Retour à l’accueil > Auteurs > ARAGON Louis > Un auteur toujours présent

Louis Aragon

Un auteur toujours présent

Poète, romancier, journaliste et essayiste, Louis Aragon (1897-1982) a traversé le XXe siècle en écrivain engagé dans les grands débats de son temps. Il fut un des animateurs du dadaïsme, compte parmi les surréalistes les plus notoires, et fut ensuite connu pour son engagement et son soutien au Parti Communiste. Son œuvre, abondante (7 volumes de la Pléiade), a fait l’objet de nombreuses études et ses poèmes ont été mis en musique et interprétés par Brassens, Ferrat, Ferré, etc. , le faisant ainsi connaître du grand public.
En 2012, voilà 30 ans qu’il nous a quittés. Lucien Wasselin fait le point sur les dernières publications concernant cet auteur majeur du XXe siècle.


Louis Aragon

Photo Gérald Bloncourt

Aragon « haï autant qu’adulé », a-t-on écrit après sa mort... Là ne sont ni le problème ni le choix. Aragon est un grand écrivain, un de ceux qui ont magnifié la langue française par l’écriture. Aragon n’a pas connu le purgatoire dans lequel plongent après leur disparition de nombreux écrivains célèbres : il est mort fin 1982 et depuis on n’a pas compté les rééditions de ses œuvres. S’il a laissé peu d’inédits ( « Pour expliquer ce que j’étais » , paru en 1989 dans la Collection Blanche de Gallimard, fut un événement), la collection Folio du même éditeur ne manqua pas d’exploiter le fonds, pour le plus grand plaisir des lecteurs...
Sans entrer dans le détail, on peut signaler la réédition en collection de poche de « Aurélien, » « Le Mentir-Vrai », « La Semaine sainte » ou « Le collaborateur et autres nouvelles » entre 1986 et 2002. Il y eut aussi le chantier (non achevé à ce jour) de la Pléiade : les « Œuvres Romanesques Complètes » ont vu paraître quatre volumes entre 1997 et 2008. Les « Œuvres Poétiques Complètes » (dans la même Bibliothèque de la Pléiade) sont parues en 2007... Ce n’est pas là un effet du hasard ; sans doute le combat permanent mené par Jean Ristat, l’existence d’institutions comme la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet (SALAET) ou la Maison Elsa Triolet-Aragon qui gère le Moulin de Villeneuve à Saint-Arnoult-en-Yvelines ne sont-ils pas pour rien dans cette présence éditoriale.
Commençons par un détour sur un livre paru en 1997, pour le centième anniversaire de la naissance de l’écrivain.



Une anthologie en hommage

« Cent ans passent comme un jour » est une anthologie établie par Marie Étienne, réalisée à l’initiative du Conseil Général de la Seine-Saint-Denis en 1997, dans le cadre des manifestations "Le Siècle d’Aragon". 1997, c’était le centenaire de la naissance d’Aragon. En 2012, cela fait trente ans que le poète nous a quittés. Occasion unique de revenir sur cette anthologie d’autant plus qu’on la trouve toujours en librairie... La rotation des livres chez les libraires est un vrai problème. Le système de l’office privilégie les nouveautés supposées rencontrer un succès commercial et rapide. Les ouvrages qui ont besoin du temps pour trouver leurs lecteurs ne sont donc pas présents en librairie. Dans de telles conditions, trouver « Cent ans passent comme un jour », quatorze ans après sa parution, comme cela m’est arrivé, relève véritablement du miracle...

Comment parler d’une anthologie dès lors qu’elle n’est pas consacrée à un auteur, à un mouvement littéraire ou une époque, ou encore thématique ? Le petit jeu qui consiste à repérer les absents serait vain... Une anthologie constitue un choix, elle n’est jamais exhaustive. La nécessité s’impose donc d’aborder cet ouvrage sous un autre angle. Tout d’abord, il faut s’intéresser à la préface de Marie Étienne dans laquelle on relève quelques idées fortes : se situer entre l’adhésion farouche et le rejet assassin pour ne considérer que l’œuvre et sa musique, ne pas oublier que la littérature est un immense manuscrit en langue déconnue dont on déchiffre quelques bribes, de temps en temps...
56 poètes, dont de nombreux sont déjà connus des lecteurs de Faites Entrer L’Infini (FELI) qui y ont lu leurs textes ou des notes de lecture consacrées à leurs ouvrages, sont donc invités à jouer avec le nom et le souvenir et les textes d’Aragon. Mais dont certains sont aussi des lecteurs d’Aragon qui n’ont pas rechigné à la tâche ; ainsi Henri Deluy qui écrit dans le n° 189 d’Action Poétique (septembre 2007) : « ... après la lecture, in extenso, huit heures par jour, des 3328 pages des deux volumes des éditions de la Pléiade, Œuvres Poétiques Complètes d’Aragon... » ou Claude Adelen qui signe dans ce même n° une Lettre à Olivier Barbarant... où il déclare : « J’ai maintenant eu loisir de lire la plus grande partie des trois ou quatre mille pages de cette édition... ». Il faut encore signaler Gérard Titus-Carmel (le cahier art de FELI n° 24, de décembre 1997, lui fut consacré) qui participe doublement à cette anthologie par un poème et la vignette de couverture. Aragon citera dans son article de 1969, Un art de l’actualité, consacré à Jiri Kolar, les travaux de Titus-Carmel ; l’article est repris dans la récente édition des « Ecrits sur l’art moderne » (Flammarion, 2011)...

