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Guy Allix :

« Survivre et mourir »

« La vie ne suffit pas à la vie. Jamais ». Avec des « mots qui giclent dans l’urgence », Guy Allix dit une nouvelle fois l’absurdité et la passion de vivre dans son recueil, « Survivre et mourir », paru chez Rougerie.



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Guy Allix par Clémence IZABELLE

Le titre du dernier recueil de Guy Allix, « Survivre et mourir », inscrit d’emblée la lecture dans le tragique existentiel. « Je ne sais pas écrire de poèmes d’amour / de poèmes de bonheur / il n’est dans ma bouche / que des mots transis / que des mots crispés sur elle », confie l’auteur d’une poésie sans effusion mais pas sans émotion ni tragique. Une poésie toute de tension, grattant la blessure, celle des hommes conscients de leur finitude et néanmoins assoiffés de communion et de sens, des hommes pour qui « la vie ne suffit pas à la vie. Jamais ».
Ces « mots qui giclent dans l’urgence » en des vers nerveux, abrupts parfois, sont bien ceux d’un enfant de l’absurde que n’aurait pas désavoué Camus, « juste une solitude au monde » que le temps, la mort, le désamour tourmentent. Que faire d’autre que d’« attendre que (sa) vie soit achevée pour en finir » ? Même l’écriture, « ce monde obscur qui grouille sur la page », ne semble guère être d’un vrai secours…

Vie / survie

Alors crier ? Peut-être. Avec retenue. Avec des mots. Sans concession. Qui aident paradoxalement à chercher le silence, « la science du vrai » (dire qu’on ne sait jamais) qui est aussi une forme de l’échange : « savoir se taire, c’est simplement reconnaître l’immensité du continent de l’autre ». Vivre et dire le feu qui brûle, consume, anéantit : la vie en somme – qui n’est plus seulement survie dès lors qu’on l’accepte comme passion, dans l’acception presque religieuse du terme.
Il y a de la noblesse en même temps que de l’humilité dans ce désespoir demeuré sans consolation, sans recours. Pas de fioriture ni d’échappatoire : « Toute vie est inachevée. Tout instant est inachevable. »

Michel Baglin



Marie-Josée Christien et Guy Allix : « Correspondances »


Ce dialogue de deux poètes, Marie-Josée Christien et Guy Allix, par poèmes interposés, emprunte au mot « correspondances » plusieurs de ses acceptions, de l’échange épistolaire aux analogies baudelairiennes. Un recueil à deux voix, donc, celle de Guy Allix, poète reconnu (voir son site) et critique, qui s’écrit « dans l’attente du dernier mot » et celle de Marie-Josée Christien, poète elle aussi, et animatrice de la revue Spered Gouez, qui affirme, « ce que j’écris / est ce que je suis / de mieux ».
Elle reconnaît dans les poèmes de son « correspondant » une matière poétique « déployée dans le désespoir » et n’a pas tort sans doute. Sa tonalité est en effet beaucoup plus sombre, tournant autour de « ce néant qui nous dévore chaque jour un peu plus », et « toujours au bord de ne plus dire ». Elle répond : « l’obscur nous mine et nous anime ». Et l’exhorte : « reprends ta source ». L’échange est enrichissement mutuel, tant il est vrai que «  le poème engendre le poème », ainsi peut-elle affirmer : « Tu m’éclaires : d’un poème / où s’écrit le mien ».
C’est au fond la dialectique même de la lecture/écriture qui se dévoile ici : « Dans tes mots / je trouve la trace / qui fouille en moi » écrit-elle. Et lui malgré tout dit aussi sa confiance en la poésie en déclarant : « Je n’ai que des mots (…) mais qui manifestent / comme une présence / au-dedans de l’absence ».

