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A l’Index-espace d’écrits - n°27

Sous le signe de l’amitié

Une lecture de Jacques Ibanès

« La poésie est devant nous ! En avance sur le monde, elle demeure un fanal, une lanterne sourde ; de celles qu’on ne peut éteindre quelles que soient les tempêtes. » Nantis d’une telle bannière, Jean-Claude Tardif et son équipe portent depuis quinze années avec la revue A L’index - espaces d’écrits - la parole poétique dans ce qu’elle a de plus divers dans ses thèmes et ses façons.



C’est sous le signe de l’amitié et de la fidélité que le n° 27 ouvre ses premières pages avec un dossier consacré à cette grande figure qu’était Yves Martin, disparu il y a tout juste quinze ans.

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(A l’index n°27. Association « Le livre à dire » Jean-Claude Tardiff 11 rue du Stade 76133 Epouville 152 pages. 15 €)

Yves Martin, le poète bâti en fort des Halles, l’ami d’une multitude de chats qui portaient les noms de ses copains, le cinéphile qui se frottait à l’écran « un peu comme à la campagne, on s’adosse à la nuit. »
Sa poésie lui ressemble. Elle est syncopée au rythme du piéton déambulant dans les rues quelquefois interlopes du Paris nocturne. Et elle est foisonnante des épisodes d’une vie non conforme, qui cultive volontiers l’autodérision et qui aura pour constante d’être tout entière ouverte aux autres.
Ceux-ci le lui rendent bien avec une salve de témoignages de J.M.Couvé, A.Duprat, Werner Lambersy, A.Prodhomme, J.M.Robert, J.C.Tardif et le bouquet final de F.Vignes qui raconte avec une émotion communicative la soirée de 1991 où il obtint le prix Apollinaire, occasion d’une mémorable tournée des grands ducs. « Ce jour-là, partant du principe que les chants désaltérés sont les chants les plus beaux, nous avons bu et chanté, nous avons caboté de port en port, d’Anvers à Vancouver, dérivé de bistrot en bistrot, un refrain de Dimey à la boutonnière. »
En guise d’amuse-bouche pour nous inviter à regoûter aux mots chaleureux d’une grande figure avec laquelle on est sûr de n’être jamais déçu, nous sont offerts des textes rares d’Yves Martin, tels que « Le château de Barfly ».

La rubrique « Parole donnée » consacre plusieurs pages à Jacques Nunes-Teodoro, qui rend un bouleversant hommage à son père qui fut un ouvrier immigré : « Je remuerai la boue/ j’écraserai les mottes/ j’irai au fond du trou/ là où tu emmènes mon cœur/ Le tien est si fatigué/ J’irai là où la terre parle aux hommes/ planter à jamais l’ombre de ton ombre »
Et qui est attentif à tous les rejetés de la société à une époque où « au registre de l’histoire l’autre n’est plus de mode ». Ici, point de pose avantageuse, juste la rage du parler vrai. « Mais tous nous allons courbés pour ne pas tomber/ Nous n’avons pas l’ambition de nos ombres »

La vitalité de la poésie de notre temps est illustrée dans ce numéro par les poèmes de A.Garcia.Aznar, F.Jakubowicz, G.Lemaire, E.Goldin, M.Lugery, P.Delouche, F.Marquet, C.Petit, J.Poëls, J.Pommier, F.Farre, H.Delebarre, et les fragments de prose de J.J.Nuel, , C.Sicard, Dumay, F.Marzuolo, F.Rey que je tiens à tous citer. Et avec un coup de chapeau en version bilingue à Luis Benitez, un poète argentin traduit par F.Laly dont le chant profond ne s’oublie pas : « Ce matin j’ai écrit deux poèmes./ Je ne me demande pas pour l’instant quel sens/ possède ou non ce travail obscur./ Simplement c’est une autre façon, possible, d’être vivant ». Car la revue est largement ouverte au cosmopolitisme, avec un aperçu sur la poésie turque contemporaine par C.Lajus, et un hommage festif dû à la plume gouleyante de J.M.Couvé, sur Omar Khayyâm, bon à relire en ces temps où les censeurs sont à la manœuvre : « Si tous ceux qui font l’amour/ et qui boivent sont de l’enfer,/ le paradis, comme le creux/ de ma main, est désert ».
D’autres textes « montrés du doigt », tous roboratifs, complètent le festin de beauté et d’intelligence qu’offre A l’index dont il convient de noter aussi une grande qualité d’impression.

Enfin, dans le sillage de la revue, sont annoncées les parutions récentes de « Le pays défait de ma naissance » d’Ali Podrimja (édition bilingue franco-albanaise, avec une traduction d’ A.Zotos), « Dans l’ombre du lynx » d’Hervé Delabarre et « Pour Philippe Soupault. » Qu’on se le dise !

Jacques Ibanès



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samedi 13 décembre 2014, par Jacques Ibanès

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