Georges Cathalo

Trois plaquettes

On pourrait affirmer que Georges Cathalo s’est fait une spécialité de la plaquette mince ! Ce serait oublier la cohérence de l’œuvre qui se construit patiemment, ce serait oublier aussi la pauvreté d’une grande partie de l’édition de poésie qui privilégie ces plaquettes faute de moyens ! Mais il ne faut pas bouder son plaisir car cette modestie obligée donne l’occasion de lire souvent Cathalo. Coup d’oeil sur trois plaquettes qui viennent de paraître en quelques semaines…



Près des yeux près du cœur
Georges Cathalo prend le contre-pied de l’expression populaire bien connue, « Loin des yeux, loin du cœur », avouant ainsi sa vision du monde, résolument optimiste. Mais s’agit-il bien de poèmes pour enfants comme semblent l’indiquer la collection dans laquelle est publiée cette plaquette et les illustrations pleines de fraîcheur d’Evelyne Bouvier ? Pas seulement, car le poème liminaire ouvre des abysses de réflexion : « écoutez disent les yeux » proclame un vers ; or, Paul Claudel a écrit un essai intitulé L’œil écoute. « … le silence à l’œil fermé » proclame un autre vers ; or, Kijno a peint un Bouddha qui ferme un œil ! Le lecteur adulte trouve son compte dans ce recueil… Je ne sais pas si un poème comme Consoler est juste : il n’exprime sans doute pas le réel car les enfants d’aujourd’hui rêvent de jouets bourrés d’électronique, d’ordinateurs et de tablettes. Société de consommation oblige, besoins créés artificiellement… L’adulte réfléchit ! Mais Cathalo dit très justement la part nécessaire du rêve dans tous ses poèmes car le monde est « près des yeux près du cœur ». Il rappelle cette évidence que la foule a tendance à oublier : « nous parcourons les galaxies / alors qu’il suffirait peut-être / de vivre et de respirer ». Ses poèmes mettent du désordre dans un monde où l’ordre règne, et c’est fort bon car c’est une leçon de vie qui se dessine à travers ces vers que peuvent lire jeunes et moins jeunes…

La feuillée des mots.

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(Éditions Henry. 32 pages. 8 euros)

Si une feuillée est un abri composé de feuillage, « la feuillée des mots » désignerait un abri formé de mots. Est-ce pour cette raison que Georges Cathalo dédie tous les poèmes de cette plaquette à ceux qui, peu ou prou, l’aident ou l’ont aidé par leur présence, par leurs compétences ou par leurs poèmes ? Le fil rouge qui court de la première à la dernière page est la volonté plusieurs fois exprimée de se tenir à l’abri de « la crécelle médiatique »  : le poème « Fouille » est particulièrement dur par son vocabulaire : « agitation mercantile », « vibrionner », « élixirs empoisonnés »… Mais aussi (ce qui est son avers ou sa face cachée) la confiance obstinée faite aux mots les plus humbles de dire les choses. La poésie est alors un risque : « Le poème s’apprendra mot à mot / au-dessus du vide » mais un risque bien modeste car « un poème / ne sera jamais qu’un poème ». Il faut remarquer la grande simplicité des poèmes ici rassemblés.

Quotidiennes pour interroger
Ce n’est pas la première fois que Cathalo use du vocable « quotidiennes » pour donner son titre à une plaquette. Ce qui est une façon d’attirer l’attention du lecteur sur la manière simple du poète d’aborder les problèmes les plus complexes. Ici, il s’agit des questions, des grandes questions pourrait-on dire, voire des questions métaphysiques : comment se faire entendre en période de repli égoïste ? comment rendre audible la souffrance ? Georges Cathalo ne se contente pas de questions désincarnées, coupées de la réalité quotidienne. Son poème est fortement ancré dans le réel : ici ce sont « les grands ordonnateurs / qui règnent sur les ordinateurs », là ce sont « des milliards de dollars / qui dorment dans les banques »… Ici, ce sont les Bourses du monde entier qui sont évoquées, là les atteintes à la nature, ou le goût qu’a l’homme de jouer à l’apprenti-sorcier… Mais l’humour n’est pas absent : à relever toutes les critiques portées par son écriture, Georges Cathalo finit par se demander « mais s’agit-il vraiment de moi ? »

Pour conclure.
Il faut lire Georges Cathalo : c’est une poésie à hauteur d’homme comme on disait au siècle dernier, c’est une poésie facile mais exigeante, c’est une poésie qui sait affronter les grands problèmes de ce temps tout en restant poétique… Alors, pourquoi attendre ? Et attendre quoi ?

