« Voyages avec ma tante »

Un tourbillon, so british !

A La Pépinière Théâtre, Paris.

Quatre comédiens et vingt rôles pour célébrer la plume de Graham Greene. Sa vivacité, sa profondeur. Un parfum d’excellence dans un tournoiement de gestes précis, justes, désopilants. Le corps des comédiens est mis à rude épreuve, leur visage à lui seul exprime toutes les nuances d’un jeu de scène époustouflant !



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Photo : François Berthier

Quatre comédiens : Claude Aufaure (Henry, Tante Augusta, le personnage principal de ces « Voyages avec ma tante »), Jean-Paul Bordes (Henry, Tooley, Miss Keene, Frau General Smith and so on) Dominique Daguier (Henry, Woodsworth, Monsieur Visconti, Colonel… and so on) Pierre-Alain Leleu (Henry, le prêtre, la fille italienne et… le perroquet). Vous comprenez que cela tourne, à chaque fois que Claude Aufaure, dans son costume so british, chapeau melon, costume strict devient Tante Augusta, les autres empruntent aussitôt et tour à tour l’identité de Henry, le neveu. Et cela danse, et cela virevolte dans un bouquet de gestes, de paroles, d’incitations aux reels aux gigues, la scène devient un véritable « Scottish Country dancing », une parabole de fox-trot, qui plus est : raffinée. Belle gageure.

Quatre comédiens et un enterrement : Tout commence par un enterrement, alors qu’Henry, employé de banque à la retraite, amateur de poésie lyrique et de dahlias, qui mène une vie fort tranquille croise aux obsèques de sa mère, la Tante Augusta oubliée depuis des décennies, extravagante à souhait, excentrique à demeure, volage de midi à minuit et un tantinet perverse. Cette dernière va l’entraîner dans un tourbillon d’audaces et de voyages qui le conduiront, de tripots en bureaux d’agents secrets, jusqu’aux contreforts de l’Oural. Fastueux retournements de situation et métamorphoses multiples qui nous offrirons une kyrielle de personnages : un voleur argentin, une générale allemande, un trafiquant d’art italien.

Quatre comédiens et une chambre d’écho : La question reste bien, comment exploiter ce maelström, ce sturm und grand romantique, cette comédie hilarante, ce jeu de mimes, cette brillance sur une simple scène : la réponse nous est donnée du mardi au samedi à vingt et une heures et le samedi à seize heures à La Pépinière Théâtre, 7, rue Louis-Le-Grand, Paris, avec brio, par une magistrale interprétation de tous les comédiens (et chapeau à Claude Aufaure qui porte les deux personnages principaux, à un sommet de l’art dramatique) masculins et terriblement féminins, tour à tour, toujours dans leurs stricts costumes anglais qu’ils ne quittent jamais, serpentins et diaboliques, dantesques et lyriques, des clowns, des mimes, des danseuses de cabaret. Ils n’ont qu’à ôter leurs chapeaux melon pour nous faire entrer dans ce « Je est un autre » de Rimbaud, ce « Je suis l’autre » de Nerval, un tourbillon, vous dis-je, un tourbillon so british ! La légèreté en prime.

N’oublions pas de saluer le metteur en scène, Nicolas Briançon qui a aussi adapté le célèbre roman de Graham Greene ainsi que Gilles Havergal pour sa version scénique et tous les collaborateurs qui ont œuvré au succès du spectacle, Molière de la meilleure mise en scène, repris depuis le 22 janvier 2016 pour soixante représentations exceptionnelles et plus, si applaudissements nombreux, en sus.

Jeanine Baude



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jeudi 25 février 2016

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Jeanine Baude

Jeanine Baude, écrivain, poète et critique. Née dans les Alpilles et vivant à Paris, Jeanine Baude est écrivain, poète et critique. Elle a publié une trentaine de livres, essais, récits, poésie mêlés, et accompli de nombreux voyages dont ses livres témoignent.
Distinguée par le Prix de poésie Antonin-Artaud en (1993 et le Grand prix de poésie Lùcian-Blaga pour l’ensemble de son œuvre en 2008, elle a collaboré à de nombreuses revues européennes et étrangères et fut membre du comité de rédaction de la revue Sud (1992-97), comme elle l’est aujourd’hui de la revue L’Arbre à Paroles (Belgique). Elle préside le jury du prix du poème en prose, et est responsable de l’association "Les Amis de Louis Guillaume". Elle est enfinSecrétaire générale du PEN club français depuis plusieurs années.

Lire la revue Phœnix n°13, dont elle est la poète invitée (voir ici)
L’article de Max Alhau sur Texture à propos d’ « Aveux simples »  : ici

Bibliographie
Emma Goldman : "Non à la soumission" Actes-Sud junior 2011
Le Goût de Buenos Aires Mercure de France 2009
Juste une pierre noire, coédition Éditions Bruno Doucet / Éditions du Noroît, 2010
New York is New York, Tertium Éditions, 2006
Rêver son rêve, gravures de Claire Chauveau, Atelier Tugdual, 2005
Le Chant de Manhattan, Seghers, 2005
Colette à Saint-Tropez, Images en Manœuvre éditions, 2004
L’Adresse à la voix, Rougerie, 2003
Venise, Venezia, Venessia, Éditions du Laquet, 2002
Ile Corps Océan, coédition L’Arbre à Paroles / Écrits des Forges, 2001 ; Île corps océan/Isla cuerpo océano (traduction en espagnol de Porfirio Mamani Macedo, L’Arbre à Paroles (Belgique), 2007 3è édition en 2013.
Le Bol du matin, Éd. Tipaza, 2001
Labiales, avec Jean-Paul Chague et Michel Carlin, A. Benoit, 2000
Un bleu d’équinoxe, avec des encres de Michel Carlin, A. Benoit, 2000
Incarnat désir, Rougerie, 1998
Océan, Rougerie, 1995
Concerto pour une roche, Rougerie, 1995
Correspondance René Char - Jean Ballard 1935-1970, Rougerie, 1993
C’était un paysage, Rougerie, 1992, Prix Artaud 1993
Parabole de l’Éolienne, Rougerie, 1990
Ouessanes, Sud, 1989
Éclats de sel, La Coïncidence / Le Pont de l’Épée, 1980
Les feux de l’été, La Coïncidence / Chambelland, 1977
Sur le chemin du doute, Millas-martin, 1972


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