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Marie-Claire Bancquart, portrait

« Rituel d’emportement »,
une anthologie personnelle

Si vous ne connaissez pas Marie-Claire Bancquart et désirez découvrir son oeuvre, une des meilleures entrées est sans doute son anthologie personnelle, « Rituel d’emportement » (Obsidiane & Le Temps qu’il fait), réunissant plus de 300 pages de poèmes choisis par l’auteur dans ses recueils publiés entre 1969 et 2001, ainsi qu’un long texte inédit, « Qui voyage le soir », superbe.
Marie-Claire Bancquart, universitaire spécialiste de Maupassant et d’Anatole France (dont elle a établi des éditions critiques, notamment pour La Pléiade), auteur de nombreux essais, est aussi romancière et, bien sûr, poète.



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Marie-Claire Bancquart

Dans un avant-propos très dense, Marie-Claire Bancquart rappelle que la poésie – « un emploi propre du mot propre, la mise en évidence d’une relation » – à une ambition à la fois modeste et forte : « Plus le monde se bétonne autour de nous, plus il est inutilement phraseur et utilement silencieux, plus il est urgent de parler autrement, de montrer autre chose. Un poète ne prêche aucun salut. Il essaie, non sans être en proie au doute, de le trouver. Il a l’espoir d’éclairer le réel. » Le poète est ainsi en prise avec le monde, il fait acte de résistance : « Essayer de parler, et si possible de faire sentir, selon ce décalage essentiel avec un usage paralysant de la langue et de l’existence, un poète ne peut rien d’autre. Mais son emportement est irremplaçable. Il (elle) crie le cri, pour susciter d’autres cris. Et aussi d’autres amours, d’autres joies devant les choses. Il change, non sans doute la vie, mais les rapports avec la vie. »

Réclamation et célébration

Si je m’attarde sur cet avant-propos, c’est parce qu’il qualifie bien la démarche d’une poétesse engagée à la fois dans « un registre de réclamation et un registre de célébration ». Tous les poèmes de cette anthologie en portent témoignage, qui disent un refus, une forme de révolte, contre la mort notamment, et chantent aussi l’appétit intellectuel et sensuel pour l’amour, l’existence, la langue – cet « emportement » que la conscience et le langage ritualisent.
Pas de dichotomie simpliste entre le rationnel et le sensible, ici : les deux registres se confondent dans l’expérience existentielle et s’épaulent pour la communication dans la parole poétique. Ancrés dans le corps – corps souffrant, corps qui vit sans nous, corps secret (« le plus inconnu »), corps amoureux – les poèmes sont aussi interrogation, creusement, maîtrise de la sensation et des sentiments, affrontement avec l’obscur en soi (« Je ne suis ni la femme / Ni le reste d’été que je couvre à la main / mais cela qui a mal. »), effort de clairvoyance jusqu’à la « nudité du poème », de resserrement jusqu’à l’aphorisme.

Espace de vertige

Cet ensemble permet aussi de mesurer combien la poésie de Marie-Claire Bancquart, se confrontant dès l’abord à l’absence de dieu, au non-sens, a intégré la physique et le biologique dans son approche de la condition d’être vivant. Non pour s’y enfermer, mais pour se relier au cosmos.
Ainsi, « la femme que j’invente en moi / souffre peut-être entre mon corps et la galaxie ». Espace de vertige et, peut-être, du sacré. Entre « songe et tripaille », espace où l’humain croît et où la poésie rencontre « l’énigme de la merveille et de la douleur mêlées ». Avec, au bout, une sorte de sérénité difficilement conquise. Il ne s’agit certes pas d’assigner pour but au poème d’accomplir des miracles, mais d’aider à se tenir debout face à l’absurde. « Ne pas rencontrer Dieu ni le bonheur / mais l’atténuation de leur silence. »