Restent alors des poèmes divers qui sont comme les échos plus ou moins proches, plus ou moins lointains d’Aragon, de ses poèmes, de sa vie, le lecteur réagissant en fonction de ce qu’il a lu, de ce qu’il connaît d’Aragon... Ainsi ce long poème de Dominique Buisset, En l’honneur d’Aragon, qui stigmatise la haine que fait naître parfois le nom même d’Aragon pour se terminer sur un commentaire, en forme de contre-chant, d’un vers célèbre d’Aragon (« J’ai vécu le jour des merveilles ») ; Buisset écrit : « J’en pleure il est passé le temps // On ne vit pour nulle merveille ». Ainsi Andrée Chédid qui évoque Aragon, poète de Paris ou Georges-Emmanuel Clancier qui s’interroge sur la visite d’Aragon à Joë Bousquet à Carcassonne en 1940... Et d’autres... Chacun conserve son style, sa langue, sa musique, ainsi James Sacré avec son écriture faussement maladroite, comme claudicante qui l’a rendu célèbre dans le petit monde de la poésie... Au lecteur alors de composer sa propre anthologie car, selon le mot de Paul Éluard, le meilleur choix de poèmes n’est-il pas celui que l’on fait pour soi ?

Par ailleurs, Le Temps des cerises réédite « Le Musée Grévin » , mais aussi dans sa collection Les Lettres françaises, « Une saison en enfer » d’Arthur Rimbaud avec la préface qu’Aragon écrivit en 1930 pour une édition anglaise d’ « Une Saison en enfer » qui ne vit jamais le jour. Voir ici.

Pour en finir (provisoirement)

Il est donc possible de se réjouir en constatant, trente ans après la disparition d’Aragon, que les rééditions se succèdent et que des textes peu connus, voire pas du tout, sont offerts à la curiosité des lecteurs. Seule ombre au tableau : le sort fait aux essais, aux articles, aux textes de conférence, de discours qui restent négligés. Si les articles ont connu un début de publication sous forme d’édition complète avec les « Chroniques, 1918-1932 » chez Stock en 1998 (1), grâce au travail de Bernard Leuilliot, le reste demeure dispersé dans « L’Œuvre poétique » du Livre-Club Diderot ou dans des périodiques difficiles à trouver dans les bibliothèques publiques quand ils ne sont pas purement et simplement introuvables. Et il faut encore souligner dans ce domaine le rôle irremplaçable joué par les revues de la SALAET, Faites Entrer L’Infini et Les Annales...(2)

Lucien Wasselin



(1) A quoi il faut ajouter « Aragon au Pays des mines suivi de 18 articles retrouvés d’Aragon » (Lucien Wasselin & Marie Léger, Le Temps des cerises, Pantin, 2007). Et, surtout, la nouvelle édition des « Ecrits sur l’art moderne » d’Aragon (Flammarion, Paris, 2011).

(2) Société des Amis de Louis Aragon & Elsa Triolet : Adhésion + abt Faites Entrer L’Infini : 38 € ; adhésion + abt Faites Entrer L’Infini et Les Annales : 50 €. Abt seul à Faites Entrer L’Infini (2 n°/an : 29€). (Michel Ruchon ; 23 allée Paul Langevin. 78210 Saint-Cyr-L’Ecole.)




Louis Aragon

Louis Aragon est né le 3 octobre 1897 à Paris. Il y est mort le 24 décembre 1982. Fils naturel de Louis Andrieux (préfet de police, ancien sénateur) et de Marguerite Toucas, il passe son enfance à Paris puis à Neuilly où sa mère (qui le fait passer pour le fils adoptif de sa mère et Andrieux pour son parrain) tient une pension de famille. Après son baccalauréat, il s’inscrit à la faculté de médecine et est affecté au Val de grâce, puis nommé médecin auxiliaire en 1918, il part pour le front. C’est pendant cette période qu’il rencontrera Breton, lui aussi médecin. C’est avec lui qu’après avoir participé au dadaïsme, il créera le mouvement surréaliste, ainsi qu’avec Éluard et Soupault.
En 1927, il adhère au PCF et ne deviendra critique à l’égard de l’URSS qu’après la mort de Staline. Sa rencontre avec Elsa Triolet va marquer sa vie. En 1932, rupture avec le surréalisme.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Aragon sera un résistant actif. Il organisera un réseau de résistance en zone sud et fait paraître sous le manteau des poèmes où se conjuguent patriotisme et élans amoureux ( « Le Crève-Cœur », « Les Yeux d’Elsa », « La Diane Française. » ).
Les années après guerre sont liées à l’histoire du PCF. À la Libération, il publie « Aurélien » (1945), quatrième volume de la fresque du « Monde réel » . Il prend la direction de "Lettres françaises" en 1953 et conservera ce poste jusqu’en 1972.
Après la mort d’Elsa en 1970, il publie encore « Henri Matisse roman » en 1971 (recueil de textes écrits depuis 1942 jusqu’au 20 août 1970), « Théâtre/Roman » en 1974, « Le Mentir vrai » en 1980 (recueil de nouvelles écrites entre 1923 et 1972) ainsi que « Les Adieux et autres poèmes » en 1981. Il se consacre surtout à la publication de son « Œuvre poétique » en 15 volumes (qui paraîtront de 1974 à 1981) au Livre-Club Diderot : par les choix et les classements qu’il opère, par les textes qu’il rédige pour l’occasion, il donne une autre visibilité à sa poésie qu’il inscrit dans le temps où elle fut écrite...



