Petite mise en condition dès le début de ce recueil où l’auteur donne sa définition du mot « escalier » et note, en ce qui concerne « le bon usage » : « On se réfèrera à l’escalier, louant ses vertus, jusqu’au troisième… Dans les étages supérieurs, le terme devient obsolète…Il est certes difficile de s’entendre dire qu’on habite un sixième sans ascenseur ; mais un sixième avec escalier, ah ! ça jamais ».
Puis, le pourquoi du thème : Georges Curie, photographe amoureux des escaliers, a sollicité les poètes pour qu’ils accompagnent de leurs mots ses propres clichés (douze sont reproduits dans l’ouvrage). Conséquence : « Certains le prirent de haut // …d’autres // …trouvèrent comme il se doit / prétexte à s’élever ».
Inutile de dire que Claude Vercey s’est jeté enthousiaste dans la célébration de ces « initiatives architecturales ». Avec humour, d’abord, en jouant sur les termes indissociables d’un tel sujet et ceci dans des textes courts : « On le prend / on l’emprunte / voire on l’aura dérobé : // jamais escalier ne fut donné » ; ou encore : « Habile en paroles / inutile de ses doigts // il appréhende de le monter / l’escalier / par crainte d’être au retour / tenu de le démonter ».
Humour, donc, mais également préoccupations sociales. L’auteur n’oublie pas, en effet, que les tenants du haut de l’escalier ne souhaitent pas être rejoints par ceux qui n’ont pu gravir les degrés. Ainsi que le rappelle avec acuité « Épigramme long », « …des uns / vers les autres le transit » n’est pas pour demain.
De même, le domaine conventionnel de l’escalier sera-t-il élargi aux dimensions de la ville par l’« Escalator », poème dont l’accumulation des vers, bousculés et désarticulés, restitue les trépidations d’un univers urbain qui malmène et conditionne les humains appelés ici « les stupéfaits ».
Le livre se conclut de façon inattendue par un récit. Atmosphère à la fois réaliste et onirique dans laquelle le narrateur, amoureux, doit vaincre les obstacles d’un escalier puis d’une étroite passerelle pour rejoindre une certaine Anne. L’ensemble se lit avec intérêt et curiosité mais laisse perplexe quant à sa signification. Peut-être, d’ailleurs, n’y a-t-il pas lieu de chercher ? – Une hypothèse malgré tout : et si cette « Anne », difficile à atteindre, au dernier et plus haut appartement d’un immeuble, avait pour véritable nom « Poésie » ?...
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