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Michel Baglin

« Un présent qui s’absente »

Une lecture en barque sur le Canal Royal de Sète racontée par Françoise Siri

Au festival international de poésie « Voix Vives » de Sète, la formule de la « lecture en barque » convenait particulièrement bien au dernier recueil de Michel Baglin, « Un présent qui s’absente », publié par Bruno Doucey.



Lundi 22 juillet 2013, au festival de poésie Voix Vives de Sète. C’est ma première lecture en barque, à la tombée du soir, sur les eaux bleu argenté du canal Royal, se jetant un peu plus loin dans la mer. Le principe : un poète invité du festival lit ses textes lors d’une promenade en barque à laquelle le public est convié. Au programme : un poète ami, Michel Baglin. Ami, de la même manière, de ceux qu’il ne connaît pas encore. Il s’empresse de découvrir l’équipage : le barreur et quatre rameurs bénévoles de l’association Cettarame, dont un très bon chanteur passionné comme lui de Brassens, avec qui il entonnera « L’orage ». Et sept passagers : des Sétoises, une auditrice venue de Roscoff, une autre de la région de Rodez, et un couple de Bruxelles.
La barque s’éloigne des berges, en direction du môle. Le poète est assis à la poupe, à côté du barreur. À la main, son recueil tout chaud sorti de l’imprimerie des éditions Doucey, « Un présent qui s’absente » . Au milieu des cris des goélands et du clapotis du tangage, il égrène ses vers qu’il rapporte de sa traversée de la vie. Comme un voyageur au long cours, qui pose sa besace, s’assoit sur un banc ou au bord d’un quai, et se remémore les chemins et les paysages parcourus : instantanés, silhouettes, carcasses de vélos joliment enlacées, scènes de rue éphémères, brocante des moments perdus, bric-à-brac des espoirs révolus, grâce d’une main dans la pénombre… Ce n’est pas pour rien que l’auteur a travaillé avec le photographe Dieuzaide ( « Les chants du regard » , Privat, 2006). Dans ses poèmes comme dans sa vie, il saisit l’instant fugitif et essaie de trouver le bon angle, et de le livrer au lecteur.

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(Bruno Doucey. 112 pages 15 €. ISBN : 978-2-36229-051-0)

Un des poètes préférés de Michel Baglin est Guy Goffette, auteur de « La vie promise » . Le recueil de Michel, ce serait plutôt « La vie transmise ». Portés par les flots, nous entendons : « J’emporterai venus d’un temps de lenteur, / de rareté des choses, / des images pauvres comme lichen de vieux ciments, / des roses trémières poussant au secret / d’une arrière-cour de ville, / les pavés disjoints d’une venelle s’offrant / aux herbes rebelles (…) J’emporterai un peu de ce que j’aurai tenté / d’approcher sans savoir toujours ce que je cherchais, / en foulant le sable des matins du monde / dans l’ivresse et la solitude de l’estran, / en croyant reconnaître l’enfance / dans le vent qui tourmente / quand on ne sait comment répondre à son chant. » (« Viatique ».)

"Regagner par l’ivresse ce qui était donné"

« Tiens, ils ont sorti le fer à repasser ! » annonce le barreur. Et effectivement le bateau à moteur qui nous croise ressemble exactement à un fer à repasser flottant. Il nous rabroue allègrement, nous rejetant vers les berges, sans entamer notre moral. Pas facile de rester immobile, et c’est probablement mieux ainsi : «  Oui, sans doute est-ce ainsi qu’on renoue / avec l’envie sourde d’aller : / des appels d’air vous mettent en branle / et c’est la vie qui tressaille, la vie labile / quand vous sentez soudain qu’il vous incombe / de regagner par l’ivresse ce qui était donné. / Qu’on se remette en route et l’on aura sa part ! / Même celui qui croyait n’avoir plus rien à chanter / qu’un requiem pour une fin de planète (…) » (« Le paysage ».)
Au loin, un thonier à l’arrêt. Des bateaux de pêche passent. Histoire de se redonner du cœur à l’ouvrage, la barque rame en chantant : « Quand Margot dégrafait son corsage / pour donner la gougoutte à son chat / tous les gars tous les gars du village / étaient là la la la la la / étaient là la la la la la… » L’auteur lit ensuite des textes plus engagés, « Consommation », épinglant la publicité, qu’il a toujours combattue dans sa carrière de journaliste, et une prière du mécréant, « Si dieu existait », que n’aurait pas désapprouvé son ami Georges.

