« Tissé de banals messages, le visible bavard embrume notre esprit D’où ce besoin, pour moi, de trouver sur la planète la source du silence peuplé », écrit Orizet en préface à ce recueil de courts récits dont l’objet est toujours une rencontre. Avec un écrivain ou un peintre le plus souvent, une simple phrase parfois. Ou, dans la dernière partie du livre et à l’occasion d’un voyage en Égypte, avec les souvenirs tangibles de quelque pharaon. Mais surtout, avec soi-même, ce qui nous habite, ce que nous ont légué les morts et qui vit encore en nous, constituant notre humanité.
Cette sorte de promenade aux quatre coins de la planète n’a rien d’un pèlerinage, ni le livre d’un musée : Orizet n’est pas archéologue mais poète et ne s’arrête qu’aux traces vives. Ses textes font le récit d’anecdotes qui à chaque fois portent témoignage d’une « coïncidences significative ». Et si c’est presque fortuitement, comme au détour d’une rue, que nous tombons nez à nez sur Segalen, Kafka, Borges, Nerval ou Cézanne, les rencontres sont toujours porteuses de sens. Parce qu’elles ressuscitent ce qui nous habite, qu’on pourrait appeler des pans de culture, et qu’Orizet préfère nommer l’entretemps : un espace de partage et de dialogue, d’intimité ouverte. Qu’il s’agisse du fort Bastiani du "Désert des Tartares" ou de la Lisbonne de Pessoa, les lieux sont habités ou, si l’on préfère, encore frémissants, enrichis, de ce qu’en ont perçu et dit les poètes.
« Le hasard ne favorise que les hommes préparés », affirmait Pascal, et pour que le miracle opère, il convient certes de s’être placé en situation d’écoute. Ce que sait admirablement faire Orizet, avec intelligence et élégance. Disponible pour tomber en arrêt devant une maison, une gare, un paysage ou un tableau et réveiller en lui et en nous ce qui, d’une œuvre ou d’un homme, nous est encore présent et devenu consubstantiel, ces vies qui ont nourri notre sensibilité, ces regards qui ont agrandi nos regards.
L’accompagnant dans ses pérégrinations, nous allons aux sources du « silence peuplé », d’un poème universel qui nous survit : la « poussière d’Adam ». Alors, en effet, tout fait écho et tout fait sens. Et le monde en est augmenté.
Lire aussi :
