Ainsi nous emmène-t-il en forêt, parmi les promeneurs de chiens, au bord d’un lac qui dort encore et « a remonté une petite brume sur ses oreilles ». Mais l’innocence chez lui est trompeuse, « la journée lumineuse est un masque ». Et l’apollinarien « Que n’ai-je ?  » le rappelle : le manque toujours est à l’œuvre…

« Des rêves ne retrouveront jamais leur place »

Oui, Jean-Claude Martin sait raconter la volupté d’avoir le vent dans le dos à vélo ou rameuter le mémoire du gosse qu’il fut. Mais si elle enchante encore, « l’enfance est douce bien trop tard ». Il y a toujours un « mais », au fond, dans tous les enchantements. Ne pas se laisser berner est peut-être la condition de poète, ou plutôt la condition pour être poète. « Un vin rosé bien frais, l’abandon confortable du corps, et l’on peut croire que rien n’adviendra », reconnait-il. C’est la réticence à s’abandonner, l’intuition de la fêlure dans le jour et en soi-même, la conscience de la menace de la mort et la conviction de ne pouvoir compter sur un secours du ciel qui avivent les sens, et rendent attentif, à vif, en dépit des apparences de la sérénité. La tempête dont il parle, il ne nous la décrit pas, il nous en peint les effets après son passage, quand arbres et branches jonchent le sol et quand « des rêves ne retrouveront jamais leur place ».
Et puis, l’en-dehors ne sauve jamais de l’en-dedans et le promeneur le sait qui reconnait, après avoir éliminé les faux sortilèges du vent et des chutes de branchages : « ce qu’il faut craindre dans la forêt, c’est donc – comme partout ailleurs – uniquement soi ! »

Michel Baglin



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Un choix de poèmes



mardi 24 mai 2016, par Michel Baglin

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Poésie et « baratinades »

Né en 1947, à Montmoreau-Saint-Cybard (Charente), Jean-Claude Martin a été Conservateur de la Bibliothèque universitaire de Poitiers et préside actuellement la Maison de poésie de Poitiers.
Il est l’auteur de pièces de théâtre et surtout de recueils de poésie, avec une nette prédilection pour le poème en prose. Mais il n’a pas oublié ce grand-père qui durant les vacances, après le souper, lui racontait des « baratinades » ; peut-être est-ce lui qui lui a donné le goût des histoires et l’a conduit à écrire des de nouvelles.
Jean-Claude Martin a participé à une soixantaine de revues et anthologies poétiques, Texture lui a consacré son numéro 27 et il a obtenu le prix Roger Kowalski pour « Saisons sans réponse » et le prix Louis Guillaume du poème en prose pour « Ciel de miel et d’orties ».



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