
- A l’heure de la remise du prix, Gilles Verdet (au centre) avec Guy Rouquet, pdt de l’Atelier imaginaire et Jean-Claude Bologne. (photo MB)
Ce recueil, « La Sieste des hippocampes », préface par Jean-Claude Bologne, réunit quatre nouvelles. Celle qui donne son titre au recueil met en scène un homme qui croit avoir retrouvé une femme qu’il a aimée dans sa jeunesse et qui est devenue amnésique. Il tente avec elle une nouvelle aventure mais ne parvient pas à remonter le temps et, finalement, tue celle qui s’obstine à ne pas le reconnaître.
« Comma », la dernière, est encore l’histoire d’une dépossession. Un jeune homme victime d’un accident en 1977 vit pendant une vingtaine d’années dans le coma en entendant tout ce qui se passe autour de lui : sa femme qui ne cesse de lui rendre visite et le fils dont elle a accouché et qui grandit. Il vit par procuration leur engagement, la victoire de la gauche en 1981, le militantisme… Mais peu à peu ses proches, comme la vie, lui deviennent étrangers, des pages se tournent irrémédiablement.
Une révolte des gueux
Entre ces deux nouvelles qui mettent en scène les illusions et les désillusions de la maturité, deux autres prennent place, l’une racontant une révolte des gueux (« Le Grand Palais d’hiver ») dont on apprend à la fin qu’elle est le fruit de la manipulation d’une agence de pub. Une autre narrant les espoirs d’une dame pipi de la gare de Lyon qui croit entrer, comme dans les polars dont elle se nourrit, dans une aventure et un rôle de justicière et provoque en fait des catastrophes (« Roman de gare »).
Très bien construites, ces nouvelles sont servies par un style alerte et nerveux. On y apprécie notamment la verve libertaire, les énumération céliniennes, les mises en scènes très visuelles (le défilé burlesque des « inscrits à l’hôtel des courants d’air » est un vrai tableau), le goût des mots parfois rares, souvent argotiques, l’humour et la poésie des expression, comme la saveur d’une prose bien rythmée.
