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Marie-Claire Bancquart

« Terre énergumène »
& « Entre marge et présence »

Avec son recueil de poèmes, « Terre énergumène » , Marie-Claire Bancquart se confronte comme souvent dans ses poèmes à la matérialité du corps – celui des autres et le sien – comme à notre difficulté à adhérer à soi. Mais, balançant entre centre et absence, elle évoque aussi les saveurs de la terre énergumène et les « marques heureuses sur la peau de la vie ».
Avec « Entre marge et présence » elle fait alterner des textes consacrés à des poètes et ses propres poèmes en résonance.



Si « énergumène » est proche d’« énergie » et d’« organique », ainsi que nous le rappelle l’auteur, et si son recueil renvoie en effet constamment à ces deux réalités, le mot y prend aussi une résonance plus légère parfois, pour ne pas dire presque amusée. La Terre, un drôle d’énergumène, oui !

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Marie-Claire Bancquart : Qu’on approche du miroir et « il vient quelqu’un d’un peu autre »...

Pour autant, le sujet de ces poèmes reste grave, puisqu’on y parle de la mort toujours aux aguets, de l’âge qui marque des points alors qu’on devient ce « vieil animal qui flaire l’horizon ». Mais Marie-Claire Bancquart y met la distance juste qui évite de prendre au sérieux son propre désarroi. « En donnant ce titre, j’ai désiré marquer la violence à laquelle nous convie une existence vouée à la mort, mais ouverte aussi aux révélations d’un accord avec le monde et les autres », écrit-elle en quatrième de couverture.

Entre centre et absence

Congédiant d’entrée un personnage (un « il » suicidaire) ne sachant vieillir, Marie-Claire Bancquart se confronte comme souvent dans ses poèmes à la matérialité du corps – celui des autres et le sien : « Tous ces compagnons d’autobus / leur peau / expressive. / Sous elle foisonnent / le sang, la chair / pulsions chaudes / aux rythmes ignorés ».
Globules, bactéries, « épaisseur du sang », « sommeil de bête tiède », entrailles renvoient à « la soupe d’origine, où tressaillent vaguement des cellules », c’est-à-dire au monde, du dehors comme du dedans, et à l’énigme qu’il constitue. « Comme je vis séparée de toi, mon corps, qui es moi cependant ! » : Marie-Claire Bancquart évoque "cet équilibre instable entre centre et absence, qui part des profondeurs du corps, de ses organes si souvent méconnus », pour dire l’être étranger à lui-même, « cet animal blotti dans tellement de niveaux de brume », qui cependant doit aussi à son corps des saveurs, des douceurs de peau frôlée, des plaisirs et des sensations enivrantes : « Coups de bonheur. / Marques heureuses / sur la peau de la vie ».

Trouver le mot

Qu’on approche du miroir et « il vient quelqu’un d’un peu autre », tant il est vrai qu’on ne coïncide jamais avec soi-même. Il n’empêche, la poésie de Marie-Claire Bancquart a une vigueur de ton qui communique de l’énergie, quand bien même il s’agit de se confronter au vide et, une fois encore de « dire, contre le silence des dieux ». Elle sait se moquer y compris d’elle-même (« la jeunesse, si touchante et fertile en futur, pouah ! »), elle n’oublie pas que la terre énergumène est aussi pleine de saveurs et que notre vie tant bien que mal accrochée à elle peut connaître « un amour secret au-dedans de l’amour / quelque chose plus tendre, apaisé, qui se passe de paroles… »
Enfin presque, car il est bien toujours question de trouver le mot, même en entreprenant un « atelier de désécriture » : « Il y a toujours un moment fauve dans les feuilles » et il s’agit « de le donner à voir ».