Lucien Wasselin



. « Près des yeux près du cœur », illustrations d’Evelyne Bouvier, Le Renarde rouge éditeur, 48 pages, 15 €. (http://renarderouge.fr)
. « La Feuillée des mots », Éditions Henry, 32 pages, 8 €. (www.editionshenry.com)
. « Quotidiennes pour interroger », La Porte, 20 pages, ce livret : 3,80 €, abonnement à 6 livraisons : 21 €. (Yves Perrine. 215 rue Moïse Bodhuin. 02000 LAON).



Lire aussi :

Georges Cathalo : « Bestioleries poétiques »

Georges Cathalo : « L’ivre de livres »

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Georges Cathalo : « Noms communs, deuxième vague »

Georges Cathalo : « A l’envers des nuages » & « L’Echappée »

Georges Cathalo, le poète du quotidien (portrait)



mercredi 19 novembre 2014, par Lucien Wasselin

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Georges Cathalo, ses dates et ses publications

Né le 22 décembre 1947 à Albi, Georges Cathalo a passé toute son enfance dans la campagne tarnaise. Après des études à Gaillac et à Toulouse, il devient instituteur en 1968 et fait le choix d’enseigner dans des villages de campagne. Il vit depuis lors à Saint-Vincent, en Lauragais, non loin de Toulouse. Il est marié depuis 1969 avec Marie-Claude et il a deux filles et trois petits-enfants.
Ses premières publications datent de 1974 avec la parution de quelques poèmes dans « L’Envers et l’Endroit », l’originale revue de Charles Autrand, dans « La Tour de Feu », la mythique revue de Pierre Boujut et dans « Haut Pays », l’artisanale revue que Pierre Gabriel imprimait sur sa presse à bras.
Par la suite, sa passion pour les revues de création et de découverte ne se démentira pas et il collaborera à plus d’une cinquantaine d’entre elles, parmi lesquelles on peut citer Décharge, Arpa, Création, Foldaan, Lieux d’Etre, Traces, Regart, Le Journal des poètes, Verso, ...
A partir de 1980, il a fait paraître des recueils de poèmes chez divers éditeurs plutôt confidentiels, soucieux de proposer des ouvrages artisanaux tirés à un petit nombre d’exemplaires.
Il a obtenu le Prix Voronca en 1979 et le Prix Froissart en 1985 ; ces deux prix sont décernés par un jury à un manuscrit anonyme qui est ensuite édité.
Des poèmes de Georges Cathalo ont été retenus dans quelques anthologies de poésie contemporaine comme « Matins » aux Editions du Pavé en 1984, « Les Poètes du Sud-Ouest » aux éditions Multiples en 1985, « La puce et la plume » aux éditions du Cherche-Midi en 1986 ou encore « Droits de l’Homme, Paroles de Poètes » aux éditions du Dé Bleu en 1989.
Il a fait partie du Comité de rédaction des revues « La Tour de Feu » (1981), « Texture » (1983/1989), « Friches » (1997/...), ...
Il continue à faire paraître régulièrement des chroniques de lectures ou d’humeurs dans des revues telles que Décharge, Rétro-Viseur, Friches,...

Georges Cathalo affirme qu’il n’a jamais cherché à se définir clairement et que s’il ne devait retenir qu’une seule définition en guise d’auto-portrait, il choisirait celle du poète surréaliste Achille Chavée : « Je suis un vieux peau-rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne. »



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