Je lis Malrieu
au jardin
dans la chaleur d’été,
soif épanchée
dans sa maison de feuillages
Frondaisons profondes
de la parole
Chant ruisselant
au midi
des hectares de soleil
Soudain les roses ploient
alanguies
sous le poids de l’été
offertes
au nom secret
de l’amour.
***
A vélo dans Nantes endormie.
Sac bistre : « Gardarem lo Larzac »,
s’y entassent les vertiges de Reverdy
saisis le matin même
au cours d’Yves Cosson, l’ami.
Sac jeté dans la sacoche
flanquée d’un « Sauver les bois,
les talus et les haies,
c’est aussi sauver l’homme ».
Serait-ce si simple vraiment ? -
Je pédale à m’en décrocher
les jarrets
dans la nuit glaciale
amples cheveux au vent
qui me scie les reins
et la pulpe des doigts.
Quai de Versailles, au pont,
feu rouge.
Pied à terre.
A l’affiche « Les doigts dans la tête »
de Jacques Doillon.
Hasard ?
Je songe alors à vous
qui me ravitaillez
dans mes étapes au long cours
et m’aidez à tenir la route, debout,
malgré les coups de Jarnac
désespérés du passé.
Cœurs ouverts.
Dans nos mains le monde à changer.
***
in memoriam.
Sur les vignes vieilles, le soleil décline les intimes variations du bonheur.
Un panneau, une vague aubette : un arrêt simple dans les prés.
Eaux, chênes, landes, chicots de brûlis, cendres dans le vent.
Fermes basses, usées, portes vermoulues encadrées de briques.
Rebord de fenêtre : chat docile qui guette l’arrivée de la nuit.
Les jardins livrent leur poids de secrets.
Une voix enregistrée, aseptisée, égrène la litanie complète des arrêts à venir.
Terres en friche, moulin sans ailes dans le squelette des arbres.
Auto rouillée, désossée, contre un talus chétif : abri déglingué des poules.
Cochons gras dans le sentier boueux des vaches.
Lourdeur de la terre, poids de l’heure immobile.
Le voyage dure une éternité. Le pays semble arrêté.
La nuit même attend, pour s’installer, on ne sait trop quel signe,
que n’oseront pas les voyageurs, indifférents.
Bourgneuf (-en-Retz), vieux bourg de Cadou.
Café « Au quai fleuri », sans la moindre fleur qui vaille.
La motrice meugle dans le soir.
Un ragondin péniche et tangue dans l’étier.
La mer, enfin, bleu tendre, aux Moutiers.
Orange, le disque, sur Noirmoutier,
double sur la vitre du train.
Avant Pornic, La Bernerie,
où vous vîntes, cher Jean Rousselot, le 5 décembre 1950,
visiter votre ami René Guy Cadou
avant son grand départ.
La vie n’est-elle donc que croisements, arrivées, départs
avec des haltes éphémères,
comme celle que nous vécûmes hier, à L’Etang-la-Ville,
avec notre ami Lewigue, peintre fulgurant, au geste large,
au regard vif et clair ?
Il nous faudrait cheminer au rythme
de ce train desservant, paisiblement, dans le soir,
les bourgs assoupis,
sans hâte d’arriver au terme,
seulement soucieux de vivre et de s’offrir
ces paroles qui sont en nous comme des perles.
