"Lignes de fuite", mon premier roman, un "noir", a été publié en 1989 et est depuis longtemps épuisé. En revanche, le second, "Un sang d’encre", publié en 2001, est toujours disponible. Le troisième, un polar encore, est intitulé "La Ballade de l’Escargot" et va paraître dans les semaines qui viennent.
Lignes de fuite
roman
Arcantère éd. - 1989 - Paris (75)
(13X21) - 160 pages -
Sur fond de tragédie quotidienne, celle de la violence routière, deux histoires parallèles finiront pourtant par se rejoindre : comme ces dessins en perspective ou ces rails dont un des personnages voudrait qu’ils crèvent l’horizon pour tenir enfin « sa part d’infini ».
Qui ne rêve d’échapper aux limites contre lesquelles, obscurément, il vient buter ? Tel est surtout le cas de Careyon. Un accident lui a ravi celles qu’il aimait. Depuis, il court les routes, ivre d’horreur : il cherche en une folle fuite en avant à donner un sens à la mort absurde de Barbara et de Céline.
Il y a aussi Derenne, le journaliste que ses mots n’enivrent plus : il mène l’enquête sur la série noire qui frappe les camionneurs ; il y a ce grand-père qui gratte les murs de sa solitude ; ou Mangin croyant construire dans sa gare désaffectée un réel à sa mesure…
Comme Socrate, vieux marginal réfugié dans sa fascination du vide et des questions sans réponses, chacun s’enferme dans un vertige intime que les autres vont croiser… parfois sur des routes meurtrières.
Ce qu’ils en ont dit
L’histoire est simple, ancrée dans la réalité : aux alentours d’un petit village, les camions sont victimes d’une série d’attentats commis, sans doute, par un homme, Careyon, dont la douleur et le drame apparaissent au fil des pages.
L’enquête de la gendarmerie patine. Celle de Derenne, le journaliste, est plus efficace. Les histoires des uns et des autres s’entrecroisent au fil des chapitres. Peu à peu et en parallèle, leurs univers se mettent en place avant de converger et se retrouver à la fin.
Si l’écriture est celle d’un romancier, non d’un poète, le roman reste marqué par l’oeuvre d’un écrivain attaché à une poésie « qui reste lisible, qui échappe à l’hermétisme », ce qui lui valut d’être étiqueté poète du quotidien.
Ce quotidien des hommes et des choses, Michel Baglin le campe avec vérité : ambiance moite d’un restaurant-routier, douleur et solitude d’un homme brisé, qui donnent au roman ses meilleures pages, personnages construits avec soin. Sur cette réalité se brisent les lignes de fuite : celles des routes parcourues par les camions, celles des rails rouillés d’une gare désaffectée où Mangin, le photographe, est encalminé comme un bateau par calme plat, celles, spirituelles, de Socrate, le menuisier philosophe dont les questions sur le monde ne trompent personne.
Si, à notre siècle machiniste, les masses mystérieuses et vaguement menaçantes des camions font office d’instruments de vengeance divine, on n’échappe pas plus à son destin qu’à l’époque des Atrides. Dieu est mort. Reste pour l’homme à se dépatouiller du déterminisme social. Pas facile d’être optimiste. Ces lignes de la fuite impossible sont écrites d’une encre très noire.
Christian Bonrepaux. Flash n°585. Décembre 1989
Découpé comme un scénario de film, voici un roman noir, très noir, dans lequel l’auteur nous incite à plonger brutalement, alors que nous pouvions raisonnablement attendre, au pire, une oeuvre élégiaque. On supporte le choc, reste l’onde. Et c’est vrai que par le jeu de la progression dramatique menée par Michel Baglin, avec un réalisme pointilleux, il est difficile d’abandonner en cours de route cette histoire de folie et de mort dont il serait faux de croire qu’elle ne peut arriver qu’aux autres.
« C’est un moment de la vie, une faille du quotidien qui révèle dans les détails les pièges dans lesquels nous pouvons tomber », explique sobrement Baglin qui ajoute avoir choisi le thème de la violence routière comme intrigue policière de ce prenant adieu aux larmes. (…)
« En dessin, les lignes de fuite convergent en un point, dit Socrate, un vieux philosophe, dont l’auteur a calqué la silhouette sur celle d’un ami anar qui comptait les spaghettis pour, trop pauvre, se nourrir. Si tu veux comprendre ton bonhomme, tu dois probablement chercher le point de fuite ». Si toutes se rejoignent dans le roman, pour nous donner en 150 pages une oeuvre très accomplie, à la lecture prenante, ajoutons que Michel Baglin, lui, a su fuir tous les clichés habituels dans lesquels notre très paresseuse négligence aurait tendance à l’enfermer.
