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Marie-Josée Christien

« Un monde de pierres »

Une double lecture par G. Cathalo et L. Wasselin



Il est toujours réconfortant d’apprendre qu’un recueil de poèmes publié en 2001 est épuisé douze ans plus tard. Il retrouve une seconde (deuxième ?) jeunesse grâce à cette nouvelle édition augmentée. D’emblée, le lecteur se trouve plongé dans un univers minéral riche de secrets et de mystères favorisant le rêve et l’imagination, « comme si le regard / inventait / un levain pour l’esprit ».
Marie-Josée Christien nous invite à une lente promenade initiatique, tous sens en éveil. Elle nous propose de nous retrouver dans un univers de lenteur où l’archéologie se révèlerait complémentaire de la parole poétique : « Nos vestiges restent muets / hantés par l’écho / de nos inutiles voix ». Elle pousse même l’attention jusqu’à fournir en bas de pages de précieuses informations sur les cairns, les tumulus, les allées couvertes et autres chambres mégalithiques car de « la sève de la pierre / jaillira la mémoire ». Et le lecteur n’aura de cesse de s’interroger sur l’invisible fil qui relie tous ces sites bretons mystérieux et remarquables. « Dans les ricochets de la lumière / la pierre / inonde le regard », regard qui déclenchera le besoin de s’exprimer et de résister comme ces blocs de granit ont su le faire en défiant le temps et l’oubli mais aussi les destructions et les pseudo-fouilles. En fin d’ouvrage on trouve une dizaine de poèmes traduits en breton par Jil Penneg ainsi qu’un bref lexique qui permet à chacun de reprendre une lecture fructueuse.

Georges Cathalo



Le principal mérite (implicite) de cette plaquette, « Un monde de pierres  », est de rappeler qu’il n’y a pas que les alignements de Carnac en Bretagne, qui sont assurément les plus célèbres. D’ailleurs, chacun sait qu’on trouve des monuments mégalithiques ailleurs qu’en Bretagne, en moins grand nombre certes, mais tout aussi énigmatiques.
Ne parlant que de la Bretagne, Marie-Josée Christien parle aussi d’ailleurs et pour ces contrées tant sa poésie est universelle. Elle est sensible au mystère des mégalithes et tente, par les moyens du poème, d’apporter un peu de lumière ou de savoir : « J’écoute le frémissement / éphémère / qui nous sert de destin ». Elle rejoint par là ce que dit son préfacier, Pierre Gouletquer, qui fut préhistorien au CNRS (1) : « La poésie de Marie-Josée Christien est comme un arc-en-ciel tendu entre la science d’hier et la recherche de demain ».
Pour ce, elle n’hésite pas à emprunter les voies de la synesthésie : « La pierre a bu / comme une source éteinte / le scintillement des ombres », faisant ainsi preuve d’une belle acuité du regard et d’une agilité d’esprit peu commune.
Cette qualité du regard perceptible dès le début se poursuit tout au long du recueil : Marie-Josée Christien sait observer le réel. Qu’on en juge : « Les flots couleur de ciel et de regard / se bercent de vague en vague » ; mais c’est que le regard est « un levain pour l’esprit ». Ailleurs, c’est la lumière, le miroir, le regard… Et c’est bon. L’acuité du regard permet de déceler à Mougau-Vihan une hache gravée dans la pierre ; mais, et c’est là tout le pouvoir du poème, cette hache « perce / le cœur du monde  ». Marie-Josée Christien passe ainsi du particulier à l’universel. « Le temps se fige et devient pierre » : l’activité des hommes ne mène-t-elle pas symboliquement à ce constat ? Il y aurait alors lieu de remettre en cause l’économisme ambiant, mais Marie-Josée Christien peut aller plus loin dans la signification de ces monuments mégalithiques et la traduction des croyances des hommes qui les ont élevés : c’est toute la puissance de la poésie qui le permet.
Le recueil peut aussi se lire comme un guide de voyage en Bretagne mégalithique : chaque poème (ou suite de poèmes) consacré à un monument se termine, en bas de page, par une description du site… Il est publié dans la collection Phénix qui se donne pour objectif de republier des Iivres épuisés dans une édition parfois augmentée comme ici.
Il se termine par une traduction en breton, de Jil Penneg, des poèmes consacrés à Carnac. Carnac évoquant irrésistiblement Guillevic qui écrit « Le cimetière et les dolmens / Sont apaisants » ; à Carnac…

Lucien Wasselin

Note.
(1). Faut-il le rappeler, le n° 21 de "Spered Gouez", la revue qu’anime M-J Christien, avait pour thème : La poésie ramène sa science ?



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vendredi 15 janvier 2016, par Lucien Wasselin

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Marie-Josée Christien
« Un monde de pierres ».


Éditions Sauvages,collection Phénix.
Préface de Pierre Gouletquer
(80 pages, 10 €.).


Marie-Josée Christien

Marie-Josée Christien est née en 1957 à Guiscriff dans le Morbihan. Elle vit à Quimper dans le Finistère où elle enseigne dans une école maternelle. Elle a publié pour la première fois, en 1979, dans la revue « Interventions à Haute Voix ». Depuis, ses textes poétiques, ses collages, ses chroniques et articles paraissent régulièrement dans une quinzaine de revues.
Lire ici la suite et sa bibliographie.



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