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Cora Vaucaire

« Ses plus jolies chansons »

Il en est de la chanson comme de la communication où une information chasse l’autre. Les modes font et défont les chansons. La mémoire étant oublieuse, bien des chansons de valeur n’atteignent jamais les oreilles de l’auditeur ou passent à la trappe de l’oubli. C’est ce que je me dis en écoutant les meilleures chansons de Cora Vaucaire que vient de publier le label EPM.



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Cora Vaucaire : « Ses plus jolies chansons ». EPM, 2 CD n° 986 907. Chez les bons disquaires ou sur le catalogue EPM www.epmmusique.

Il est vrai que la dame blanche de Saint-Germain-des-Près nous a quittés en 2011 et que ses interprétations sont bien oubliées de nos jours. Il aura fallu, en ce qui me concerne, une émission de la télévision (à une heure tardive) où elle faisait une apparition fugitive sur des images d’archives pour que je me souvienne de « Trois petites notes de musique » qu’aucun disquaire ne fut capable de me proposer ! J’achetai, en désespoir de cause, le film d’Henri Colpi, « Une aussi longue absence », que je trouvai à Saint-Brieuc. Je lis aujourd’hui dans la notice qui lui est consacrée sur internet : « C’est ce film qui l’obligea à sortir d’une période particulièrement sombre en lui faisant rassembler, en quelques heures, les forces qui lui restaient pour chanter avec réalisme la fameuse complainte alors que le film était déjà "bouclé" avec une autre interprète ». Aussi ce double CD que propose aujourd’hui EPM (50 chansons !) est-il le bienvenu : une chanteuse qui reprit « Le Temps des cerises » et « L’Internationale » devant les ouvriers en grève dans leurs usines est diablement intéressante par les temps qui courent…

Cora Vaucaire appartient à la race des interprètes qui surent mettre leurs voix au service des textes des autres. Il suffit d’écouter « Pauvre Rutebeuf », le poème qu’adapta et mit en musique Léo Ferré (qui le chante admirablement) pour être convaincu que Cora Vaucaire est une « des plus subtiles interprètes de la chanson française » : force et pureté de la voix, sensibilité, émotion, tout est réuni. Il faut refuser, ainsi que cela a été dit lors de sa disparition, que soit partie « la dernière représentante d’une époque de la chanson française » ! Si Saint-Germain-des-Prés n’est plus ce qu’il fut, la chanson ne se réduit pas pour autant aux ritournelles à la mode, ni aux airs plus ou moins violents mais convenus. La chanson que représentait Cora Vaucaire est toujours présente, même si, pour des raisons d’audimat et de rentabilité, elle est absente des ondes et des bacs des disquaires. C’est ce que prouvent magistralement, outre celles déjà citées, des chansons comme « Bal chez Temporel », « Quand les hommes vivront d’amour », « Les Feuilles mortes » ou « La Vie d’artiste » ; sans compter les airs venus du folklore ou ses interprétations de Jacques Prévert… Non, la poésie n’est pas morte ; ni la chanson à texte.

Un dernier point reste à souligner. Nombreux sont sans doute ceux qui se souviennent de l’incident qui opposa Serge Gainsbourg à Guy Béart à propos de « la chanson art mineur ». Si Gainsbourg eut tort d’insulter Béart de « blaireau », il faut bien convenir que tout ne vaut pas tout. Certaines des chansons interprétées par Cora Vaucaire sont de purs joyaux, voire des chefs-d‘œuvres, dépassant largement certains poèmes, certaines peintures ou sculptures de maintenant. Force est de constater, à l’inverse, que certaines chansons à succès actuelles ne valent pas des poèmes confidentiels ou des œuvres d’art plastique sans public… C’est ce que montre, dans sa diversité, la présente anthologie sonore de Cora Vaucaire…

Lucien Wasselin



samedi 2 avril 2016, par Lucien Wasselin

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