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Jean-François Mathé

« Retenu par ce qui s’en va »

Voilà un recueil qui a particulièrement séduit les collaborateurs de Texture puisque trois d’entre eux – Georges Cathalo, Lucien Wasselin et Michal Baglin - ont tenu à lui consacrer une note.



Un recueil de Jean-François Mathé est chose remarquable ; « Retenu par ce qui s’en va » ne fait pas exception à la règle, même si plusieurs des poèmes ici regroupés ont déjà paru sous des formes souvent différentes dans diverses revues. Outre le fait que chacun n’a pas lu toutes ces publications et les versions étant différentes, la lecture de ce recueil peut être une découverte. Jean-François Mathé dit avec beaucoup de pudeur la fin inéluctable et le temps qui passe : il faut attendre les pages 14 et 15 pour que les mots cercueil et morte apparaissent, et encore s’agit-il de « cercueil du regard » et d’une « nudité morte ».
Ces poèmes sont une ode au moment présent, cet instant fugitif qui s’en va et que retient le poète car celui-ci attend toujours le « retour de [la] beauté réelle ». Non que Jean-François Mathé soit dupe des pouvoirs de la poésie qui ont leurs limites car le vent pousse la « balançoire / qui ne reviendra jamais ». D’où ce ton nostalgique, voire élégiaque qui sourd des poèmes. Il ne faut dès lors pas s’étonner que nombreux sont ceux dédiés à un contemporain : poète, éditeur ou plasticien… Comme si la création, sous tous ses aspects était l’unique moyen de conjurer le sort, de faire la nique à l’inéluctable.
Restent ces poèmes, particulièrement touchants, qui disent la fin qui a eu lieu ou celle qui approche et qui va briser le couple dont la corde « ne fut même pas assez longue / pour nous lier ». C’est qu’il faut « vivre de rien et de vent », même et surtout si, partout, on ne vend plus que de la nuit ; oui, encore le dur désir de durer… Car le souvenir d’un chat mort traverse parfois le poème : « L’ombre du chat passait. / Mais le chat était mort hier. » C’est que le temps est toujours d’hier, il faut alors attendre, pour sortir, « la porte qui parfois s’absente » : tout est dit dans cette absence qui ne coïncide jamais avec le vivant, mais qui coïncide avec le poème.

Lucien Wasselin



Ce beau titre annonce la teneur de poèmes souvent mélancoliques consacrés à « la vie comme elle va et comme elle ne revient pas ». L’auteur de « La vie atteinte » (lire ici) aborde « le monde qui disparaît » peu à peu sous les années, chacun recevant « le flocon froid qu’il lui faut ajouter à son âge ».
Ce qui s’en va, c’est tout ce qu’on a aimé et aime encore, la vie fugitive, qu’on ne sait retenir, à l’image de ce chat que l’on croit voir passer, mais qu’on a déjà enterré… Le chemin (« je sais qu’à mon ombre, il apprend la danse et le cloche-pied ») est un peu comme une cérémonie de l’automne, un chant qui célèbre en même temps qu’il déplore, une élégie. Les fenêtres sur le monde y sont bien présentes, mais face au mur de la chambre, le poète « y attend pour sortir / la porte qui parfois s’absente. »

Michel Baglin



Le monde se résumerait-il à ce que l’on peut apercevoir entre les interstices d’une réalité de plus en plus troublée ? Est-ce-que ce que le poète invente n’est pas plus fort et plus réel que les obstacles brutaux de notre environnement ? La nuit qui nous menace ne nous inquiète plus puisque « dans la sombre cuisine / n’entrera qu’un doigt de lumière » mais il suffira à lui seul, tel une lame de couteau, à créer une ouverture. Avec Jean-François Mathé, ombres et lumières se livrent à un chassé-croisé au fil de brefs poèmes d’une douceur apaisante. Il est même des moments où le temps semble aboli et où « l’horloge reste seule attachée au temps. » C’est dans ces moments de grâce que le poète va chercher ce qui lui permettra de garder les yeux ouverts « quand tombe une nuit sans étoiles. » Beaucoup de poèmes de ce recueil sont dédiés à des proches de l’auteur comme pour créer un climat de confiance et de partage autour de ce qui fait de l’humain et du vivant une espérance féconde car « si petites soyez-vous, espérances, // nous entendons battre vos portes. » Il faut lire lentement, très lentement, ce livre humble et modeste, ouvrage réalisé de façon artisanale et parfaite par Yves Prié et les éditions Folle Avoine.

Georges Cathalo



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dimanche 15 mai 2016

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Jean-François Mathé :
« Retenu par ce qui s’en va ».


Folle Avoine éd., 2015,
(40 pages, 9 euros)



Jean-François Mathé

Jean-François Mathé est né le 30 mai 1950, à Fontgombault, dans l’Indre.
Etudes de Lettres modernes à l’Université de Poitiers.
Après avoir enseigné deux ans au collège de Loudun (Vienne), il est nommé professeur agrégé de Lettres modernes au lycée de Thouars (Deux-Sèvres). Il a pris sa retraite en 2010 et vit dans un village du Poitou. Il a partagé son temps entre un métier qui l’a passionné, la poésie, le dessin humoristique et la chanson.
De 1970 à 1980, parallèlement à l’écriture, il s’est en effet consacré au dessin d’humour (des dessins ont paru dans Télérama, La Vie, Tribune Socialiste, Gulliver, Encre Libre, etc. Illustrations pour deux livres : Les Culbuteurs - Albin Michel 1976 et La Fête des Anes - Rougerie 1985).
Il est membre du comité de la revue Friches et du jury du prix Troubadours/Trobadors.
Il a reçu en 2013 le Grand Prix International de Poésie Guillevic-Ville de Saint-Malo pour l’ensemble de son œuvre.



Bibliographie

Recueils
La vie atteinte, éd. Rougerie, 2014
La Rose au cœur, éd. Le Cadran Ligné, 2011
Chemin qui me suit précédé de Poèmes choisis 1987 - 2007, éd. Rougerie, 2011
Le Temps par moments , Prix du Livre en Poitou-Charentes 1999, éditions Rougerie, 1999
Passages sous silence, éditions Maldoror, Berlin, 1996 (Livre d’art illustré par Minos Meininger)
Sous des dehors, éditions Rougerie, 1995
Saisons surgies, éditions Rougerie, 1993
Corde raide fil de l’eau , éditions Rougerie, 1991
Contractions supplémentaires du cœur, éditions Rougerie, 1987 - Prix Artaud 1988
Navigation plus difficile, éditions Rougerie, 1984
Mais encore , éditions Rougerie, 1981
Ou bien c’est une absence éditions Rougerie,1978
Instants dévastés, éditions Rougerie, 1976
L’Inhabitant, éditions Rougerie, 1972

Pour la jeunesse
Grains de fables de mon sablier, éditions les Carnets du Dessert de Lune, 2014 (illustrations de Charlotte Berghman)
Poèmes poids plume, éditions Le Dé bleu, 1998 (poèmes pour enfants illustrés par François Baude)



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