Joyeux brouhaha des voix, des pelles, des rires, des bateaux et de l’accent du midi. Michel discute avec les passagers :
« - J’ai fait à vélo Toulouse-Sète, par le canal du Midi.
- En combien de temps ?
- Quatre jours.
- C’est déjà bien ! »

Le voilà en confiance pour réciter le poème inspiré de son trajet, « Aux écluses » : « (…) Il y a toujours du monde aux écluses, / des amoureux des canaux, / des ponts, des ports, des épanchoirs, / battant le pavé des bajoyers / pour récupérer le bonjour avec l’amarre / et regarder dans le sas s’enfoncer / entre les parenthèses des portes / le voyage un instant suspendu / d’une autre vie rêvée. »

La barque rentre au port. « Déjà ? » s’exclame une passagère. Une promenade à l’image du recueil de Michel Baglin : ce qui compte dans les voyages de la vie, les petits et les grands, les rêves nourris et les renoncements, les destinations imprévues, c’est le partage.

Françoise Siri

Cet article a paru sur Thau Info, Le quotidien du pays de Thau.



Ce qu’il en disent :

Odile d’Harnois sur Lectures au Coeur

"Le rang, la ligne et l’échappée", un article paru sur son site de chroniques littéraires

Lire ici

Luc Vidal

« Ce n’est que la lumière d’Avril où passent les gens, rien que le cœur qu’on démâte pour passer sous les ponts. » Fin du premier poème pour un vrai départ de lecture. La poésie de Michel Baglin est une poésie lyriquement présente au cœur du lecteur. S’anime alors en lui l’amplitude et la plénitude d’être vivant parmi les vivants. Malgré l’absence qui s’annonce dans le titre. Ce n’est peut-être qu’un jeu de miroirs nostalgiques et trompeurs que le poète s’invente pour tirer des plans de secours et laisser couler la musique de son poème. Il y a dans ce premier poème En terrasse, du Aragon, du meilleur, celui qui finissait dans son « Voyage en Hollande » par : « à vous jeunes gens de dire ce que je vois ». Pour le poème Payé de mots, en fin d’ouvrage, je ferais la même remarque. Chaque poème de ce livre est une histoire ou un récit. Il fixe le provisoire quasi définitivement. C’est là le drame d’une conscience. Au fond on ne laisse que des souvenirs… que la marque brève de ses pas de voyageur sur la carte fragile du monde. Les cartes de l’enfance quand elles ressurgissent dans le cœur du poète ravivent l’espoir de renaître à soi-même. La poésie de Michel Baglin (de ce livre en particulier) ressemble à une poésie du désenchantement dont la mélancolie active ouvre toutes les fenêtres pour de nouveaux printemps.
Le chant des migrants qui ponctue ce livre renforce cette impression. Les mots en leur sein délivrent des clés pour des portes inconnues. « Ils ont conquis des mots qui aident à marcher… »
« Un présent qui s’absente » aurait pu se nommer « A la recherche d’une âme perdue » (lire Le paysage) ou « La vague à l’âme » (lire Nostalgie de l’avenir) ou « Un homme se penche sur son passé  » (lire Paris en musardant), « La terre promise ou l’illusion poétique » (lire Géographie du temps). Ce qui est sûre malgré les doutes, les incertitudes c’est ce que le poète a toujours chevillé aux jambes de son cœur « cet arpent d’émotions vivaces ».
Michel Baglin est ainsi fait qu’il ne peut concevoir un poème sans les liens profonds avec les vivants du présent, ainsi le poète Francis Krembel, Michel Dunan, le poète lyonnais, Guy Gofette, le poète belge, Philippe-Marie Bernadou , le poète-libraire de Montauban , Jacques Ibanès, les Cathalo, etc… ou ceux qui ne sont plus, présents pourtant dans son cœur : ceux de Rochefort, Jean François Lavaur de la revue Traces, Jean L’Anselme, Whitman, London, Chatwin, Léo Ferré avec son camarade Bakounine… Le poème Béhuard, village au bord de Loire à Rochefort est le film de cette recherche en fraternité que le poète Baglin a pratiqué depuis toujours et comme jamais.
Il y a une telle musique dans les vers libres de ce recueil qu’elle semble contredire le titre même. Elle est musicalement « l’obscure rumeur du temps » qui donne sens et s’oppose aux ténèbres de la désillusion. Et cette part du diable où la places-tu, poète ? Dans la présence ou l’absence ?
Baglin me fait penser à ces magnifiques écrivains de l’âge classique de la poésie chinoise qu’éditent les éditions Moudarren. je pense en particulier à Wang Wei et « Le plein du vide », à Ryokan et « Le moine fou est de retour » et enfin à Lao Tzu, et « Le vieux sage » ( le Classique du tao et ses vertus).
Ce beau poème, La vague à l’âme, concis et fabriqué à l’aide de distiques aux belles sonorités-dialogues (Ile, aile) taôise la poésie de Michel. Il crée peut-être sans s’en rendre compte le véritable chemin-poème de la solitude promise comme un remède à sa désespérance. Car son lyrisme ample et fraternel, ça vibre, ça chante, ça musique. Car il se dégage de ce livre une douce mélancolie qui ne demande à l’esprit de révolte et à l’empan des songes qu’un dernier coup de pouce pour être dans la joie du monde.

