Les poètes et le rire
Parce qu’il veut « rire avec son temps », Jean Orizet a concocté son anthologie Les poètes et le rire en réunissant une brassée d’auteurs contemporains (avec quelques aînés comme Jarry, Fourest, J. Renard, A. Allais), dans un ordre alphabétique qui ménage quelques effets de voisinage cocasses.
Parmi ces jongleurs du langage, manieurs d’humour et contempteurs de la morosité établie, on retrouve bien sûr des incontournables : Desproges, A. Frédérique, L’Anselme, Chaval, René de Obaldia, Nadau, Norge, Mougin, Prévert, Topor, Vian, Vialatte, Vincensini, etc. Mais d’autres aussi, qu’on n’attendait pas forcément là, tels Arrabal, Calaferte, Godeau, Hardellet, Mac Orlan, Paul Morand, Ponge, Rousselot...
La liberté des poètes, leur irrespect et leur amour des mots les poussent somme toute assez naturellement à se jouer d’eux-mêmes, des autres et de la réalité à travers fantaisies, pastiches (« La vache ivre » de Jean Malaplate est un régal), clins d’œil, dérision et fables absurdement logiques. Sans parler de leur goût pour l’exotisme des contrées imaginaires qui les incite à en découvrir toujours de nouvelles, dont une Denise Miège, par exemple, saura magistralement détailler la faune improbable ! Coup de griffe féroce ou sourire amusé, la tendresse et pas mal de fraternité trouvent à s’y glisser, plutôt chez elles ici, et la poésie est au bout.
A ces humoristes ayant consacré leur plume à chatouiller le propre de l’homme, s’ajoutent des auteurs plus jeunes ou moins connus, qui apportent à moudre leurs grains de folie, de sel et de ciel bleu. Histoire de tirer un peu de leur torpeur nos zygomatiques ankylosés.
Une anthologie de la poésie amoureuse en France (XII- XX siècle)
Le lyrisme amoureux a sans doute offert à la poésie ses plus beaux textes et probablement les plus nombreux. Concevoir une telle anthologie n’est donc pas une mince affaire. Mais Jean Orizet, qui ne s’interdit nullement d’accueillir quelques pièces incontournables parce qu’emblématiques, a su néanmoins imprimer sa marque par un choix personnel à travers presque mille ans de poésie amoureuse.
Orizet est un connaisseur, poète lui-même, éditeur, et auteur d’une anthologie de référence chez Larousse ; son goût s’affirme notamment avec les auteurs modernes qu’il a retenus : Laforgue, Paul-Jean Toulet, Bousquet, Borne, Malrieu, etc. L’anthologie s’ouvre sur un texte de Christine de Pisan (1364-1431), notre première femme-écrivain pour se poursuivre avec Jaufré Rudel, Charles d’Orléans, etc. jusqu’aux contemporains (mais aucun poète vivant n’y figure) en traversant des siècles préoccupés du plus « beau soucy ».
L’auteur confesse le bonheur qu’il a eu à « dresser le constat de la jeunesse du monde quand elle est visitée par la passion », plaisir que retrouve le lecteur en parcourant ce livre élégant où chaque poète est introduit par une courte présentation.
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