
- Jean Chatard par Jacques Basse
Depuis « Bruits d’escales » (1967), Jean Chatard a publié de nombreux recueils de poésie surtout, mais aussi de nouvelles (fantastiques), et souvent avec des titres fleurant bon l’aventure hauturière : « Je vous écris du fond des mers », « Passager du ressac », « La mer à mes souliers » , etc. Rien d’étonnant : ce natif du Sud-Ouest (en 1934) fut mousse puis longtemps marin. Sa langue de poète s’en ressent, riche du lexique de la mer et de la navigation, pleine de mots iodés, et de connotations ouvrant les grands larges.
Ce bourlingueur, qui est aussi critique et fut successivement rédacteur en chef des revues « Le Puits de l’ermite » et « Soleil des loups » (voir ici l’article de Georges Cathalo), met les horizons à portée de voile et de poème. On s’en rend particulièrement compte avec ce livre qui n’est pas un recueil, mais une anthologie préparée et préfacée par Francis Chenot.
Au-delà du bastingage
Elle s’ouvre sur « Les Chemins profonds » (illustré par Claudine Goux) et se referme sur l’inédit qui donne son titre à l’ensemble, « Les Archives de la nuit » . J’ai eu pour ma part le plaisir d’y redécouvrir des poèmes d’un peu tous les recueils qui ont trouvé place dans ma bibliothèque au fil des années – outre ceux déjà cités : « Dans les prisons imaginaires de Piranesi », « Les Ordres de l’instant », « le Chant des épidermes », « les Balanciers de l’insomnie » , et d’autres encore.
La mer « pourvoyeuses d’images et de reflets anciens » y est très présente, parce qu’elle est aussi, pour Chatard, la jeunesse, la mémoire, le voyage et cette sensualité, « ce rythme de la peau qui nous sacre vivants ». Faufiler, naviguer, ravauder sont quelques uns des maîtres-mots d’une poésie qui s’ancre dans le monde sensible mais sait que « l’autre rive toujours répond à des appels ». Pas de dieux ici, me semble-t-il, mais des totems pour dire l’inquiétude métaphysique des hommes. Surtout à l’âge où « la charpente est solide mais le cœur se défait ».
C’est en tout cas une belle langue musicale, un vers travaillé qui donne à voir au-delà du bastingage. « Avec les matelots qui tracent la légende sur le pouls des voiliers il fait beau quelque part et quelque part naufrage. »
Jean Chatard, marin, poète et revuiste
Jean Chatard est né le 12 février 1934 dans le Bordelais, à Sainte-Terre, entre les vignobles de Saint-Émilion et Saint-Michel de Montaigne, sur les bords de la Dordogne..
Nourri d’histoires de pirates et de flibustiers durant son enfance, il entre à 15 ans à l’École des Pupilles de la Marine, à 16 ans à l’École des Mousses et signe un engagement de cinq ans dans la Marine Nationale. Divers voyages, tant sur le voilier l’Étoile que sur le cuirassé Richelieu. Séjour de plus de deux ans à la "Marine aux Antilles".
À 22 ans, il quitte la Marine et entre dans les Transports parisiens pour y demeurer jusqu’à la retraite. Il se retire alors en Normandie.
Parallèlement, Jean Chatard s’est investi pleinement dans le domaine poétique avec l’ami des bons et des mauvais jours, Robert Momeux, avec lequel il fonde en 1965 "Le Puits de l’Ermite", aventure qui aboutit à un numéro spécial Raymond Roussel (repris par la revue de J.J. Pauvert Bizarre), puis à un numéro spécial : Domaine poétique international du Surréalisme (n° 29 — 30 — 31) de la revue "Le puits de l’Ermite", préfacé par Philippe Soupault. Puis il fonde "Soleil des loups" (24 numéros parus), avec la complicité de Michel Héroult et de Jean-Claude Roulet, puis de Jacques Simonomis.
Il a rédigé des centaines de notes de lecture et collabore à une vingtaine de revues par le biais de portraits, de chroniques, de compte-rendus, etc. Il est par ailleurs traduit en allemand, anglais, arabe, espagnol, polonais, portugais, roumain. Les peintres et illustrateurs Gabrielle Rigo, Charles Bézie, Hélène Roy, Claudine Goux, Patrick Guallino, Michel-François Lavaur, Cercl. D’Arganthe, Gérard Sendrey, Claude Caumel, Philippe G. Brahy, lui firent le plaisir d’illustrer ses textes.
Lors de fréquents voyages au Québec, il a travaillé avec la peintre Hélène Roy et en Europe essentiellement avec Claudine Goux. De 1967 à 2010, il a publié une quarantaine de recueils ainsi qu’une anthologie "Les archives de la nuit" (éditions de l’Arbre à paroles).
On lira également avec intérêt le n° 173 de la revue de Michel-François Lavaur, "Traces" (" spécial Jean Chatard ").
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