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Thomas Vinau

Un ovni poétique identifié

Thomas Vinau, prolifique et talentueux, avance sur tous les fronts en poète multi-cartes. Protégé de l’esprit de sérieux par une épaisse couche d’autodérision.



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Photo Marc Chatelain

Depuis 4 ou 5 ans, les revuistes avisés et les micro-éditeurs subtils ont repéré dans le ciel poétique tourmenté un drôle d’OVNI aux trajectoires improbables : Thomas Vinau. Activiste prolifique et talentueux, il avance sur tous les fronts en poète multi-cartes avec autant d’atouts gagnants dans les nombreux secteurs où il s’aventure. Blindé par une épaisse couche d’auto-dérision, il déclare ne s’intéresser qu’aux « choses sans importance et à ce qui ne pousse pas droit ». Inutile donc d’aller le chercher dans les salons où il faut se montrer ou sur les estrades où d’habiles bateleurs s’ingénient à drainer une foule bien disparate, avouons-le.
Cette façon d’être, très contemporaine finalement, semble être le point commun à toute une génération de jeunes créateurs talentueux, désabusés mais pas désespérés, décomplexés mais pas arrogants. En les lisant sur écran ou sur papier, on les voit louvoyer dans le sillage de la « poésie du quotidien » ou dans celui d’auteurs américains désormais bien identifiés tels que Brautigan ou Carver.
En zoomant sur leurs productions écrites, on y relève des constantes telles que : sûreté des descriptions, richesse des associations, jonglages métaphoriques, habiletés stylistiques, pirouettes biographiques, slaloms entre les faits d’actualité, sens de l’ellipse...
Thomas Vinau fait partie d’une école utopique qui n’aurait ni murs, ni maîtres et ni programmes. C’est bien pour cela qu’il faut tenter de le suivre, de le lire et de le relire.

Georges Cathalo
(Cette présentation a paru en 2013 dans le numéro 157 de la revue Décharge)



De quelques recueils

« Juste après la pluie »

Surtout ne croyez pas ce jeune poète lorsqu’il écrit : « Je n’ai pas d’imagination » car c’est même le contraire que l’on peut constater au fil des pages ou quand on va musarder sur son blog intitulé : etc-iste. Il concède humblement être un « écririen » mais il sait repérer « des glaçons qui font l’amour » en souhaitant aller s’installer au Bhoutan ce drôle de royaume qui a instauré le Bonheur National Brut. Lui qui serait prêt à tout « pour consoler un enfant » reconnaît qu’il n’a jamais quitté ce territoire peuplé de peurs et ne se fait aucune illusion sur la marche du monde. A l’instar des enfants, il s’invente un monde où l’on croise « une minuscule / araignée trapue », des fourmis qui vagabondent ou encore « une mouche qui / s’accroche au mur » ou « qui se lèche les pieds ». Le poète serait donc celui « qui crache / son poème / dans la poussière / du sol », hibou farouche abandonnant sa pelote de réjection. N’hésitons pas à nous perdre dans cet univers étrange car c’est là que se trouve la vraie vie, « là toute simple / la vie qui clapote / à nos pieds », cette vie éclatée en milliards de miettes, puzzle improbable et mouvant, quelque chose d’indicible ou « quelque chose de poussière et de cendre / de murmure et d’oubli ».

(Thomas Vinau : « Juste après la pluie ». Alma éd., 2013. 288 pages, 17 euros – 9 rue C.Delavigne -75006 Paris ou c.argand@alma-editeur.fr)


« Les derniers seront les derniers »

Petit-fils adoptif de Brautigan et de Cornière, Thomas Vinau poursuit allègrement son aventure poétique avec un nouveau recueil au titre original inaugurant une enseigne éditoriale dirigée par Frédérick Houdaer. A la suite d’un exergue du facteur Jules Mougin, libertaire au grand cœur, on découvre des dizaines de poèmes aux titres révélateurs, sans ponctuation mais avec un rythme propre et une tonalité particulière. On assiste à un feu d’artifice de poèmes sans lien apparent mais dont le fil rouge pourrait être une sensibilité à vif couplée à un réel appétit de vivre. L’élan est relancé par de minuscules détails captés au gré des humeurs quotidiennes : « je suis une pie myope / qui vole ce qui ne brille pas  ». De temps en temps surgit une prose ponctuée : « c’était beau comme de trouver une machine à écrire au fond d’une rivière ». Thomas Vinau fait déjà preuve d’une belle assurance et ne craint pas d’aborder toutes sortes de sujets, des plus risqués aux plus prosaïques. Assurément, un poète à suivre.

(Thomas Vinau : Les derniers seront les derniers. Le pédalo ivre éd., 2012. 108 pages, 10 euros – 44 rue Saint-Georges – 69005 Lyon)


« Chaque matin »

On n’est jamais déçu avec les publications de ce jeune poète prolifique désormais bien identifié après des dizaines de parutions en revues et une bonne vingtaine de plaquettes en 5 ans. Son nouveau livre est magnifiquement édité par Vincent Rougier dans sa célèbre collection Ficelle, avec des illustrations de Dominique Mac Avoy. Le contenu déroule des poèmes en prose dont le fil conducteur est la référence permanente à lumière, lumière matinale surtout, peinant à dissiper les moments troubles du petit matin. « L’ombre et la lumière avaient commencé leur petit jeu depuis longtemps », à la fois dans l’espace intime et dans la ville engourdie. « La lumière murmure un nouveau jour à travers les vitres », ce jour qui peine à se lever alors que « Le soleil tient son carnet de bord dans les ombres des arbres ». La fine observation des gens de la rue et l’attention permanente aux menues choses du quotidien font penser à l’univers de François de Cornière, mais surtout à Jean-Claude Martin dans l’expression nerveuse et saccadée. Les poèmes de Thomas Vinau se découvrent comme des instantanés photographiques dans lesquels l’ émotion est toujours aux aguets.

