Jacques-François Piquet

« Suite nantaise »

Une lecture de Patrice Angibaud

Après « Noms de Nantes », Jacques-François Piquet reprend dans ce nouveau livre le thème des jeunes années et revient sur l’enfance blessée qu’il porte en lui.



C’est la seconde fois que la mention de sa ville natale apparaît dans le titre d’un ouvrage de Jacques-François Piquet. Déjà, « Noms de Nantes », paru aux éditions Joca Seria en 2002, évoquait, par petites proses, petits flashes liés à certaines rues, certains quartiers de la ville, l’enfance et l’adolescence de l’auteur jusqu’à son départ pour l’armée (lire ici). « Suite nantaise » reprend ce thème des jeunes années sous une forme différente et va au-delà dans la quête et l’approfondissement de soi.
Dans un premier temps, l’écrivain revient sur l’enfance blessée qu’il porte en lui et reconstitue dans le détail toute « Une vie », celle de son père. Reconstitution minutieuse, autant pour comprendre l’attitude paternelle qui avait l’impression « qu’on se jouait partout de lui » et dont le mariage fut un échec que pour régler ses propres comptes de fils avec ce passé dont tout épanouissement personnel était exclu.
Mais, dès la seconde partie, « Au monde », l’affirmation de soi-même se fait jour et la tonalité change : événements de l’année 1953, naissance de l’auteur. Retour, également, sur l’été 52 où la puissance du désir, le caractère « déraisonnable » (diraient certains) de la liaison de sa mère avec l’amant à qui il doit la vie, sont restitués de façon « déraisonnable » aussi, subtile, dans un passage où toute ponctuation est absente. Affirmation de soi, encore, par cette façon qu’a l’écrivain de se réapproprier chaque lettre du prénom, « Jacques », imposé par son père (« filiation nominale à défaut d’être sanguine »), et de transformer chacune d’elle en reflet d’un aspect de sa personnalité
« Jacques » existe désormais en tant qu’individu. Reste l’écrivain en devenir. Ce sera « François » et ce « Duel à vie » entre deux faces de la même personne. Une « dualité » plutôt, peu à peu assumée, car « Un manque, sans quoi, une sensation de vide ».
Dès lors, tous les possibles sont ouverts. En effet, « il y a l’autre, désormais, le personnage, ni tout à fait toi ni total inconnu, alter-ego en somme, ou encore (…) appareil sensible au viseur duquel l’œil se collerait pour saisir le monde : (…) l’image proposée à la lecture serait une vision du monde et non celle du monde ». Oui, la propre vision du monde de J-F. Piquet, « Un espace romanesque » et ses thèmes récurrents : l’enfance gâchée, le désir d’un « ailleurs », l’exigence esthétique. Thèmes quasi-recréés, prenant une dimension autre dans la dernière partie du livre par les rapprochements et les parallèles établis entre divers extraits des quatre romans antérieurs.
« Suite nantaise » est habilement construit et dévoile, dans une sorte de bilan que l’on ne découvre qu’au final, le cheminement et l’épanouissement progressifs d’un homme et d’une œuvre indissociables.

Patrice Angibaud



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jeudi 21 mars 2013, par Patrice Angibaud

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Jacques-François Piquet
« Suite nantaise »


Editions Rhubarbe, 2013
95 pages, 10 €



Jacques-François Piquet

Né en 1953, à Nantes, Jacques-François Piquet vit dans l’Essonne après avoir passé une douzaine d’années à Londres. Auteur de romans, de proses courtes et de pièces de théâtre, il anime aussi des ateliers d’écriture.


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