Jour naissant
Quand la fente de la nuit révèle l’aube
le vent s’amuse à tresser les cheveux des arbres
il joue avec le restant d’étoiles
Toi tu poses ton pied dans le jour
tu picores l’ombre
tu pourfends les fumées de l’âme
tu es dans cet intervalle un homme de trop
Tu illumines la poussière du temps
tu étreins l’arbre
et le jour fleurit dans ta main
***
Au pied de la lettre
Au pied de la lettre tu saisis une ombre
la vie continue à se taire
tu te grandis entre deux arbres
les mots soulèvent leurs racines
la phrase déballe ses feuilles
le sentiment brise les nervures des branches
Tu tutoies l’épaule des géants
Silence du matin
Le silence impressionne
au loin un chien aboie
l’écureuil lance son point
d’interrogation
sur le I majuscule du tronc
Le soleil foule la rosée
et te voici
creusant ta voûte
tu te déplies avec lenteur
ton œil chavire
Tu songes
un oiseau chante
il fait froid
soleil tu mens
le pic dérange le silence
tu plonges nu dans l’eau du temps
Radieux
Tu creuses les distances
tu habilles les racines
tu ris
Tu plies le soleil à tes courbes
tu te tends sous l’arc de la pluie
tu jubiles
Tu brises la lune en mille éclats
tu piétines des reflets éteints
tu aspires l’eau de tes mains
Tu resplendis
V. W.
A Virginia Woolf
A la fraîcheur de l’eau elle transmet la sienne
Elle qui fut jadis incandescente
Quand dans un lit captif elle attendait le prince
Chargé de décoiffer ses orteils pétrifiés
Mais voici qu’aujourd’hui le prince a disparu
Et la voilà bien seule à espérer qu’arrive
Du fond du flot boueux quelque poisson de lune
Qui pourrait raviver sa mémoire en dérive
Alors de son pied nu elle tâte le sable
Mouillé qui répercute le silence
L’hiver est si pur en ce jour qui décline
Le nuage là-haut ressemble à un caveau
Et elle avance lente dans l’eau glacée
Qui lui bat les mollets comme une écharpe
Puis elle s’enfonce des cailloux plein les poches
A la fraîcheur de l’eau elle transmet la sienne
Venir à la lumière
La nuit n’en peut plus
tu bois le vin des rêves
et habillé de songes tu te lèves
Les yeux fixés au ciel
tu prends le compas des étoiles
le silence te hante
Et quand la dernière étoile étanche sa soif
tu fermes les yeux et laisses l’aube te pénétrer
Dans le creux de ta main l’ombre s’efface
ton image est bien la bonne
Tu consens à la lumière !
***
Surgir
Tu surgis dans un cri comme une déchirure
tu étais bien au chaud et le cafard te lampe
l’abandon te taraude au long des jours sans fin
dans l’attente patiente de la douceur
Tu reconnais bientôt un visage une voix
tu souris à la peur du néant
et tu tâtes tes mains et ta tête et tes jambes
pour te convaincre que tu ne sais rien faire
Plus tard ton pas s’affermit se dirige
vers l’inconnu dans l’effarouchement
les tiroirs les chaises la table les murs
te disent les secrets de la récréation
Tu verras c’est si simple une vie dérisoire
essayer de grandir dans un monde si creux
où les géants oublient
qu’un jour ils ont été plongés dans ce mystère
Alentour
Qu’y a-t-il alentour ?
un arbre mort peut-être
un lit qui se débine
un corbeau une croix
Pourtant la haie chante les fleurs
les feuilles bleuissent de plaisir
car le soleil leur chuchote à l’oreille
il est venu le temps d’aimer
Qu’y a-t-il alentour ?
Une abeille prise dans la toile
un arbre creux tambour d’oiseau
une mouche te pique au talon
L’été bourdonne tout seul
ton poil chatouille le vent
sur le fauteuil somnole la saison
avec les vêtements en vadrouille
Puisqu’il n’y a rien alentour
tu te meus nu sur la dunette
de ton voilier imaginaire
et tu brasses l’écume du Temps
Aube
Tu te promènes dans l’aube grise
le rossignol te souffle dans l’oreille
et tu suis les traces du lapin
Il tombe quelques gouttes
des larmes
ton œil se trouble
tu respires
l’air tremble
tu retires ton vêtement de nuit
Et tu t’allonges insecte nu sur l’herbe
ton corps frissonne de rosée
tu lèves tes mains en l’air
tu les agites
tu crois voir des branches déchirant les nuages

