« J’écris pour retrouver une voix, une musique, le parfum de moût fermenté, sentir sous la main le sifflement de la rampe cirée, retrouver des près fleuris de jonquilles », écrit Monique Saint-Julia. Gérard Bocholier, qui préface son dernier recueil, « Claire-voie », paru aux éditions N&B, le souligne avec justesse : elle écrit « pour retrouver ». L’enfance, bien sûr, évoquée dans de nombreux poèmes, et « la cérémonie des souvenirs », mais aussi un regard émerveillé, une appréhension lumineuse de la nature qu’elle approche dans une langue aussi précise que sensuelle et, avec « les visages aimés », un bout d’éternité.
« Jours d’eau lasse »
A propos de son précédent recueil, « Un train de paysage », Gaston Puel parlait lui d’une « poétique de l’élémentaire, une écoute fervente des choses, des animaux, de la lumière d’un instant, cérémonial pour les accordailles, parole et cœur ».
Mais il notait aussi, avec justesse, cette « tendresse endolorie » qui est comme la marque de Monique Saint-Julia. « La terre est dans ma chair », écrit-elle, mais son adhésion frémissante au monde n’est pas totalement sereine. Et la voix qui chante connaît la gravité des « jours d’eau lasse ». Quelque chose est perdu et l’on devine dans maints poèmes « les portes entrebâillées des deuils ». C’est bien sûr ce qui donne à sa façon d’aimer sa profondeur.
« Plus les jours passent menant la fin des choses et des noms, plus le passé résonne. Détachés des muettes saisons, nous cheminons vers une lumière d’éternité. » Toute la poésie de Monique Saint-Julia est de cette eau, cette belle eau claire.
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