Luc Vidal, le 26 décembre 2014

Philippe Mathy

Il y a des livres qu’on n’oublie pas. Après leur découverte, ils demeurent à portée de main, à portée de mémoire. Ce fut le cas avec « L’Alcool des vents » de Michel Baglin, et voici que son nouveau livre, « Un présent qui s’absente » m’émerveille à nouveau. Quel poète ! Qu’il écrive en longs poèmes rythmés par un refrain, en sonnets ou en prose, toujours il parvient à nous toucher. Une maîtrise qui ignore la sécheresse ; toujours les mots sont gorgés de sève, de sens, ils rayonnent d’une radioactivité bienfaisante. Humanité, générosité, des mots clés, sans aucun doute, pour approcher cette œuvre. Qu’il évoque les passants, les gares, les lieux de l’enfance, toujours ce sont des visages fraternels qui surgissent, inconnus regardés avec tendresse, poètes ou amis auxquels il rend grâce.
Le titre l’annonce, la nostalgie est présente : Et je crains fort que nous ne soyons chacun / qu’un peu de passé qui se défait / à la croisée des vents contraires, / qu’une addition vouée à rester en suspens. Conscience de l’éphémère, de la précarité de toute vie, mais la générosité et l’appétit de vivre sont assez forts pour ne pas céder à la mélancolie : La vie est là, l’insaisissable vie, devant. Le poète garde intact sa faculté d’indignation, Sans haine mais pas sans colère, contre les discours creux, la consommation effrénée, la pudibonderie que veulent imposer les religions… Et nous demeurons bien en poésie, loin des discours ou des slogans, avec un poète qui sait Qu’on regarde au dehors, le dedans vous reprend.
En exergue de la partie intitulée Jeux de miroirs, il cite Charles Juliet : « Ecrire, c’est exprimer cette part de soi qu’on découvre chez autrui, cette part d’autrui qu’on reconnaît en soi-même. » Humanité, générosité, toujours l’attention à autrui est présente, jusqu’au Chant des migrants et ce dernier poème où l’auteur avoue l’espoir d’avoir peut-être aidé quelqu’un, / entre mes lignes, à reconnaître son énigme, / à habiter son paysage. Des poèmes qui s’offrent comme une main tendue : à saisir, dans la joie de la rencontre.

Philippe Mathy. le Journal des poète

« La Dépêche du Midi » « La (...)

« La Dépêche du Midi »
« La poésie est une façon de s’ancrer, de mieux voir et sentir le monde, explique Michel Baglin...Mais notre présence au monde n’est pas donnée. Le langage poétique réveille tout ce que l’on porte en soi. Il fait appel à notre mémoire sensible. » Dans « Un présent qui s’absente », il se penche sur l’existence et le sort de ses semblables, faisant un pont entre le passé et le futur.
Dans une première partie plutôt nostalgique, il évoque le temps passé et les amis perdus et parmi eux le poète Bernard Mazo à qui il rend un vibrant hommage : « Tu avais deux paires de lunettes souvent / l’une sur le nez et l’autre sur le front / pour ne jamais perdre de vue / ni la beauté désespérée du monde / ni le versant secret et la part sombre / que le poème retient dans ses filets. »
Dans une seconde partie plus engagée, il parle de la société actuelle. Avec ses excès de foi (« la beauté qu’on enferme dans l’insulte d’une burqa ») ; avec ses dégâts sur l’environnement (« Maintenant que les fleuves n’atteignent plus la mer / que les îles sombrent à leur tour... ») ; avec sa course à la consommation (« où l’homme se réduit au chaland / où les besoins fabriqués veulent qu’on consomme »...). Autant de mots qui éclairent le monde et invitent à s’ancrer sur soi.
La Dépêche du Midi. Dimanche 13 octobre 2013

