Enfin un nouveau roman de Michel Baglin. On avait conservé des deux précédents un goût d’humanité fervente. « La balade de l’Escargot » ravive cette ancienne saveur.
Ce roman policier nous balade dans les sinuosités d’une intrigue qui aiguise rapidement notre curiosité — Pourquoi le refus d’Anna de porter plainte contre les violeurs ? Quel inconnu connu représente cette photo ? Pourquoi ces disparitions ? Ces actes de violence ? L’hostilité de l’inspecteur ? Sandrine est une étrange prostituée...
Mais notre impatience d’atteindre la clef des mystères est tempérée par la saveur de l’écriture, laquelle oscille, du jargon le plus cru des squatters - « T’occupe et magne-toi ! Si l’autre con prévient les keufs, t’es bon ! » - aux nuances imagées de Clément - « sa haine... prospérant comme une tumeur », « la neige apaise la nuit à gros flocons », « les péniches encapuchonnées sont blotties contre le quai », « le chien baptise le cadeau d’Anna... dont le moteur ronronne »... - en passant par des raccourcis de pensée saisissants :
« Vous pensez avec la tête, pas assez avec les tripes !... Moi c’est pour naître que je me suis planté : je me suis gouré de clapier. »
Toujours vif et concret, au plus près des situations, souvent dans l’humour, le style est nourri par une poésie sous-jacente qui affleure fréquemment : le poète Michel Baglin n’est jamais loin du romancier, pour notre bonheur.
Nous errons avec Clément entre jalousie conjugale, culpabilité "routière", douleur paternelle, remord professionnel — discrètement évoqués. Mais sous le souci et la souffrance partagés, une sorte de douceur diffuse nous réchauffe : celle de l’attention fraternelle portée aux autres — plus que de l’attention à l’égard de Sandrine...
Nous refermons le livre, le cœur ému, en remerciant Michel Baglin pour l’originalité de sa balade entre le monde des « Pas de chance » et celui des Puissants, mais surtout pour son humanisme. Cassés par la vie, ses personnages gardent le cœur intact : assistance médicale inquiète, respect de la prostituée, partage du RMI, protection du père soupçonné, du mari largué...
Nous reprenons le roman pour relire quelques scènes : la tournée dans le bar... l’anniversaire d’Anna... le cadeau de la voiture rouge dans la neige... On sourit. Complices. C’est bon dans un monde de brutes !