Là où nous attendions des paysages léchés, des personnages denses, charnus, nous n’avons que des lavis pas très « réveillés », des silhouettes transparentes, des êtres qui ont, comme le dit joliment leur créateur, « perdu la sève des mots ». Mais qui, joints, créent une très envoûtante atmosphère
Henri Rozés La Dépêche du Midi
« Lignes de fuite » de Miichel Baglin est, lui, un vrai roman. Une sorte d’enquête policière et journalistique, avec de vrais personnages, un vrai décor, menée à partir d’un terrible « fait-divers » (comme on dit), qui pourrait être vrai. Et Michel Baglin se tire bien de l’affaire, avec notamment un sens des « seconds rôles » (Mangin, Socrate… ) et des « climats » (le Café des Routiers… ) qui, aussi, font l’histoire. On ne peut éviter de penser, naturellement, au film « Que la bête meure », et à d’autres images cinématographiques. Mais c’est aussi le roman d’un poète qui - journaliste également - sait rendre compte, derrière le récit proprement-dit, de son rapport aux êtres, aux choses et à la vie quand la mort la convoque, au bout de la route.
François de Cornière
Michel Baglin sait communiquer les échos de cette tragédie quotidienne, lui conférer la dimension d’un polar en tissant deux histoires parallèles qui se rejoignent quelque part, là où le destin le décide. Il le fait avec une écriture sobre, efficace, riche de suggestions. Il campe des personnages de tous les jours, révélant à d’infimes détails qu’ils peuvent aussi, sans en avoir l’air, être des marginaux. Comme ce Mangin qui habite une gare désaffectée et reconstruit un univers disparu qui s’impose à lui comme la seule réalité à laquelle il puisse tenir. C’est que l’auteur sait user des mots et des images en poète qu’il est. De là sa réussite.
Jean-Max Tixier
Un sang d’encre
roman
N & B éd. - 2001 - Buzet (31)
(12,5X20,5) - 192 pages - 18 euros
Pourquoi Barthélémy a-t-il voulu le tuer ? Cette question qui taraude Romain va l’obliger à remettre en cause l’amitié qui le lie depuis plus de vingt ans à ce journaliste sombre et peut-être cynique, secret et assurément blessé.
Ce n’est qu’au terme d’une longue enquête le conduisant sur les routes d’Irlande, puis d’Écosse, et sur les bords de la Garonne, qu’il trouvera la réponse à ses interrogations, réorganisant peu à peu les pièces d’un puzzle où le sang le dispute à l’encre, l’amour paternel à la mort, la révolte et l’écriture à la solitude des êtres qui ont perdu pied.
Comme le précédent roman de l’auteur, Lignes de fuite, dont il reprend et prolonge les thèmes essentiels, Un sang d’encre mêle la traque et la quête, l’action et la peinture de personnages en proie au vertige, résolus à ne pas céder à ce qui les écrase et explorant jusqu’à la folie meurtrière leur part de ténèbres.
Ce qu’ils en ont dit
Deuxième volet d’une trilogie dont les histoires et les personnages différent mais dont les thèmes s’entrecroisent. Dès le début du roman, l’ambiance s’annonce noire : un homme en poursuit un autre à travers les paysages de l’Irlande et tente de le tuer en le précipitant du haut du falaise. La suite, c’est la presque victime qui l’agence en tentant de comprendre les motivations de celui qu’il pense mort, suicidé, après l’échec de la tentative. Comme une pelote se déroule à mesure qu’on en tire le fil emmêlé, non sans peine, par à-coups et surprises, l’histoire prend place à rebours : celle d’une quête d’identité doublée d’une quête d’écriture, une histoire d’amours dévorantes et exclusives qui obscurcissent la raison, de sentiments assez forts pour expliquer le geste extrême. La tension narrative est garantie et soutient avec bonheur la réflexion que Michel Baglin poursuit à travers chacun de ses livres, essais ou fictions, poésie, nouvelles ou romans, sur l’écriture, la poésie, le réel et sa relation, sa transmission par les mots, et plus généralement sur la difficulté singulière qu’il y a à communiquer avec le monde.
Alain Kewes
Sous de faux airs de polar, cette polyphonie à cinq personnages parle de la littérature vécue comme une nécessité, de ses limites - « une médecine de cheval pour soigner des bobos de caniche » - pour atténuer les bleus à l’âme et les difficultés à trouver une place dans le monde. C’est surtout une histoire de personnages de chair et de sang aux prises avec une énigme induite par un personnage principal, Matthias, dont la rare présence obsède les quatre autres. Un seul mort, une tentative de meurtre et beaucoup de talent d’écriture.
