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Lionel Ray

« Souvenirs de la maison du temps »

Se souvenant de l’enfance, quand « le Temps était venu s’asseoir à notre table » et revisitant les traces d’une vie, Lionel Ray une fois encore se confronte à la fuite des jours et à ce que l’on peut sauver….



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( Gallimard. 104 pages. 14 euros)

« Se pourrait-il que je ne sois qu’une ombre / Cette fumée qui s’échappe criblée de pluie / Et de lumière » se demande l’auteur, inscrivant ainsi sa poésie dans le questionnement sur une présence au monde jamais totalement établie ni acquise. Et sur une identité toujours flottante, surtout lorsqu’elle tente de se dire dans la fuite du temps. La quête d’un « Moi entre le possible et l’impossible / Cherchant une improbable clé » se mène « dans la broussaille des mots », quand les mots sont « façons de voyage / Au plus profond de soi ».

« Je vous salue mes terres de l’au-delà des jours »


Ainsi Lionel Ray poursuit-il une introspection commencée il y a bien longtemps – proposant au passage une définition de la poésie quand il note : « Tu écrivais comme on se parle au plus secret de soi » – et menée de recueil en recueil. Pour autant, il ne s’agit pas tant ici de souvenirs d’égotisme que de discerner des traces, peut-être des jalons, dans un parcours de vie, et le mystère de vivre.
« ô solitude ! Y a-t-il un reliquaire
Pour les soleils épars pour le froissé des sources
Pour l’écriture des traces ? »

S’il est un reliquaire, il faut le chercher dans ces mots qui sont « comme les ponctuations heureuses d’une piste perdue ». C’est en eux que l’être trouve peut-être son unité, ou son salut. « Il y a des paroles qui sont des arches / Pour le dernier voyage des errants ».
L’âge rend l’interrogation plus taraudante. « Vieil homme les mots muets à ta bouchent montent / que cherches-tu dans cette obscurité profonde ? » La nuit est prégnante, qui est à la fois la part obscure de chacun et la mort promise - « cette nuit présente en moi » - l’obsédante compagne du jeu des jours. Mais « donner un nom à la nuit » n’est pas aisé, une vie de poésie n’y suffit probablement pas…

L’enfance, le temps...


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Lionel Ray en lecture à Sète, juillet 2017 (Ph. Guy Bernot)

« Le plumage bleu des aubes » ou ces « derniers balbutiements des feuillages » que le poème de Lionel Ray salue si souvent n’empêchent nullement l’enfance de se frayer sa place et la mémoire de rappeler ces « journées buissonnières » quand la vie était si forte et souveraine que « quelquefois le monde s’absentait ». Lionel Ray n’a de cesse de saluer cette ferveur - « une affirmation de présence » - en quoi se résume l’aventure d’être au monde pour la jeunesse. Et « l’ange des solitudes », celui qui veille « près d’une horloge qui ne sonne pas » ne saurait occulter cette force qui se survit dans l’âge mûr.

Le titre le dit et les vers ne cessent de la répéter : « C’est le Temps qui s’approche à pas comptés ». On touche là au vrai leitmotiv du recueil. A l’énigme cardinale. Quand on se remémore, non sans nostalgie, comme le fait souvent le poète, il semble que le temps se retourne et la question vient aux lèvres : «  ai-je vraiment grandi ? » Lionel Ray n’en finit pas de s’étonner du jeu des sabliers, au point de le pousser à l’oxymore… « jusqu’aux cimes du temps profond »
Ce qui reste ? Ce que les mots, la poésie auront sauvé :

« Que voulez-vous qu’on fasse de tout cela /
Le seul monde qui vaille est imaginaire
Le seul qui brille d’un pur éclat
Nerval, Michaux, Verlaine, Apollinaire ».

Michel Baglin



jeudi 29 juin 2017, par Michel Baglin

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Lionel Ray

Né en 1935 à Mantes-la Ville (Yvelines) Robert Lorho est agrégé de lettres modernes, professeur honoraire de chaire supérieure. Il enseigna la littérature française à Paris en classes de « khâgne ».
Il a d’abord publié sous ce nom 3 recueils de poèmes, dont "Légendaire" aux éditions Seghers qui lui valut le prix Guillaume Apollinaire en 1965.
Robert Lorho prend le pseudonyme de Lionel Ray en 1970 à l’occasion de la publication de nouveaux poèmes présentés par Aragon dans Les Lettres françaises. Plus de vingt livres seront ensuite publiés (poésie, essais critiques, critique d’art)

Pour l’ensemble de son œuvre poétique, Lionel Ray est lauréat du prix Goncourt de Poésie en 1995 et du grand prix de poésie de la Société des Gens de Lettres (printemps 2001).

Lionel Ray est membre de l’académie européenne de poésie et du comité de la revue Europe. Il a été président de l’académie Mallarmé, membre du comité directeur de la revue Action poétique (1973-2000) et du journal mensuel Aujourd’hui poème (1998 à 2007)

Ses oeuvres

aux éditions Gallimard :
Les Métamorphoses du biographe (1971)
L’Interdit est mon opéra (1973)
Partout ici même (1978
)
Le Corps obscur (1981), prix Mallarmé
Nuages, nuit (1983), prix Méridien (Montpellier)
Le Nom perdu (1987)
Une Sorte de ciel (1990), prix Antonin Artaud
Comme un château défait (1993), prix Supervielle(1994)
Syllabes de sable (1996)
Pages d’ombre (2000), prix Guillevic (ville de Saint-Malo), prix Kowalski (ville de Lyon)
Matière de nuit suivi de Éloge de l’éphémère (2004)
L’Invention des bibliothèques (2007)
Entre nuit et soleil ( 2010)

Comme un château défait et S yllabes de sable ont été réunis en un volume de la collection de poche Poésie/Gallimard en 2004.

chez d’autres éditeurs :
Lettre ouverte à Aragon sur le bon usage de la réalité (Editeurs Français Réunis, collection « Petite sirène »,1971)
Arthur Rimbaud (Seghers, « Poètes d’aujourd’hui », 1976, ré-édition mise à jour en 2001)
Approches du lieu (Ipomée, collection « Tadorne », 1986)
Le Dessin est une mémoire (autour de l’œuvre graphique d’Alain Le Yaouanc, livre-objet, éditions de La Licorne, Poitiers, 1996)
Joaquin Ferrer ou L’Imaginaire absolu (monographie, éditions Palantines, Quimper, 2001. 22x28cm, 192p.,130 illustrations.)
Aragon (Seghers, « Poètes d’aujourd’hui », 2002)
Le Procès de la vieille dame, éloge de la poésie, essais (Editions de La Différence), grand prix de la critique 2008
Lettres imaginaires, vers et proses, éditions Henry-Les Ecrits du Nord, 2010
De ciel et d’ombre , dessins de Julius Balthazar, Al Manar, 2014



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