Né en 1953, Patrice Angibaud a publié des poèmes dans diverses revues de qualité (La Corde Raide, Coup de soleil, Laudes, La Tour de Feu, Plein chant, Traces, etc.) et est présent dans des anthologies comme celle de la poésie bretonne de Charles Le Quintrec (la Table Ronde 1980), mais « Tant perdu » est son premier recueil. Et j’avoue être étonné qu’il n’y en ait pas eu avant, tant ses poèmes sont d’une belle et profonde simplicité.
Le titre qui joue sur les registres de la perte et du temps évoque justement ce qui l’habite, les thèmes qui s’y croisent et tissent. Gens qu’on côtoie à l’arrêt de l’autobus (« salle d’attente de plein vent »), évocation poignante de l’agonie et de la mort du père, mélancolie d’un paysage ou d’une rue qui laisse parfois « un gout de vieux sur la langue », salut à des disparues comme l’éditeur Jean Le Mauve, silence de la campagne, un vieux longeant les vieux murs qui lui ressemblent… tout cela donne accès à un espace poétique, parce que tout cela « ouvre l’intérieur du silence ».
La poésie de Patrice Angibaud, d’un accès immédiat, est un peu nostalgique mais pleine de célébrations secrètes : « Tu aimes cette terre / où tout le mal de vivre / n’effacera jamais une touffe de jonquilles / qui s’épanouit. » Elle s’efforce en somme de répondre à cette injonction : « C’est ici qu’il faut trouver le large ».