(134 pages. 13 euros. Editions Sauvages. ISBN : 978-2-917228-13-5)



« Poèmes pour Robinson »


Les « Poèmes pour Robinson » signés Guy Allix constituent un très émouvant recueil, celui d’un homme – en l’occurrence, d’un « papy » – blessé. Publié par les belles éditions Soc et Foc et illustré par Alberto Cuadros, il réunit des poèmes tous adressés à ce petit-fils prénommé Robinson, âgé de quatre ans, qu’il n’a jamais rencontré. « J’ai un petit-fils / Quelque part dans le monde / Je ne sais où / Il vit bien loin de moi / Il ne sait rien de moi ». Il l’imagine donc, évalue ses progrès (« tu marches maintenant »), rêve sa vie, son apprentissage du vélo, son Noël au pied d’un sapin, et surtout lui lance ces adresses jetées sur la page comme bouteilles à la mer. « Comme un fou que je suis / je rêve de voir un jour / mes pauvres mots s’échouer / sur la plage de ton sourire. » Mais il est terrifié à l’idée qu’il ne le serrera peut-être jamais dans ses bras, qu’il ne sera pas là à l’ « accompagner pour prendre (son) dernier train. » Un beau livre empli de ce « bruissement d’un monde ignoré », celui d’un petit enfant dont le grand-père se sent « orphelin ». (Soc et Foc ed. 56 pages. 12 euros. ISBN : 9782912360953)



Guy Allix se présente sur son site



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Guy Allix : « Poèmes pour Robinson » (Georges Cathalo) Lire & (Michel Baglin) Lire
Guy Allix : « Survivre et mourir » » (Michel Baglin) Lire
Guy Allix & Marie-Josée Christien : « Correspondances » (Michel Baglin) Lire



mercredi 10 août 2011, par Michel Baglin

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Guy Allix
« Survivre et mourir »



Rougerie
120 pages. 15 euros ISBN 978-85668-156-5



Guy Allix

Guy Allix est né dans le Nord, Douai, le 4 juin 1953. A partir de 1968, vit en Bretagne - pour lui la « terre d’éveil » - , à Rennes. Exerce divers « petits métiers ». Il s’installe en Normandie où il vit depuis 1975. Il a été professeur de lettres à l’IUFM de Caen. Il a consacré un D.E.A au poète Jean Follain. Il a collaboré à Ouest-France, Normandie-Magazine et au Monde libertaire et tient des chroniques régulières dans les « Cahiers du sens ».

Bibliographie

La Tête des songes, avec un frontispice d’Aldo Guillaume Turin, collection Présence et regards, éditions de l’Athanor, 1ère édition 1974, 2ème édition 1975.
L’Eveil des forges, avec cinq illustrations d’Aldo Guillaume Turin, éditions de l’Athanor 1976.
La grande forge, poème affiche, atelier La Feugraie, 1977.
Mouvance mes mots, avec une préface d’Hubert Juin, éditions Rougerie, 1984.
Fragments des fuites, éditions Rougerie, 1987.
C’est quand rêve l’heure, Poème-affiche illustré par Janladrou, éditions Motus 1991.
Lèvres de peu suivi de Le Nord avec une préface de Pierre Dhainaut, éditions Rougerie, 1993, (Prix Théophile Gautier 1994)
Le Déraciné, éditions René Rougerie, 1997.
Solitudes, avec une préface de Bernard Noël, éditions Rougerie, 1999
Le poème est mon seul courage, éditions Le Nouvel Athanor, préface de Jean-Luc Maxence, 2004.
Oser l’amour, Atelier du Groutel, tirage limité, 2007.
Maman j’ai oublié le titre de notre histoire, nouvelles autobiographiques, Librairie Galerie Racine 2008.
Oser l’amour (autres extraits), préface de Marie-Josée Christien, Atelier de Groutel, tirage limité, 2010.
Le Nord , atelier de Groutel, tirage limité, 2010.
Correspondances de Guy Allix et Marie-Josée Christien, éditions Sauvages, 2011
Survivre et mourir, éditions Rougerie, 2011



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