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Max Alhau

« Si loin qu’on aille »

« Ce que l’on ne sait plus nommer / l’emporte par son silence ». La poésie de Max Alhau, une fois encore, résiste au vide et au vertige par l’évocation des paysages et de la marche.



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(L’herbe qui tremble. Photographies d’Elena Peinado Nevado.128 pages. 16 €)

« Si l’on continue de marcher / c’est pour léguer aux mots / la force d’en découdre / avec le vide et le vertige », confie Max Alhau dans ce recueil, « Si loin qu’on aille » , qui cette fois encore associe la marche et la poésie dans l’effort pour comprendre et habiter cette « terre aux limites indécises » qui est la nôtre.

Le randonneur des montagnes et des plaines nous parle donc tout au long de ce journal de route de « ces chemins tracés à force de songes » qui irriguent nos paysages intérieurs. Et plus que jamais, il s’attache à ce mot : « vertige ». Oui, nous appartenons à « ce que l’on nomme vertige », qu’il ne définit pas, mais qui nous définit peut-être… Nous marchons dit-il, pour « comprendre que le vertige / nous enracine / au-delà de nos pas, / nous qui ne savons rien / de nous-mêmes ». Le doute, le questionnement, le vide même règnent dans ce recueil dont deux des trois parties portent pour titres « Quelques mots qui vacillent », « Quelques empreintes sur le sable ». C’est dire le peu qui nous reste, et la fragilité du peu qui nous tient pourtant. Car « la cendre se souvient du feu », et notre mémoire nous sauve autant qu’elle nous fonde.

Ce qui se dérobe

Avec Max Alhau, nous sommes dans une quête incertaine qui cherche toujours son objet. Un impossible accomplissement sans doute, « un refuge qui mettrait fin à notre errance », peut-être, pour « combler le désaveu / d’une vie à la renverse »… Cette présence qui nous offrirait de « faire corps avec l’instant » n’est pas donnée. « Qu’importe la trajectoire / puisque c’est toujours ailleurs / que nous portons nos regards / et que le terme du voyage / nous le souhaitons inconnu », avoue-t-il d’ailleurs.

Non, s’il est une signification à chercher, elle n’est pas dans le but mais dans le cheminement lui-même, quand « un mirage suffit / à renforcer la marche ». Ce n’est pas une chimère, mais une façon de résister à « l’automne et son ciel qui défaille », aux portes qui n’ouvrent que « sur le vide ou l’infini » et à la disparition elle-même de ce qui n’est pas sauvé par le souvenir et les mots, car « ce que l’on ne sait plus nommer / l’emporte par son silence ».

« Existe-t-il un nom / pour désigner ce qui se dérobe / et dont l’attente seule / comble toute impatience ? » demande in fine le poète. La quête de cela « que les pas s’efforcent / de rejoindre vainement » n’est pas une fuite dans les limbes mais un effort pour ne pas perdre pied, un art de de marier le réel et l’imaginaire avec « un rêve qui se mesure à la réalité ». La marche et la poésie ne sont peut-être que cette tentative de reprendre en charge ce qui nous est déjà donné, de vie, d’élan et de beauté, dans des paysages qui, malgré les pas, malgré les mots, malgré le rêve « qui se délite mais perdure », demeurent toujours à conquérir.

Michel Baglin



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mardi 3 mai 2016, par Michel Baglin

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Max Alhau

Max Alhau est né le 29 décembre 1936 à Paris.
A u cours de son service militaire, il rencontre Gérard Le Gouic.
Reprend des études de lettres à Paris puis à Toulouse, Licence, D.E.S. consacré à Alain Borne sous la direction de Michel Décaudin. C.A.P.E.S. de Lettres modernes.
Il enseigne dans la banlieue parisienne puis au C.N.E.D. de Rennes. En 1982, sous la direction de Michel Décaudin, thèse de doctorat : Gabriel Audisio, un écrivain méditerranéen.
Son temps se partage entre voyages, écriture, traductions de l’espagnol de quelques poètes et participation à plusieurs revues, dont Texture.



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