Marie-Claire Bancquart

« Violente vie »

« Écrire ? Oui, pour susciter présence / de toutes les vies / surtout les très minces / étoiles de mer / fourmi sur feuille de bardane / et la feuille même ». Jamais, me semble-t-il, la poésie de Marie-Claire Bancquart n’a été aussi proche qu’avec ce recueil de la vie, la vie du corps, des chairs et des humeurs, la vie crue et menacée.



On peut lire ici le parti pris de se mettre à l’écoute des « rêves compliqués de la matière », certes, mais aussi à l’écoute de tous les vivants, émerveillés et malmenés – pour s’ouvrir à « toutes les vies » et à toute la « violente vie ». Sans oublier jamais de « mettre en rapport le corps avec le monde »

La bonne distance

Marie-Claire Bancquart poursuit ainsi, d’un ton parfois léger et parfois grave, cette confrontation entamée depuis belle lurette avec la mort, celle inscrite dans les organes, celle des êtres, celle promise à la Terre elle-même et aux planètes…
Cette façon de prendre de la hauteur est surtout manière de trouver la bonne distance pour dire juste. A l’instar de la chantepleure, cette poterie trouée qui rend la pluie sonore et « chante et pleure » à la fois. D’un côté, « le mal d’être, en corps et en âme », de l’autre, la célébration des « vies plurielles » et de leur infinie richesse. D’un côté, l’angoisse du mortel, de l’autre, notre « figure civilisée », les tableaux, les musiques, les livres et tout ce qui nous relie à travers les siècles à la geste de ceux qui nous ont précédés. D’un côté, le vertige métaphysique face au miroir, de l’autre, « le parti du visible » et du quotidien. Par ce balancement - entre « songe et tripaille », disait-elle dans un précédent recueil - chaque jour « nous inventons de vivre ».

Malgré la déréliction

Mais qu’elle évoque la mort de sa chatte Châtaigne, l’exclamation admirative en langue d’Oc de son grand-père devant un merle dans un prunier, une femme pleurant derrière sa fenêtre et « toute l’incertitude du monde » ou l’énigme d’un simple brin d’herbe, nous sommes toujours avec Marie-Claire Bancquart dans une écriture de l’émotion et du trouble partagés. « Nous nous étonnons d’être / entièrement baignés de vie / dans une mer commune aux hommes ».
Ce partage semble être la mission secrète du poète, auquel elle n’assigne pas de tâche surhumaine, sachant que rien n’est écrit à jamais. « Chante toujours », se moque-t-elle-même ! En insinuant cependant : « si seulement tu pouvais préserver un oiseau »…
Sans se payer de mots ni d’espérances trompeuses, malgré la déréliction, en dépit du temps, et de toutes lé réponses que nous n’aurons pas, voilà bien une poésie de résistance d’une belle vitalité : « Je suis pour dire : la non-destination / (…) mais pour dire aussi / l’énergie / son étrangeté lumineuse / célébrer le regard vers les choses / l’enracinement de parole / dans les formes du monde / et la vie / provisoire »

Michel Baglin



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jeudi 28 juin 2012, par Michel Baglin

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Marie-Claire Bancquart
« Violente vie »


Le Castor Astral
142 pages. 15 €
ISBN 978-2-85920-886-8



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Marie-Claire Bancquart



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