Jacques Morin Revue « Décharge

Jacques Morin Revue « Décharge »
« Les gens qui passent, sous leurs pas tassent des années / perdues peut-être ou seulement consommées… » Il y a deux voix chez Michel Baglin, heureusement complémentaires. Celle d’abord du poète doucement lyrique qui résonne à la fois sur le lieu et le temps. Beaucoup de poèmes sont ferroviaires ou maritimes et la poésie avant tout une écriture en marche. Rarement on aura vu autant un poète ignorer le sur-place. Le titre est de ce point de vue emblématique. « …c’est alors qu’on renoue avec l’envie sourde d’aller,/ de se frayer, entre le vide et l’épaisseur, / un passage d’homme dans le pelage du monde ».
Mais l’auteur de « L’alcool des vents » a suffisamment vécu pour pouvoir parler de « pesanteur secrète », celle que l’âge a déposée en strates infinitésimales et immatérielles sur le chemin. C’est ce précipité magique où bouillonnent images et souvenirs qui compose une bonne partie de ce recueil. Et pas de nostalgie ni de mélancolie chez Michel, le passé forcément arbore une couleur à peine modifiée, mais c’est l’enthousiasme et la chaleur qui emportent le morceau comme on le dirait musicalement.
Ses poèmes sont écrits comme des pièces, variant les formes, jouant sur les retours, et prenant plaisir à écrire aussi bien long que court. « Sommes-nous condamnés à hanter / l’éternité / des derniers moments ».
La seconde voix qui croise dans la même gorge serait plus revendicative, vengeresse et didactique. Ainsi sont pointées toutes les atteintes à l’écologie terrestre, qui ne deviennent pas ici vains discours, mais montrent bien en quoi le poète moderne est également de plain pied dans la réclamation et la dénonciation. « … ce maelström obscène autour de la planète de la misère et du tourisme qui se croisent […] sans jamais se rencontrer ». La révolte n’est jamais loin de la solidarité, et si un mot pouvait résumer la poésie de Michel Baglin, ce serait bien celui de fraternité. Le poète a percé de fenêtres sa tour d’ivoire, il n’est plus à part, mais bel et bien au sein même de l’humanité « Ainsi l’autre nous est d’autant plus nécessaire / qu’il a de multiples façons de nous ressembler ». Son « Chant des migrants » montre à quel point il comprend et partage par ses mots l’exil de ces gens qui ont tout quitté.
L’auteur s’interroge enfin, dans l’ultime partie de son livre, sur la réalité de sa parole, la justesse de sa langue, et si à son insu les mots ne se jouent pas de lui. Faut-il de la candeur et de la générosité pour se poser ce genre de questions. En définitive, les deux voix du poète ne font bien qu’une, tant sa poésie sait mêler beauté et altruisme.

Jacques Morin Décharge n° 160 (Dec 2013)

Philippe Leuckx sur « Les (...)