Michel Baglin. Article publié dans "Friches" , hiver 2002-2003




Marie-Claire Bancquart, romancière et poète


Pour ceux qui ne connaîtraient pas Marie-Claire Bancquart, rappelons que cette universitaire spécialiste de Maupassant et d’Anatole France (dont elle a établi des éditions critiques, notamment pour La Pléiade), auteur de nombreux essais, est aussi romancière et, bien sûr, poète. Sur son site (http://mapage.noos.fr/marieclairebancquart/), elle propose « quelques touches d’état-civil » auxquelles j’emprunte celles-ci :
« Née en 1932. Longue et dure maladie, séparations, et la guerre : mon enfance et ma première jeunesse ne m’ont pas aimée. Je le leur rends bien. Mais elles m’ont servi de révulsif. Études de lettres ; Normale Supérieure ; enseignement dans diverses universités. Professeur émérite à la Sorbonne. Depuis un demi-siècle, la vie ne va pas sans mon mari Alain, compositeur de musique. »
Marie-Claire Bancquart a reçu de nombreuses distinctions : Grand Prix de critique de l’Académie française ; Grand prix de l’essai de la Ville de Paris ; prix Sainte-Beuve de la critique ; Grand prix de l’Association internationale des critiques ; Grand prix 2007 de l’essai de la société des Gens de Lettres.
Sur son travail de romancière et de poète, elle précise : « Écrire, ce n’est pas seulement chercher un art de vivre, mais aussi se livrer à un long travail sur la langue ( justesse, brièveté, silences, intensité), qui à son tour retentit sur la vie. J’aime la poésie, parce qu’elle est spécialement cette " langue dans la langue", dont nous avons grand besoin contre la langue de bois. La mienne se fonde sur le corps, les choses, les espaces, les violences, les énigmes noires ou belles qui nous entourent. »



Une amoureuse de Paris


Marie-Claire Bancquart a écrit de nombreux essais sur les écrivains du XIXe siècle (Vallès, Anathole France, Maupassant, etc.) mais aussi sur Paris, celui des surréalistes, le « Paris-fin-de-siècle » ou ce « Paris Belle Epoque par ses écrivains » paru en 1997, dont j’avais rendu-compte alors dans cet article :
Paris à la Belle Epoque est encore la capitale mondiale des artistes, mais il incarne aussi la civilisation de la ville dans une période de grandes mutations technologiques et culturelles. Le métro étend sa toile, l’automobile détrône la voiture à cheval, le béton et le fer entrent en force dans l’architecture et la vitesse croissante des mutations, à la fin d’un siècle et au début d’un autre, enthousiasme ou angoisse, fait rêver ou cauchemarder. Les puissances financières s’installent tandis que la publicité envahit les murs et qu’une nouvelle esthétique se cherche (cubisme, futurisme, orphisme, etc.) dans une concomitance plus ou moins réalisée entre une culture et une civilisation.
C’est cette période (1996 - Première Guerre mondiale) que Marie-Claire Bancquart fait revivre à travers les écrivains dont Paris hante l’œuvre. Il s’agit cependant moins d’une succession de tableaux ou de « visions » particulières qu’une mise au jour de courants profonds témoignant à la fois des transformations réelles d’une ville-phare et des métamorphoses d’un imaginaire collectif.
Du Paris mobilisé de l’affaire Dreyfus, qui cristallisa sensibilités et engagements autour de Zola, France, Péguy, Barrès, etc., à celui plus intériorisé de Proust, ou à cette collectivité unanime et porteuse d’avenir que Jules Romains y voit, sans oublier le lieu d’inspiration privilégié de la mythologie personnelle d’Apollinaire et du chant trépidant de Cendrars, la ville perçue par les écrivains se révèle ainsi le miroir des transformations sociologiques en même temps que des goûts, des préoccupations et des fantasmes de toute une société.
En spécialiste de la littérature de cette période (notamment d’Anatole France dont elle a établi l’édition de l’œuvre complète dans La Pléïade), M-C. Bancquart sait dénoter chez chaque écrivain ce qui caractérise sa vision de Paris sans occulter ce qui la rattache à celle de ses contemporains ni ce qui participe de la cohérence de l’œuvre singulière. Et c’est avec un réel plaisir qu’on la suit sur les traces de Larbaud, Vildrac, Fargue, Toulet ou Léautaud, qu’on revisite le Paris populaire ou mal famé du roman noir et policier avec Gaston Leroux, Maurice Leblanc et Fantômas, ou encore qu’on redécouvre des auteurs qui furent marquants et ont pourtant été passablement oubliés tels Henri Barbusse, Charles-Louis Philippe, Fancis Carco.

