
- Monique Saint-Julia signait son recueil au Salon des éditeurs à Toulouse (Ph. Guy Bernot)
Son dernier recueil, « Au Fil des nuages » , publié en ce mois d’octobre 2009 par L’Arrière-Pays, nous fait entendre une Monique Saint-Julia plus grave il me semble que dans ses précédents ouvrages. Certes, on y retrouve son univers où elle aime à « promener ses dix doigts dans les quatre saisons du jardin », mille parfums de genêts, le vent d’aubépines, le « plein été vibrant d’insectes ». Certes, les abeilles y font toujours chanter les glycines, les pies frappent au carreau, on y entend tout aussi bien « toute une cristallerie de pluie » et l’on y contemple, sur un lac, « lèvres à lèvres le ciel et l’eau » et leur geste de peintres… Mais si « les poignets fragiles des jours remuent l’éternité des oiseaux », on glisse insensiblement au fil des pages, et des jours, justement, vers ce « temps des ronces », de « ciels blessés sur les balcons », l’hiver à l’extérieur et dans le cœur.
« Chercher des mots en eaux profonde »
Le souvenir de la mère décédée hante ces poèmes où la peine donne souvent sa tonalité automnale au paysage : « Ciel bâclé d’un gris de pluie si bas qu’on peut / le toucher de la main. / Feuillage essoufflés. / Dans le jardin les pas hésitent. » Elle force la retenue habituelle de Monique Saint-Julia pour se dire dans l’étonnement d’une mémoire remuée : « Comment ce gris a-t-il pu si longtemps grandir, m’enfermer en une image douloureuse qui m’étreint dans un carcan de tristesse, de solitude, de deuil ? »
Les ciels et le jeu des nuages qui en dessinent la profondeur sont omniprésents dans ces poèmes : « Longtemps j’ai cru éternels les ciels d’hiver endeuillés », reconnaît-elle. Cependant, elle qui est peintre sait faire vivre les couleurs comme elle sait, en poète, « chercher des mots en eaux profonde ». Même dans la mélancolie, son regard reste clair, baigné d’une ferveur - religieuse peut-être ? -, mais alors très discrète : « le ciel est ma faiblesse », avoue Monique Saint-Julia, qui ajoute : « il entre dans mes jours tout bruissant de joie ».
En tout cas sa poésie qui se veut extrêmement simple, puisant à cette candeur d’« un enfant émerveillé (qui) sommeille en nous », contamine notre regard et nous offre, avec un peu du chant du monde, un moment de sérénité.
« L’écriture qui irrigue toute une vie / apporte l’apaisant bonheur d’avoir vécu », dit-elle encore.
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