La lecture du dernier roman de Laurent Mauvignier, « Des Hommes » , que j’ai beaucoup aimé (lire ici), m’a incité à découvrir un autre de ses livres. J’ai opté pour le premier, « Loin d’eux » , avec lequel il a avait connu d’emblée le succès.
Gestes et mots perdus
Un succès justifié, de toute évidence, car on y découvre un ton, un style, celui du monologue intérieur, ou plutôt des monologues puisque c’est ici une succession de « points de vue » ressassés et remâchés qui dessine peu à peu un conflit de génération entre Luc et ses parents, Jean et Marthe. Luc a choisi de s’éloigner d’eux en s’installant à Paris, matérialisant ainsi la distance et le silence qui les séparent. Incompréhension, communication impossible malgré l’amour qui ne trouve ni les chemins de l’autre ni les mots de l’échange, rancœurs et entêtements, mais aussi sentiment de culpabilité et malaises existentiels conduisent au drame : le suicide de Luc, là-bas, « loin d’eux » et de toute fraternité.
Tout le roman tient à ces voix (celles des parents, mais aussi de l’oncle et de la tante, et de la cousine) qui interrogent, chacune pour soi, le geste fatal, le repliement de Luc, et tous les gestes et les mots à jamais ratés ou perdus.
Avec beaucoup de maîtrise, Laurent Mauvignier recourt au style parlé, en apparence relâché mais terriblement efficace, pour entrer dans l’intimité de ce huis-clos étouffant et pathétique. Pour sonder les têtes et les cœurs rongés de solitude et de remords et exprimer dans un livre court mais formidablement émouvant tous ces mots qui se terrent derrière le mutisme et la douleur.
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