Philippe Leuckx sur « Les belles phrases »
Que le voyage soit, de bout en bout, le lieu, le thème, le support des poèmes nouveaux que Baglin propose aux Ed. Bruno Doucey, semble non seulement une fidélité à ses autres ouvrages mais une invite sûre à recueillir les nouveaux messages que le poète adresse à tous ceux qu’il suit depuis longtemps.
Né en 1950, publiant des poèmes et des proses depuis une petite quarantaine d’années, Michel Baglin entretient avec la poésie des relations privilégiées, dont rend bien compte la revue Texture qu’il dirige sur la toile.
Le titre de ce nouveau livre, architecturé en cinq parties toutes liées entre elles, dit assez la nostalgie qui embue le regard de celui qui voit le temps passer et nombre de fantômes aimés et aimants revenir garnir les rétines de la mémoire. Ainsi faut-il comprendre, encadrant le livre, les deux parties qui font surgir le passé et le présent. Aux images de « Faux départs » qui s’articulent autour des quais, des gares, des ports où l’on peut à l’envi musarder, répondent les nouveaux venus d’horizons étrangers, déjetés pour la plupart, trouvant çà et là parfois quelque réconfort mais aussi combien de déveines ! Le poète sait conter les réalités dérisoires d’un présent qui perd de ses valeurs, qui pollue, qui encrasse les âmes. Que répondre « aux tristes effigies de la mode » ? L’auteur questionne de plus en plus notre place ici-bas, notre rôle : qu’est-ce être, pour tout dire ?
Dans un lyrisme, légèrement démâté, le poète renfloue notre propre mélancolie face à un monde qui ne conserve des anciennes formes que le peu, le rien, et que la mémoire intacte de son auteur restitue. Ses découvertes de Paris, des petits quartiers impressionnent par leur justesse et l’on embraie avec lui, pour de réelles traversées. Le beau Paris, où l’on peut musarder ! Comme il semble à la fois proche et éloigné ! Comme le souvenir de Fargue et d’Hardellet traverse ces beaux poèmes (des sonnets parfois) que la rime – occasionnellement – remaille à la trame choisie. Dans ces longs poèmes, Baglin dit toute sa foi en la poésie et en l’empathie. Qui écrit semble si frère de ceux qu’il convie sous sa plume ! Nombre d’hommages et de dédicaces honorent les amitiés partagées et les soucis humanistes. Le « nous » résonne avec force et conviction.
Et puis qui a parlé souvent de trains, de quais, d’embarquements, sait confier au poème ses désirs de voyages et de départs. Mais tout n’est-il pas dit ? Vu l’âge ? Vu le temps qui lui reste ? On sent, prégnante, l’amertume gagner le sable des berges, et le cœur, lui, tient bon et nous vaut ces mains tendues, « pleines de poèmes » comme disait Aragon parlant du bon Carco.
Je vous invite à entrer dans ces poèmes fluides, qui prennent le temps de s’accorder au cœur qui pense, marche et regarde, qui dessinent du monde une image assez fidèle à toutes les tensions et attentions qui s’y nouent. C’est la beauté de ce livre, ouvert, fidèle.
http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/

Georges Cathalo sur « Ici (...)

Georges Cathalo sur « Ici & là »
En ouverture de son dernier livre, Michel Baglin cite le proverbe africain qui dit que « quand on ne sait où l’on va, il faut se souvenir d’où l’on vient ». C’est sur cette fine arête du présent que s’articulent ses poèmes, en constante oscillation entre un passé qui persiste et un futur qui hésite.
Baglin avance pas à pas, formule des hypothèses et s’efforce de dépasser les doutes qui l’assaillent. Il est toujours prompt à s’effacer devant l’autre : « l’autre, c’est lui là-bas, toujours là-bas », toujours plus loin, à mesure que l’horizon recule. L’autre mais aussi tous les autres, les délaissés, les exclus, les oubliés « et l’on pense au migrant, à la faim qui le pousse à l’exil ». Si le poète se pose un court instant, c’est pour s’intéresser « aux gens qui passent » et se demander « si l’on a quelques chose à dire encore à ces gens » que l’on croise dans les halls de gare ou aux terrasses des cafés.
Ce qui préoccupe justement le poète, c’est ce blocage initial, « quand l’autre reste en nous la part obscure et sans langage ». A cet obstacle, s’ajoute l’angoisse de ne pouvoir mettre des mots sur cette empathie permanente contaminée par le doute car il sait qu’il faut « prendre garde que l’éloge de l’autre n’expose à la démagogie ». L’altérité est son domaine, même dans un présent qui aurait tendance à se dérober. Et puis il y a l’amitié, le ferveur, la solidarité, la fraternité : toutes ces valeurs démonétisées en ces temps de sécheresse mentale. Il y a aussi, « en fouillant / dans les greniers de nos mémoires », la fidélité aux disparus (Bernard Mazo, Jean L’Anselme,...) ainsi qu’aux vivants et aux survivants.
Sur son cadastre personnel, Baglin passe d’un lieu à un autre comme pour se mettre en danger. Il ne parvient que rarement à se fixer des points d’ancrage ou alors ce serait des points d’encrage par la grâce d’une écriture exigeante. Et si les mots sont là, ce ne sont pas seulement de simples viatiques mais des bouées de secours qui permettent de ne pas perdre pied.
Beaucoup de poèmes se présentent sous une forme de chant avec des strophes libres certes mais qui obéissent à une rythmique imposée par des amorces répétitives. En voici quelques-unes : « Nous n’avons rien à opposer.. », « Je n’ai pas de frères de race... », « Qui vit en nous venu d’on ne sait quand... » ou « A Paris quand je musarde... ». Les interrogations et les doutes alimentent ces poèmes ouverts et généreux.
Notre présence au monde est toute entière liée à ce « présent qui s’absente » mais, en poursuivant le jeu sémantique, on peut affirmer que ce présent est un présent que nous accorde un destin capricieux, juste le temps de prendre nos repères, d’observer et enfin, de pouvoir dire. C’est à cette tache ingrate et à cette utopie réaliste que se confronte Michel Baglin.
Paru sur le site « Ici & là » en octobre 2013. http://www.biblioblog.sqy.fr/ici-e-la/un-present-qui-sabsente-de-michel-baglin/