« Entre marge et présence »

Le dernier livre de Marie-Claire Bancquart s’intitule « Entre marge et présence » et est publié sous l’enseigne Les écrits du Nord / Editions Henry.
« Jean Le Boël m’a proposé amicalement de tenter une aventure proche de celle de Pierre Dhainaut, qui a entrepris une méditation personnelle à partir de ses lectures d’autres poètes (« Dans la main du poème »). Je me suis proposé ici une démarche un peu différente, quoique comparable : réunir, en dix chapitres, des articles dédiés à un poète, et des poèmes que j’ai moi-même écrits. » Tel est le propos de Marie-Claire Bancquart avec sa dernière publication.
Cet exercice est d’empathie : pour dialoguer avec l’autre, plus que d’entrer dans ses raisons, il faut être descendu dans ses paysages intérieurs. Ce qu’entreprend Marie-Claire Bancquart en des textes qu’on pourrait dire d’introduction, courts et très efficaces pour aller à l’essentiel d’une œuvre ou d’une démarche poétique. Suivent deux ou trois poèmes en résonance (mais nullement « à la manière de »), le tout constituant une sorte de carnet de route entre activités de lecture et d’écriture, l’une et l’autre prises dans le même élan, oscillant de la marge à la présence au monde et aux autres.
Le livre s’ouvre sur une évocation (une réhabilitation ?) de Marie Noël qu’une « conspiration de pieuseries mièvres et d’anticléricalismes à l’ancienne » a présenté comme « le poète d’une sacristie qui sentirait le renfermé », mais qui fit cependant l’admiration de Colette, Montherlant, Michel Manoll… Il se poursuit avec André Frénaud, Georges-Emmanuel Clancier dont « le projet de vie a été de rattraper le temps », Jean-Claude Renard, Werner Lambersy, et des auteurs plus jeunes comme Marilyn Hacker, Gérard Cartier, Serge Pey, Hélène Dorion, Fabienne Courtade.

Michel Baglin



Lire aussi :

« Qui vient de loin »

« Violente vie »

« Explorer l’incertain »

« Terre énergumène » & « Entre marge et présence »

« Rituel d’emportement »



lundi 16 novembre 2009, par Michel Baglin

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Marie-Claire Bancquart
« Terre énergumène »

Le Castor Astral
142 pages. 13 euros

Marie-Claire Bancquart
« Entre marge et présence »

Les Ecrits du Nord : Editions Henry
128 pages. 12 euros




Bibliographie

Mais, Vodaine, 1969.
Projets alternés, Rougerie, 1972.
Mains dissoutes, Rougerie, 1975.
Cherche-terre, Saint-Germain des prés, 1977.
Mémoire d’abolie, Belfond 1978
Habiter le sel, Pierre Dalle Nogare, 1979
L’inquisiteur, roman, Belfond, 1980.
Partition, Belfond, 1981.
Votre visage jusqu’à l’os, Temps Actuels, 1983
Les Tarots d’Ulysse, roman, Belfond, 1984
Opportunité des oiseaux, Belfond, 1986.
Opéra des limites, José Corti, 1988.
Végétales, Les cahiers du Confluent, 1988
Photos de famille, roman,François Bourin, 1988
Sans lieu sinon l’attente, Obsidiane, 1991
Elise en automne, roman, François Bourin, 1991
La saveur du sel, roman, Bourin/Julliard, 1994
Dans le feuilletage de la terre, Belfond, 1994.
Énigmatiques, Obsidiane, 1995.
La vie, lieu-dit, chez Obsidiane en coédition avec Noroît (Canada), 1997
La paix saignée, précédée de Contrées du corps natal, Obsidiane, 1999.
Rituel d’emportement (anthologie), Obsidiane, 2002, en co-édition avec Le Temps qu’il fait, 2003
Anamorphoses, Ecrits des Forges, 2003
Avec la mort, quartier d’orange entre les doigts, Obsidiane, 2005
Verticales du Secret, Obsidiane, 2007
Impostures, récits, éd. de l’Amourier, 2007
Terre énergumène, Le Castor Astral, 2009
Explorer l’incertain, L’Amourier, 2010


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