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Patrice Delbourg :

« Un soir d’aquarium »

Le dernier roman de Patrice Delbourg, « Un soir d’aquarium », est tout à fait dans sa manière de conjuguer humour noir et déréliction.



J’ai déjà souligné (lire ici) comment Patrice Delbourg, en vers ou en prose, se rit du désastre, joue du calembour et des bons mots pour faire la nique à l’angoisse existentielle et comment, à l’instar de son héros, Gabin Delahy, il « soigne le mal par le pire ».
Son héros, justement, bien que dans la fleur de l’âge, est au bout du rouleau et brille de ses derniers feux, plutôt éteints, dans les cabarets des Grands Boulevards, en ce mois de novembre 1963. Kennedy vient d’être assassiné à Dallas, la chanson française (dont Delbourg est un ardent défenseur) bat de l’aile face à la vague yéyé, et Gabin Delahy, adepte d’un humour noir ravageur, ne va pas très bien non plus dans une France où règne la prudhommerie la plus crasse. Il est temps pour lui de tirer sa révérence, ce qu’il va tenter dans une impressionnante ripaille dont se fait l’écho un dernier chapitre en forme de célébration de la gastronomie et de chant des lexiques culinaires…

Raté, Gabin Delahy ? Peut-être, mais surtout anachronique. A la manière des saltimbanques d’hier, poètes de fin du monde, humoristes décalés, hommes « désemparés ». Belle occasion pour Delbourg d’évoquer des artistes qu’il affectionne, Charles Cros, Allais, Gaston Couté, Aristide Bruand, Boby Lapointe, déjà salués ici ou là… Les ombres portées des chansonniers de jadis se penchent sur ces pages où l’on croise Jacques Grello, Jean Rigaux, Robert Rocca et bien d’autres. Toute une époque y revit pour notre plaisir, en dépit de quelques anachronismes, et Delbourg, qui n’a pas rengainé sa plume acerbe, s’amuse à épingler ici « quelques folliculaires de fond de terroir en fin de droits », ailleurs une époque où l’on trouve « toujours un gâte-sauce universitaire pour pointer du doigt le retour du refoulé colonial chez l’humoriste ».
Il n’oublie pas d’être poète, ni styliste (Ah ! cette jeune fille en terrasse qui « porte une tasse de thé brûlant à son sourire » et fait un peu le pendant de « la patronne nichonnailles à l’étal »), mais aime déranger. Dans la bouche de Gabin Delahy qui aurait bien vendu son âme au diable - « mais Lucifer n’avait pas de monnaie » - il a placé moult traits d’esprit qui agrémentent le récit : « Il est incontestable que les femmes m’ont toujours réussi ! Sauf ma mère ! », prétend Gabin sur scène. Ou encore : « S’il y a un mot vraiment irrégulier dans la langue française, c’est bien "infarctus" : au pluriel, ça fait des "obsèques". »
Bons mots dont quelques-uns sont empruntés à un maître de l’humour noir, Pierre Doris, qui inspira Desproges, Jean Yanne et bien d’autres artistes grinçants. Le roman, d’un certaine façon, lui rend hommage : Gabin Delahy n’est certes pas Pierre Doris ; mais, comme ce dernier, tout le livre tente d’illustrer la sentence : « entre le premier cri et le dernier râle, il n’y a qu’une suite de mots sans importance ! »

Michel Baglin



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samedi 3 septembre 2011, par Michel Baglin

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Patrice Delbourg
« Un soir d’aquarium »

Le Cherche-Midi.
(324 pages. 18 €.
ISBN : 978-2-7491-2098-0 )



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