Lire aussi :

Louis Aragon, toujours présent

Le « Musée Grévin » réédité

Louis Aragon : Un texte retrouvé



dimanche 8 janvier 2012, par Lucien Wasselin

Remonter en haut de la page


Références :

« Cent ans passent comme un jour »
(Cinquante-six poètes pour Aragon). Anthologie établie et présentée par Marie Étienne.
Dumerchez éditeur,
Creil, 1997. 184 p. En librairie, 120 francs à l’époque...



Arthur Rimbaud,
« Une Saison en enfer »,
Préface d’Aragon.
Le Temps des cerises, (collection Les Lettres françaises).
Paris, 2011, 122 p, 12 €.



Aragon,
« Pour expliquer ce que j’étais. »
Gallimard, Paris, 1989, 80 p, 55 francs à l’époque...




Récits, romans et nouvelles

Anicet ou le Panorama, roman, 1921
Les Aventures de Télémaque, 1922
Le Libertinage, 1924
Le Con d’Irène, 1927 (sous le nom d’Albert de Routisie)
Les Cloches de Bâle, 1934 (Le Monde réel)
Les Beaux Quartiers, 1936 (Le Monde réel), Prix Renaudot
Les Voyageurs de l’impériale, 1942 (Le Monde réel)
Servitude et Grandeur des Français. Scènes des années terribles, 1945
Aurélien, 1944 (Le Monde réel)
Les Communistes (6 volumes), 1949-1951 et réécrit en 1966-1967 (Le Monde réel)
La Semaine Sainte, 1958
La Mise à mort, 1965
Blanche ou l’oubli, 1967
Henri Matisse, roman, 1971 (°)
Théâtre/Roman, 1974
Le Mentir-vrai, 1980
La Défense de l’infini, 1986 (posthume)
Les Aventures de Jean-Foutre La Bite, 1986 (posthume)

Poésie

Feu de joie, 1919
Une vague de rêves, 1924.
Le Mouvement perpétuel, 1926
Le Paysan de Paris, 1926
La Grande Gaîté, 1929
Persécuté persécuteur, 1930-1931
Aux enfants rouges, 1932.
Hourra l’Oural, 1934
Le Crève-cœur, 1941
Les Yeux d’Elsa, 1942
Brocéliande, 1942
En étrange pays dans mon pays lui-même, (1943), 1945.
Le Musée Grévin, 1943,
La Diane française, décembre 1944
Le Nouveau Crève-cœur, 1948
Mes caravanes et autres poèmes, 1954.
Les yeux et la mémoire, 1954.
Le Roman inachevé, 1956
Elsa, 1959
Les Poètes, 1960
Le Fou d’Elsa, 1963
Le Voyage de Hollande et autres poèmes, 1964.
Il ne m’est Paris que d’Elsa, 1964
Elégie à Pablo Neruda, 1966.
Les Chambres, poème du temps qui ne passe pas, 1969
Les Adieux et autres poèmes, 1981.

Essais

Traité du style, 1928
Pour un réalisme socialiste, 1935
L’Homme communiste, 1953
Le Neveu de Monsieur Duval, 1953
J’abats mon jeu, 1959
Les collages, 1965.
Je n’ai jamais appris à écrire ou les incipit,1969
Pour expliquer ce que j’étais, 1989 (posthume)
Chroniques I (1918-1932), 1998.
Écrits sur l’Art moderne, 2011.

Œuvres complètes

Après les deux éditions de l’Œuvre poétique (en 15 volumes, puis en 7) aujourd’hui introuvables, l’ouvrage de référence est :
Œuvres poétiques complètes, Gallimard/Bibliothèque de la Pléiade, 2 volumes sous coffret.

Les Œuvres romanesques complètes sont en cours de parution, le 5ème et dernier volume devrait paraître en 2012. Gallimard/Bibliothèque de la Pléiade.



(°) Henri Matisse Roman qui regroupe essais, poèmes, articles, notes... est-il bien à sa place ici ? Aragon n’a eu de cesse de brouiller les genres...



Pour aller plus loin.
Pour une information la plus complète possible voir le site de Wolfgang Babilas, Louis Aragon Online (www.uni-muenster.de/LouisAragon).



Les critiques
de Lucien Wasselin



-2017 Revue Texture Contact | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0