La double appartenance d’Amina Saïd aux deux rives de la Méditerranée explique peut-être, ainsi que le suggère Ghislain Ripault, « une dialectique constante des complémentarités et des séparations (qui) hante cette poésie ».
Au rythme du « balancier du jour et de la nuit », entre soleil et ombre, « entre ciel et mer », « cendre et flamme », devant « le double aspect de toute chose », la dualité en effet inspire cette écriture « de silence et de mots », crée la tension nécessaire à l’être pour se dire, au travers des « analogies cachées », entre les allers et retours de ses désirs et de son inquiétude, entre les continents qui le nourrissent et, peut-être, la frustration de « l’ailleurs » comme de « l’ici ».
Mise au jour
Mais plus que l’attachement aux lieux, c’est une volonté de marcher sur la Terre (titre d’un de ses précédents recueils), de l’habiter de façon à la fois globale, sensuelle et consciente, qui me semble animer les poèmes d’Amina Saïd. « J’écris parce que je suis / et pour apprendre à être davantage », affirme-t-elle, misant pour cela sur « les feux intimes qu’offre la lumière ». Car être vivant, c’est résister aux ténèbres, à la cendre et à « l’ombre ennemie » de tous ses feux et de tous ses mots.
Ceux, justement, qui « créent une lumière autre », à la fois « médiatrice » et source d’un nouvel élan. Nul ne sait vraiment « où se situe l’exact gisement de lumière » ; sans doute à la fois dans le monde, en soi et chez les autres, mais surtout dans « le poème (qui) est rituel de lumière », orchestration de nos clartés. « J’ai pris pour demeure le sensible » fait dire Amina au poète, sans qu’il renonce pour autant à une « parole consciente ».
Il s’agit bien d’avancer sur le fil ténu d’un équilibre. Si « c’est aujourd’hui / que demain commence », il s’élabore dans une « mise au jour », qui elle-même s’opère par le langage.
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