(Thomas Vinau : Chaque matin. Rougier V.éd., 2012. 44 pages, 9 euros, format A6, tirage limité à 500 exemplaires, Les Forettes-61380 Soligny-le-Temple – rougier.atelier@wanadoo.fr)

« Des salades »

À chaque nouvelle publication de Thomas Vinau, on se demande toujours, avant lecture, ce que ce jeune poète très imaginatif va encore inventer pour nous tenir en haleine le temps qu’il faudra pour qu’on réalise que l’on est arrivé à la dernière page ! Sous un épigraphe de Cicéron (« Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu’il vous faut »), il nous propose ses salades puisque la vie elle-même « nous raconte / des salades ». Le pauvre poète-jardinier se lance d’emblée dans une auto-critique : « Qu’est-ce-que je cultive / au juste des légumes / ou des insectes ? ». Alors il n’hésite pas à encourager une cohabitation pacifique entre faune et flore : « Pour ce qui est des escargots / et des salades / j’ai décidé de faire / moitié moitié » ou bien encore « Si tes groseilles / s’envolent / ne t’inquiète donc pas / ce sont sûrement / des coccinelles ». Face à une manifestation d’asticots agitant leurs pancartes, le pauvre jardinier se sent bien démuni mais il se console avec un heureux hasard : « La lune est tombée / dans mon jardin / je l’ai plantée / on verra bien ». Et puis mystère au milieu des plates-bandes car voici un intrus inquiétant… Et puis non, ce n’est «  qu’un schtroumf à lunettes / un petit jouet en plastoc ». Et le poète de rajouter, « au cas où les taupes / auraient des bébés ». La souriante morale de ce beau petit livre c’est que si « on ne récolte pas toujours / ce que l’on sème » on est sûr que « l’on récolte toujours / quelque chose ». Plongez-vous vite dans ce petit livre imprimé sur beau papier recyclé et parfaitement illustré par des dessins de Matt Mahlen.

(Thomas Vinau : Des salades. Donner à Voir éd., 2015. 52 pages, 7 euros –91 rue de tripoli – 72000 Le Mans ou http://donner-a-voir.net)
G.C.


lundi 28 septembre 2015, par Georges Cathalo

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Amateur de mots-miettes, de mots-poussières et de poèmes-allumettes, Thomas Vinau est né en 1978 à Toulouse. Auteur de plusieurs recueils de nouvelles et de poèmes, il publie en 2011 son premier roman, « Nos cheveux blanchiront avec nos yeux », aux éditions Alma. Un road-movie d’inspiration autobiographique, à « l’écriture pudique et organique » , qui fait le tour des blogs littéraires et fait sortir le jeune auteur de son microcosme littéraire. Influencé par les poètes américains (Richard Brautigan), et militant du minuscule, Thomas Vinau signe en 2012 un « Bric à brac hopperien » , portrait du peintre américain Edward Hopper « réalisé à partir de listes, de notes et de chutes autobiographiques » (Ed.Alma.).
Thomas Vinau vit aujourd’hui près du Luberon, plante des radis et taille des lilas, écoute les insectes grouillants qui organisent le monde, non loin des chauve-souris qui s’endorment, la tête au pied des mots… (Présentation sur le site de France Inter)

Bibliographie

Poésie
• Bleu de travail, La Fosse aux Ours (2015),
• p(H)ommes de terre, avec René Lovy, La Boucherie Littéraire (2015),
• Notes de Bois, illustrations de Valentine Leboucq, éditions Cousu main (2015),
• Juste après la pluie, Alma éditeur (2014)
• Miniatures locomotives, Asphodèle éditions (2013)
• Bric à brac hopperien, peintures de Jean-Claude Götting, Alma Éditeur (2012),
• Les derniers seront les derniers, Le pédalo ivre (2012),
• Un pas de côté, éditions Pointe Sarène (épuisé) (2011),
• Le Noir Dedans, éditions Cousu main (2011),
• Tenir tête à l’orage, édition N&B (2010),
• Fuyard Debout, éditions Gros Textes (2010),
• Little Man, éditions Asphodèle (2010),
• L’âne de Richard Brautigan, éditions du soir au matin (épuisé) (2009),
• Hopper city, éditions La Nuit Myrtide (2009)
• Les chiens errants n’ont pas besoin de capuche, éditions Gros textes (2008),
• Le Trou, éditions du Cygne (2008)
• 100 voyages immobiles, de 36 façons, Vincent Rougier éditions (2007)

Jeunesse
• Des salades, illustrations Matt Mahlen, Donnez à Voir (2015),
• Du sucre sur la tête, illustrations de Lisa Nanni, éditions Motus (2011),
Nouvelles - Micro-fictions - Récits courts
• Autre chose, Carnets du Dessert de Lune (2015),
• Les Ailes Grises, Les Venterniers (2013), (livre fait main)
• La Bête, illustrations de Sylvie Lobato, éditions Le Réalgar (2013),
Romans
• La Part des nuages, Alma Éditeur (2014),
• Ici ça va, Alma Éditeur (2012),

• Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, Alma Éditeur (2011), (et 10/18, 2012)



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