Christian Bonrepaux
Michel Baglin poursuit ses lignes de fuite. Le poète ciseleur de mots reste fidèle à sa recherche et demeure comme fasciné par ce vertige qui saisit et étreint les êtres face à la fixité du temps, des espaces et des situations. L’histoire est ici un prétexte littéraire qui, sous la forme d’un roman policier, illustre la quête de l’hypothétique solution, la traque de l’illusoire terre ferme, solide, cohérente et stable qui se promet tel un mirage lorsque tout chavire. Avec Un sang d’encre, le journaliste Michel Baglin inscrit son récit dans un territoire qu’il connaît bien. Celui de la presse. Autre monde de l’éphémère et du fugitif, où des embruns d’Irlande aux brumes d’Écosse qui servent de décor à l’intrigue, les vérités ne sont que des points de vue. Ceux qui tentent de cerner l’expression d’un insaisissable quotidien. Comme dans le précédent roman, l’auteur reprend et développe les thèmes essentiels qui l’obsèdent. Ceux de la lutte et de l’action face à l’inextricable réseau de fils tissés et tressés par « la fuite du temps ». Ceux de la résistance à la tempête qui, tout au bout du chemin de soi, menace de tout emporter.
Jean-Jacques Rouch
Un sang d’encre nous emmène au coeur d’une action finement ciselée avec des personnages solidement campés comme Barthé, Romain et surtout le jeune Matthias qui promène son mal de vivre et son allure bien rimbaldienne. Belle intrigue aussi qui nous fait voyager dans la verte Irlande, mais aussi dans les Highlands du nord de l’Ecosse pour finir sur les bords romantiques de la Garonne. Michel Baglin nous raconte la cavale de cette espèce d’Arlésienne : ce personnage dont on parle toujours mais qu’on ne voit jamais ! Matthias, poète, écrivain raté, cherche sa vie à travers les racines entortillées d’une généalogie en forme de liseron. Histoire d’une fuite sur fond de drame et d’écriture. On retrouve le milieu journalistique avec Barthé et Romain. (…) On appréciera les dialogues toujours rondement menés et une action qui s’enchaîne, ne faisant pas l’économie de flashs-back, tout cela avec beaucoup d’intelligence et une manière de brosser les portraits de ses personnages que l’on retrouve aiguisés par les couleurs truculentes de leurs caractères. La question liminaire sera-t-elle élucidée : Pourquoi Barthélémy a-t-il voulu tuer Romain ? C’est en faisant le voyage au bord des falaises d’Irlande, dans la beauté vaporeuse du Loch Ness ou sur les rives consolidées de la Garonne que vous trouverez la réponse à cette interrogation, qui ne manquera pas de vous surprendre jusqu’à l’arrivée d’un petit rond noir de point final.
Laurent Bayart.
La Ballade de l’Escarot
roman
Pascal Galodé éd. - collection "Romans noirs")
à paraître en septembre 2009-
Ne trépignez plus d’impatience : il arrive !
Comme deux précédents romans de l’auteur, (Lignes de fuite et Un sang d’encre) cette Ballade de l’Escargot est un polar qui mêle la traque et la quête, l’action et la peinture de personnages en rupture de famille, d’amour, de société… Il se déroule en partie dans une sorte de cour des miracles constituée de paumés, de dealers, de squatters, de skins et de prostituées.
Architecte rangé, Clément en vient lui aussi à se « déconnecter » et à se marginaliser à la suite de déboires conjugaux et surtout du viol de sa fille, recluse depuis dans son mutisme. Sans compter qu’une vieille affaire de corruption passive le poursuit sans qu’il en ait vraiment conscience.
Livré à une sorte d’errance au volant de son camping-car qui lui sert de coquille d’« escargot », il s’enfonce de déambulations mélancoliques en balades punitives dans les quartiers interlopes de la ville. A la rencontre de la violence, mais aussi de personnages comme Floréal, Mamadou, Rachid, Sandrine, qui lui révèlent le peu de sens de sa propre histoire et la fragilité de ses défenses…
Remonte alors à la surface le scandale étouffé dans lequel sont impliqués des notables véreux, bien moins fréquentables que la pègre des quartiers. Renouant un à un les fils de l’écheveau, l’Escargot devra aussi descendre dans cet égout pour connaître la vérité, dans ces zones d’ombre où se cache la sourde misère du désespoir, mais aussi la tendresse et l’amour de ceux qui ont un jour perdu leur carapace et s’en bricolent comme ils peuvent de très précaires…
Voir aussi :
Michel Baglin : portrait
Michel Baglin : chansons
Michel Baglin : dernières publications
Michel Baglin : les recueils poétiques
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