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Jean Chatard

« Sous le couvercle de la nuit »

Lectures de Georges Cathalo, Lucien Wasselin et M. Baglin



Chez Jean Chatard, la mer reste la pourvoyeuses d’un lexique riche d’iode et de grand large. Il se souvient – « J’avais vingt ans sous l’équateur » - du monde qu’il a couru comme marin (« l’itinéraire fut la mer ») et qui a chargé son embarcation de milliers de souvenirs et de métaphores. Dans ce recueil, « Sous le couvercle de la nuit » , comme dans les précédents, le vent souffle dans ses pages, le sable y crisse, la vague y déferle volontiers et les odeurs de varech évoquent l’estran des rives océanes.
Mais on ne peut jamais oublier en le lisant que le poète et revuiste, animateur et rédacteur en chef des revues Le Puits de l’ermite et Soleil des loups, critique impénitent (qui a généreusement donné des milliers de notes de lecture à de multiples revues) fut profondément marqué par le surréalisme et ses images, toujours inattendues, loin de toute convention, le prouvent abondamment.
Sans doute bien des illusions se sont-elles dissoutes avec le temps, car « on n’en finit jamais de tronçonner le mât » et l’on devine qu’en maintes circonstances ont été « jetés par-dessus bord les lendemains promis », mais Jean Chatard demeure attaché à la poésie et aux poètes (il évoque notamment sont ami Robert Momeux, compagnon de mer) qui, dit-il, « conjuguent toujours le verbe aimer au temps présent ». (Sac à mots édition. 52 pages. 12 euros).

Michel Baglin


C’est la 2° fois que Jean Chatard est édité par Sac à mots qui présente toujours des livres impeccables avec des tirages de moins de 200 exemplaires numérotés sur beau papier. Si, pour une fois, la fidèle Claudine Goux n’illustre pas un livre de ce poète, elle est présente grâce à un poème liminaire, juste et sensible, poème qui donne le départ d’une course au large car, même dans son environnement terrestre actuel, Jean Chatard ne quittera jamais le milieu océanique. Il garnit de poèmes hauturiers ses « pages d’océan » et quand « la mer peut frapper les trois coups », il est toujours présent, debout, solide à la barre et réaliste : « il est trop tard pour museler / le temps qui court l’ombre qui broie / la nuit volage ». Maintenant que beaucoup de choses se sont figées « avec ce peu d’espoir que la survie nous tend », il n’hésite pas, de retour au port et besace à terre, à évoquer le privilège qui fut le sien d’avoir pu faire ce qu’il a fait et d’avoir pu rencontrer des êtres d’exception, artistes, poètes et marins. Jamais dupe dans sa quête mémorielle, « puisque tant de passants / nous oublient sur le quai », Jean Chatard avance malgré tout puisque « la poésie n’est pas bavardage » mais compagnonnage, complicité et volonté de poursuivre tout en sachant qu’il « sera bientôt temps de froisser l’horizon ce charlatan du cœur ».

Georges Cathalo



Nul ne guérit jamais de la mer… Surtout lorsque, comme Jean Chatard, on a navigué. « Sous le couvercle de la nuit » est un beau livre dont le titre évoque l’inconscient (ou ce qui en tient lieu) en même temps que les regrets d’un temps passé. Non que Chatard regrette d’être devenu un terrien : « Je suis des vôtres désormais j’ai appris de la rue / et j’ai appris de l’arbre » écrit-il (p 10). Mais c’est pour ajouter aussitôt : « Il me reste à léguer encore quelques écluses / dont les mystères sont entiers / et les outils bien provisoires ». Et sur la terre, « On n’en finit jamais de tronçonner le mât » dit-il, évoquant la Bretagne.
La nuit, c’est le temps des songes et c’est le temps en allé comme la jeunesse ; aussi, Chatard explore-t-il à nouveau son passé de marin avec le vocabulaire qui lui est familier : artimon, voiliers, océan, houle, huniers, isles, estran, vague, môle… Ou alors explore-t-il le réel, un réel quelque peu fantasmé, peut-être… Ce n’est alors que le moyen de scruter ce qu’il reste à vivre, de découper « la nuit en petits pas menus » (car Jean Chatard fait preuve d’une vive conscience), ce qui lui permet d’avouer « que me reste-t-il / sinon ce vent du large décalqué quelque part / entre aubier et douleur » (p 26). Même si Chatard trouve étrange le monde dans lequel il « avance à pas menus ». Face aux contradictions de ce monde, l’écriture se fait extrêmement libre, comme pour mieux capter les sortilèges qui ne manquent pas dès qu’on sait les chercher. À l’image de ces deux vers « Passager du temps qui court je marche / dans un bleu qui me concerne et me sied » (p 38). Tout est dit, surtout que le poème qui commence ainsi est dédié àRobert Momeux, l’ami de toujours (qui en traverse un autre, fugitivement : « C’était il y a mille ans / Robert chantait la déraison ») qui fit aussi un passage de six années dans la marine et qui fonda avec Jean Chatard (et quelques autres) une revue, Le Puits de l’ermite, qui dura de 1965 à 1979.
Je ne sais trop si c’est de lire maintenant ce recueil alors que j’ai reçu (fin juillet 2015) une lettre de Jean Chatard dans laquelle il m’annonce, après « Sous le couvercle de la nuit » , un livre à quatre mains avec Jean-Claude Tardif qui sera « sans doute [sa] dernière incursion dans la Poésie » que je trouve à ces poèmes une tonalité émerveillée et, en même temps, crépusculaire. Comme si Chatard faisait ses adieux à la poésie.

Lucien Wasselin



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« Sous le couvercle de la nuit »

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« Clameurs du jour »

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Jean Chatard, Un revuiste au long cours

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vendredi 5 juin 2015

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Jean Chatard : Sous le couvercle de la nuit.


52 pages, 20 euros -
Sac à mots éd. 2015. La Rotte des Bois – 44810 La Chevallerais)

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