Lucien Wasselin dans « (...)

Lucien Wasselin dans « Faites entrer l’infini »
Michel Baglin donne à lire avec son dernier recueil, Un présent qui s’absente, des poèmes à l’opposé des "âneries du lincuistre", comme il l’écrit dans un poème dédié à la mémoire de Jean l’Anselme… Un livre qui fait le bilan d’une vie et ne craint pas de s’affronter à des problèmes actuels. À l’heure où il "fait route dans l’autre sens", Michel Baglin s’interroge : "Comment savoir si l’on est toujours de ce monde ?" et va explorer, aux fins de trouver réponse à cette question, le "remugle du temps", pour reprendre ces bribes de vers du poème liminaire…
Il n’y a pas de manichéisme, ni de clichés du style "bon vieux temps" dans la démarche de Baglin mais une observation attentive du réel à travers une multitude d’événements (voyages, moments de lecture, lieux, disparition d’un ami…) qui, à chaque fois, ravivent les souvenirs. Et c’est alors l’occasion de méditations sur le temps qui prennent volontiers une forme interrogative. Pas d’évocations vainement nostalgiques même si un air mélancolique traverse la première partie du recueil (qui en compte quatre) car il s’agit de poèmes dont la lutte n’est pas absente. Un poème comme Le paysage résume admirablement la démarche de Michel Baglin en quelques questions. Qu’est-ce qu’être là ? "Peut-on rester là, spectateur de la vie avilie, / assis, en témoin chagriné ?" Le fond de l’histoire, c’est la vie, l’enfance pendant laquelle on croyait tout possible, pendant laquelle on faisait des rêves sans limites. Mais demeure, l’âge venant, la sourde envie d’ailleurs. Les souvenirs qui font mal, ce sont aussi ceux du monde du travail et le lecteur attentif, familier des livres de Baglin, reconnaîtra dans un poème intitulé À Quai, la matière d’un récit publié en 2002, Entre les lignes… Car le monde du travail se dit en filigrane dans ces vers. Mais la fraternité ne se limite pas à ce présent vu à travers le prisme du passé. Michel Baglin se confronte aussi à l’actualité : c’est ainsi que dans la deuxième suite, Jeux de miroirs, il met en pièces la xénophobie qui secoue la société en disséquant ce qu’est l’autre pour aboutir à une conclusion sans appel. "L’autre reste en nous la part obscure et sans langage", l’autre est "l’alter ego familier". Mais il n’y a pas d’angélisme dans cette conception : Baglin commence l’un de ses poèmes par ce vers : "Prendre garde que l’éloge de l’autre n’expose à la démagogie". L’altérité demeure car il y a de multiples façons de se ressembler. L’absence d’angélisme est constante. Si l’enfance est synonyme de nature, si Baglin traverse souvent les paysages, il n’ignore pas les atteintes faites au monde naturel, il note que "l’acide des pluies brûle les arbres". Et s’interroge : qui saura "dire à quel puits abreuver encore de sortilèges l’enfance ?" La troisième suite est à cet égard sans doute celle où le poète se pose le plus de questions sans rien remettre en cause des certitudes qu’il a acquises.
Il faut enfin noter que Baglin mêle le vers libre au sonnet. Mais un sonnet qui n’est pas régulier : le vers fait parfois treize syllabes (et on a alors une musique qui boite un peu à l’oreille), la distribution des rimes est variée… On pense à cet ancien combat mené par Aragon, on pense aux 31 Sonnets de Guillevic et à la préface qu’Aragon écrivit à ce recueil. On pense à Réda (et à ses Sonnets Dublinois) et à quelques autres… On lit et on pense.

