Certes, le narrateur de ce roman se nomme Jacques Drogo et le livre raconte son histoire, romanesque à bien des égards. Mais il ressemble à Jean Orizet comme un frère de lettres et on sent bien que l’autobiographie affleure à toutes les pages – moins bien sûr dans l’intrigue et ses rebondissements que dans la connivence profonde des caractères du narrateur et de l’auteur. Dans leurs « approches » de la vie, des autres, des civilisations et des œuvres, souvent traversées ici, parfois commentées, sans pédantisme.
Jean Orizet réussit une fois encore à mêler dans un récit la fiction, le souvenir, les digressions et les notes de voyages avec un naturel déconcertant. Et l’on y retrouve bien sûr, toujours au centre de sa quête, des réflexions sur « l’entretemps » : cet espace qui relativise les chronologies et où le passé intimement se fond avec un présent qui échappe, du coup, à son inconsistance, voire à son absurdité.
L’homme fragile ne l’est pas tant que cela en vérité. Mais l’amitié et l’amour, se contrariant ici, l’ont blessé et obligé à vivre avec des fantômes. C’est en apprenant à les domestiquer que Jacques Drogo , l’homme fragilisé, se fera fort ou, du moins, serein.
Récit initiatique, ce livre qui vous entraîne par les séductions de l’écriture aussi bien d’un continent à un autre que dans les aventures sentimentales de ses personnages ou dans les méandres des interrogations sur la création, poursuit en fait le chemin ouvert par les précédents livres d’Orizet : tenter de définir, et enrichir, une approche poétique du monde.
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