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Monique Saint-Julia

Quelques poèmes et quelques tableaux

A la fois poétesse et peintre, Monique Saint-Julia tente à travers son œuvre de retrouver l’enfance et son regard émerveillé. Avec, souvent, cette « tendresse endolorie » que souligne Gaston Puel.
Voici quelques poèmes glanés dans ses divers recueils


J’écris des lettres, des lettres timbrées d’oiseaux, de coquillages de l’île de la Réunion, de tortues luth de Guyane, de coléoptères géants.

La terre est dans ma chair. J’y promène des forêts, des ombelles, des racines allongées hors de l’eau, des saules duveteux. Mois de lune noire, velouté des coulemelles. La cage d’oiseaux ruisselle de pépiements.


Je croise ces jours d’eau lasse, Toussaint d’ombres, longs nuages effleurant le ciel, regards s’enfonçant peu à peu vers l’obscurité du cœur.

Au loin, la mer creuse sa ride d’horizon.

Déjà viennent les portes entrebâillées des deuils, les mains et bustes penchés sur les tombes. Ciel amenuisé de gris, étang d’eau pieuse. C’est un voyage de tristesse, de sentes noyées, d’arbres défeuillés, quand les lèvres appellent des noms que la terre enferme dans son silence. Un souffle tiède remue les buissons. Plus les jours passent menant la fin des choses et des noms, plus le passé résonne. Détachés des muettes saisons, nous cheminons vers une lumière d’éternité.

Dernier jour de l’année. L’hiver est un abandon, un laisser-aller de couleurs, de haies, un dénuement de verger, de feuillages, d’odeurs. Il reste des cages d’oiseaux chantantes dans le bois, de longues flammes vertes et drues des genévriers remplis de petits fruits que l’on suce longuement.

Je voudrais parler de l’hiver dans la maison, des prés, des arbres, des buissons remplis de givre, dire des mots, comme des bulles lâchées par les truites, des mots aussi légers que des flocons.

Une voiture mortuaire fleurie passe : jardin botanique inondé de lys blancs, de violettes, de roses, de couronnes de pivoines.

Extraits de Claire-Voie (N&B ed.)

Les Arums

Elle marche à petits pas dans le jardin, effleure le laiteux des arums.

Parfois, sa voix chante plus haut que les étoiles, les cigales, les grillons de l’été.

Les mêmes bruits reviennent : heurtoir en cuivre de la porte, va-et-vient d’encensoir glissant sur les chaînettes, hululement des chevêches.

Certains matins, la mer secouant ses vagues, la lucarne s’agitait de mâts, de grelots de mouettes, de menus vents de sable.

Dans le verger, les kakis mûrs attirent les oiseaux.

Il pleut. L’eau se dénoue, ouvre les iris, éclaire les lobes rouges de la maison.

Immobile derrière les rideaux, écoutant la vie, elle suit des yeux l’image grise des orphelines qui traversent lentement la place.

**

Rivière de l’enfance

L’amour, ce n’est pas ce chant de ruches, ni ce pic épeiche qui frappe et désenfouit les larves des écorces, marquant ainsi les heures et les jours, ni ces phares, ces vigies, ces nuées d’étourneaux à l’approche de l’automne, ni ce blaireau solitaire humant la terre avec lenteur.

L’amour, ce n’est pas cette jeune femme ensommeillée sur un fauteuil qui cherche l’air comme des caresses, ni ce bouillonnement d’arbres, ni ces insectes frileux, ces raies, ces mulets nageant dans les courants.

L’amour, c’est mourir d’un pas léger de vapeur, c’est une rivière de l’enfance où glisse le pied, s’enfonce l’anguille noire.

L’amour, c’est ce déclic de saison, ce mouillé du ciel, ces cages, ces mares, ces enfermements d’oiseaux, ces plis secrets des yeux fermés d’ombres, ces mains serrées sur la poitrine glacée, ces heures, ces matins d’appelants aveugles qui attendent le jour.

Le chant des mots

La neige immense jusqu’au ciel.

J’écris. Plaisir que j’éprouve à jouer avec les mots, à les poser côte à côte comme de beaux dessins naïfs sur les enveloppes agrémentées de timbres coloriés par de grands papillons exotiques. J’écris pour le chant des mots, aussi léger que celui d’une brise les après-midi d’été.

Mes lettres ressemblent à des mouchoirs agités dans une gare, vers celui qui, derrière la fenêtre d’un compartiment, nous regarde partir, à un champ de coquelicots photographié dans le Causse Méjean, ou à des baisers d’enfants envoyés à une glace.

Le soleil éclate, pousse d’heure en heure les odeurs. Les lierres serrent frileusement l’écorce des arbres.

Un train de paysages. L’Arrière-Pays éd.




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samedi 11 avril 2009, par Michel Baglin

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Monique Saint-Julia

Monique Saint-Julia est née en 1938 à Perpignan. Elle a commencé à écrire et à peindre très tôt, puis a pris des cours d’Art dramatique et de piano au Conservatoire de Musique à Paris.
Elle a publié pour la première fois en 1958, à Rodez dans « Entretiens sur les Lettres et les Arts » que dirigeaient Jean Subervie et Jean Digot.
En tant que peintre, elle a exposé à Toulouse (Galerie le Biblion), Nantes, Paris (Galerie Antoinette) et Galerie Colette Dubois, en Angleterre à Bath et au London Art à Londres. Elle vit aujourd’hui à Revel en Haute-Garonne.

Ses publications :

De mains pigeonnières et d’herbes libres, Guy Chambelland, 1973
La grippeminaude, Guy Chambelland, 1977
In « Le Coffret à Poèmes » éd. Saint-Germain-des-Prés, 1984
Belles Saisons, Guy Chambelland, 1988
Entre Jour, Le Tocsin des Mots, 2002
Un train de paysages, L’Arrière-pays, 2005
Claire-Voie, éditions N&B, 2008
Au Fil des nuages, L’Arrière-pays éd. 2009
Regards croisés » ed de l’Atlantique. 2012
On n’invente pas la neige, Friches 2011. Prix Troubadours 2012
Je vous écrit, L’ Aire éd. 2013


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Monique Saint-Julia avec son ami de longue date, Gaston Puel

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