Alain Boudet « La Toile (...)

Alain Boudet « La Toile de l’Un »
Michel Baglin est (déjà) un vieux routier des mots. Même s’il est habile à dénicher les finesses de la langue, il est loin des exercices de style et des écrits décoratifs. C’est dans la pâte humaine qu’il puise, marqué par son histoire, dans l’élan de ses engagements, enraciné dans un humanisme qu’il affirme et qui lui offre sa boussole. Michel Baglin est fidèle aux amis qu’il n’oublie pas et à qui il dédie certains de ces poèmes. Ce livre qui interroge est aussi un livre qui affirme : prendre la parole, c’est aussi la donner, et affirmer que contre toute barbarie, toute contrainte des corps et des esprits, la langue fraternelle offre un paysage pour tous.
[/La Toile de l’Un (septembre 2013) http://amb.boudet.perso.sfr.fr/nouveautes.htm#unpresent/]

Jean Chatard. Revue « A (...)

Jean Chatard. Revue « A l’index »
Être. Quel mystérieux état que celui-ci ! Notre naissance ne nous concerne que de manière impersonnelle. C’est cadeau ! C’est ce que démontre le premier et chaleureux texte de ce nouveau recueil de Michel Baglin.
« Mais que fait-on là à frissonner dans les vertiges du temps ? », questionne-t-il avant de s’aventurer en des textes certes plus sophistiqués mais issus de la même interrogation.
En règle généràle, le long et giboyeux poème sied à l’inspiration de Michel Baglin qui, en homme généreux, sait faire partager ses amours aussi bien que ses hantises.
Vivre. Vivre en poésie, c’est cela et plus encore, et mieux sans doute. C’est porter le présent à incandescence, ce « présent » qui s’absente pour cause de départ prolongé. Définitif, parfois.
Maître des mots et maître des situations, Michel Baglin devient à l’occasion moraliste. Il connait les secrets de l’homme laborieux, ses « mains adroites devennt gauches ».
Son naturel positif l’invite à jeter une bouteille à la mer, cette bouteille qui n’atteindra jamais le bon rivage.
On frissonne avec le poète, on parcourt avec lui la liste des sentiments humains. L’amour y est inscrit comme tous autres véhicules de plaisirs et de regrets. Michel Baglin démontre ici qu’il est homme au meilleur du terme. Son livre − à mon avis l’un des plus accomplis d’une œuvre déjà fort riche en elle- même d’une trentaine d’ouvrages −, donne de lui l’image idéale d’un poète d’aujourd’hui, préoccupé du sort de la poésie actuelle qui se concrétise par ses actions de fondateur de la revue en ligne : "Texture".

Andréa Genovese « BELVEDERE »

L’éternité à quai de Michel Baglin

SILLAGE
Une vie, à peine un peu
d’écume dans son sillage,
guère plus de traces
que l’oiseau n’en laisse
dans l’air qu’il fend.
Une vie, ce qu’il en reste,
cette traînée d’images
dans les mémoires amies
s’évaporant avec les ans.
Une vie, une voile, un vol,
un grain de lumière
dans les sillons du vent.


Sillage est l’un des plus brefs poèmes du dernier recueil de Michel Baglin et éclaire à lui seul une démarche poétique limpide et essentielle, d’une grande lisibilité, désenchantée et mélancolique. Si mélancolique il est, Baglin l’est à la manière d’Apollinaire, et ce n’est pas seulement le long texte Paris en musardant qui nous le rappelle, dans une longue traversée de plus d’un pont Mirabeau, mais toute la texture de sa versification fluide, riche en rimes et allitérations musicales. Ainsi les sonnets, savamment tressés. Il y a cependant une ligne narrative constante qu’illumine le chemin de ce poète engagé et déçu. Baglin le sait en vérité (et il n’est pas le seul) ce que nous devrions « aller nous faire pardonner… au mur des Fédérés » mais, pris au piège d’une débâcle historique, il vit le présent comme une absence sans fin, comptable de tous ceux qui ont été foudroyés en plein envol (vois le beau poème pour Bernard Mazo). D’ailleurs le recueil est une dédicace sans fin, explicite ou implicite, un signe de l’ouverture fraternelle de Baglin, ce veuf, cet inconsolé de l’amitié.
Andréa Genovese « BELVEDERE » lettre-revue mail franco-italienne (2200 envois en Europe) Messina – Santa Croce sull’Arno – Milano – Lyon Août 2013