Marie-Claire Bancquart. « Paris Belle Epoque par ses écrivains ». Ed. Adam Biro - Paris musées 160 p.



Lire aussi :

« Qui vient de loin »

« Violente vie »

« Explorer l’incertain »

« Terre énergumène » & « Entre marge et présence »

« Rituel d’emportement »



mercredi 17 juin 2009, par Michel Baglin

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Marie-Claire Bancquart
« Rituel d’emportement »

(Obsidiane & Le Temps qu’il fait)
(336 p. 25 euros.)

L’espoir d’éclairer le réel

Fort avant-propos de Marie-Claire Bancquart à son anthologie personnelle, "Rituel d’emportement". Je relève :
« Essayer de parler, et si possible de faire sentir, selon ce décalage essentiel avec un usage paralysant de la langue et de l’existence, un poète ne peut rien d’autre. Mais son emportement est irremplaçable. Il (elle) crie le cri, pour susciter d’autres cris. Et aussi d’autres amours, d’autres joies devant les choses. Il change, non sans doute la vie, mais les rapports avec la vie. Adorno a dit qu’il était barbare d’écrire de la poésie après Auschwitz. De quoi parlait-il, alors qu’à Auschwitz même, certains ont écrit des poèmes (tel Primo Levi), d’autres s’en sont récité pour se réconforter et pour rester dignes ? Bien au contraire plus le monde se bétonne autour de nous, plus il est inutilement phraseur et utilement silencieux, plus il est urgent de parler autrement, de montrer autre chose Un poète ne prêche aucun salut. Il essaie, non sans être en proie au doute, de le trouver. Il a l’espoir d’éclairer le réel. Il utilise des mots qui mourront eux aussi, avec notre histoire et notre espèce, mais qui par cela même ont un passé, une présence, un sens concret. Il dresse un registre de réclamation et un registre de célébration ; il s’ébahit que nous ne puissions pas jeter les yeux à l’intérieur de notre corps, il se réjouit de partager son ADN avec les autres créatures, il vit l’amour et les amitiés. »



Bibliographie

Mais, Vodaine, 1969.
Projets alternés, Rougerie, 1972.
Mains dissoutes, Rougerie, 1975.
Cherche-terre, Saint-Germain des prés, 1977.
Mémoire d’abolie, Belfond 1978
Habiter le sel, Pierre Dalle Nogare, 1979
L’inquisiteur, roman, Belfond, 1980.
Partition, Belfond, 1981.
Votre visage jusqu’à l’os, Temps Actuels, 1983
Les Tarots d’Ulysse, roman, Belfond, 1984
Opportunité des oiseaux, Belfond, 1986.
Opéra des limites, José Corti, 1988.
Végétales, Les cahiers du Confluent, 1988
Photos de famille, roman,François Bourin, 1988
Sans lieu sinon l’attente, Obsidiane, 1991
Elise en automne, roman, François Bourin, 1991
La saveur du sel, roman, Bourin/Julliard, 1994
Dans le feuilletage de la terre, Belfond, 1994.
Énigmatiques, Obsidiane, 1995.
La vie, lieu-dit, chez Obsidiane en coédition avec Noroît (Canada), 1997
La paix saignée, précédée de Contrées du corps natal, Obsidiane, 1999.
Rituel d’emportement (anthologie), Obsidiane, 2002, en co-édition avec Le Temps qu’il fait, 2003
Anamorphoses, Ecrits des Forges, 2003
Avec la mort, quartier d’orange entre les doigts, Obsidiane, 2005
Verticales du Secret, Obsidiane, 2007
Impostures, récits, éd. de l’Amourier, 2007
Terre énergumène, Le Castor Astral, 2009
Explorer l’incertain, L’Amourier, 2010



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