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Marie Rouanet

« Territoires sonores »

Très court texte - poème en prose - « Territoires sonores » est une vraie leçon de vie humble et forte.



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Marie Rouanet à Sète (photo Guy Bernot)

Personne n’est plus éloigné des paradis artificiels que Marie Rouanet. Ses bonheurs de vie, c’est au monde réel qu’elle les doit, et sans doute aussi à son art de l’observer, de l’écouter… « Écouter », parlons-en, puisque ce petit livre est tout entier consacré aux « territoires sonores » qu’elle habite et explore en poète attentive aux subtiles vibrations de l’air et du quotidien. En vérité, Marie dresse l’oreille au moindre bruit, qu’elle reconnait le plus souvent : c’est une familiarité qui donne de l’épaisseur et toute sa signification à la suite des jours. Pas besoin d’en rajouter : « Je ne veux aucun exhausteur de sens. Qu’ajouterai-je à mes jouissances de l’oreille ? » demande-t-elle, malicieuse.

Ces territoires, ceux de sa maison, de son village de Camarès, de la campagne qui l’entoure, sont les siens – ou du moins s’y sent-elle « sonorement » chez elle. Ce lieu précise-t-elle, « dépasse largement ce que je possède devant notaire défini en parcelle de cadastre (..) En hauteur il arrive très haut, là où passent les avions vers Fréjorgues, autour de la maison il fuit vers les horizons où grondent les orages. » Ce territoire sonore, dit-elle encore, « je me l’apprivoise » (elle revendique ce « surpossessif du locuteur qui se sent fortement impliqué »). C’est par la précision des notations (pour ne pas dire des « notes ») que l’espace est restitué, structuré, et nous est donné – le langage de telle ou telle porte de meuble, le grincement d’un fauteuil, la plainte d’une marche, un bruit de pieds nus à l’étage, et bien sûr, la densité des silences où l’écriture prend sa pleine mesure... Ainsi, « la pièce est tenue par l’oreille ». Mais bien au-delà de la pièce, c’est l’univers dans sa générosité sonore qui trouve ses repères et nous est offert en un style superbe.

Les territoires de Marie Rouanet, bien sûr sont aussi un peu les nôtres, au moins nous le laisse-t-elle… entendre ! En nous y accueillant, elle nous exhorte en somme : « Écoutez, faites comme ça chez vous ». Telle est le talent des poètes, ils nous invitent à être un peu plus au monde. Ils nous aident à habiter plus intensément un réel profus - quand bien même il bouscule et dérange - et à l’aimer. . Après avoir salué le ronron des chats qui s’étirent, bâillent et par leurs griffes s’attaquent au pied d’un meuble ou au tissu d’un fauteuil, Marie Rouanet conclut simplement : « Le vivant use et salit ». Oui, et il bruit aussi. Et s’est pour tout cela qu’on l’aime. Chacune de ces pages, hélas trop rares, nous le rappelle en donnant du mérite à la vie humble et forte qui grince et chante et soupire autour de nous.

Michel Baglin



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lundi 24 octobre 2016, par Michel Baglin

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Marie Rouanet
« Territoires sonores »


(34 pages. 6.50 euros.)
Editions Fleurines. 8 rue Rhin et Danube. 12400 Saint-Affrique. Site : editions-fleurines.fr )



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