Pierre Kobel sur « La Pierre

Pierre Kobel sur « La Pierre et le sel »
Sous le dehors de sa bonhomie chaleureuse, Michel Baglin est un homme qui s’inquiète sur le sens de notre existence et la place qui est la nôtre. Il a choisi de répondre en se faisant passeur de mots, passeur des mots des autres via le site Texture, passeur de ses propres mots pour tenter de donner un sens à sa vie. Et ainsi que l’écrit son éditeur, il a fait de « la poésie, cette possibilité d’une patrie en archipel. »
Son dernier recueil Un présent qui s’absente, qui vient de paraître chez Bruno Doucey, est le reflet de ces interrogations et de son attention aux autres, que ce soit la fraternité avec les amis poètes ou le partage avec les victimes de notre société cruelle.



Emission sur radio Grand Ciel

Christophe Jubien m’a consacré par deux fois son émission « Poésie & Musique » sur radio Grand Ciel. La première, le mardi 22 octobre à 14h30, après une présentation de ma poésie, est constituée presque exclusivement d’une belle lecture de textes de mon dernier recueil, « Un présent qui s’absente » (Bruno Doucey éd.). La seconde est un entretien et a été diffusée le mardi 5 novembre.
On peut écouter la première ici

La seconde là

« Un présent qui s’absente » sur Page à page

Vendredi 24 Octobre 2014, j’étais l’invité de Claire Ambill pour son émission « Page à Page » sur Radio-Occitania, à propos de mon recueil de poésie « Un présent qui s’absente », publié aux éditions Bruno Doucey. Discussion et lectures jalonnent cette demi-heure. On peut l’écouter en cliquant ici.



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Michel Baglin : « L’Alcool des vents » (critiques multiples) Lire
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mercredi 30 novembre 2016, par Françoise Siri

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Michel Baglin a publié


Un présent qui s’absente, Poésie (Editions Bruno Doucey) 2013
La part du Diable et autres nouvelles noires, Nouvelles (le Bruit des autres éd.) 2013
De chair et de mots , poésie (le Castor Astral éd.) 2012
La Balade de l’Escargot , roman (Pascal Galodé éd.) 2009
Chemins d’encre, récit & carnets (Rhubarbe) 2009
Les Pas contés, carnets de Cerdagne, récit (Rhubarbe) 2007
Les pages tournées suivi de L’Adolescent chimérique et de L’Etranger, poésie (Fondamente éd.) 2007
Les Chants du regards, Poèmes sur 40 photographies de Jean Dieuzaide (éd.Privat) 2006
Lettre de Canfranc, récit (Rhubarbe) 2005
L’Alcool des vents, poésie (Cherche-Midi) 2004. Réédition Rhubarbe 2010
Entre les lignes, récits (La Table Ronde) 2002
Un sang d’encre, roman (N&B) 2001
La Perte du réel, des écrans entre le monde et nous, essai (N&B) 1998
L’Obscur Vertige des vivants, poésie (Le Dé bleu) 1994
Des Ombres aux tableaux, nouvelles (SPM) 1994
Lignes de fuite, roman (Arcantère) 1989.
Les Mains nues, poésie (L’Age d’homme) 1988. Préface de Jérôme Garcin. Prix Max-Pol Fouchet 1988.
Ruptures, nouvelles (Texture) 1986
Quête du poème, poésie (Texture) 1986
Le Ghetto des squares, nouvelles (Soc et foc) 1985
Jour et nuit, poésie (Le Pavé) 1985
Poésie et pesanteur, essai (Atelier du Gué) 1984, réédition augmentée en 1992
François de Cornière, essai (Atelier du Gué) 1984
L’Innocence de l’ordre, nouvelles (Atelier du Gué) 1981
L’Ordinaire, poésie (Traces) 1977
Masques nus, poésie (Chambelland) 1976
Déambulatoire, poésie (Chambelland) 1974
 
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