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Michel Baglin & Yvon Kervinio

« Visages de villages »

Trente photos et trente textes

Le photographe Yvon Kervinio et le poète Michel Baglin se sont associés pour cet album où textes et images se répondent. Une lecture de Jacques Ibanès.



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Michel Baglin et Yvon Kervinio : « Visages de villages » (Ed. l’aventure carto, n.p., 19,50 € )




D’emblée, on est saisis par la vérité des photographies : « Visages de villages » porte parfaitement son titre. Il s’agit bien de bouilles, de figures, de trognes saisies en pleine lumière au vif de l’instant et non des portraits léchés qui épousent toujours des postures quelque peu guindées sous les lampes des studios. Je parle de vérité pour dire la tendresse, l’empathie pour l’humain émanant de clichés en noir et blanc qui datent de la fin de l’autre millénaire, autant dire de la nuit des temps et qui ne mentent pas.
Ils nous content les travaux et les fêtes, l’art de la compagnie voire du compagnonnage. Le tour de force d’Yvon Kervinio est d’avoir su saisir ces moments dans leur spontanéité, leur joie et aussi leur solennité à l’instar des tableaux d’un Mathurin Méheut. Car il ne s’agit pas de donner dans le folklorique, mais de capter la vie avec ce qu’elle contient de jubilation simple et d’émotion. Nous sommes ici en Bretagne, mais nul doute que si l’artiste avait ramené ces photographies de n’importe quelle autre contrée, on y aurait trouvé la même humanité tout à la fois réjouie et grave.

Connaissant Michel Baglin, j’imagine sans peine avec quelle gourmandise il a sélectionné trente clichés parmi plus de cinq cents qui étaient proposés à son imaginaire pour composer ce livre. Son choix s’est porté sur des rassemblements populaires, ces rencontres festives qui rythment la vie des villages : fêtes foraines, fêtes paysannes, mariages, pèlerinages, comices, rencontres inter-quartiers. On s’y rend endimanchés, mais point trop sanglés dans les convenances. D’ailleurs vous verrez : très vite, les vestes tombent, les cravates se dénouent dans les rumeurs de l’accordéon et le tintement des verres se fait entendre dans le chuchotis des confidences où « on touille dans le brouet des vies ». Chaque image pourrait être le tremplin d’une nouvelle, voire d’un roman. Michel Baglin en a composé des poèmes selon sa manière. Avec souvent une touche d’humour, légère, qui nous rappelle que tous ces moments dont est tissée la vie ne sont finalement qu’un jeu.

La seule exception à ces images de rassemblements joyeux est la photographie d’un couple de vieillards vus de face, placés dos à la cheminée. Elle nous permet de saisir au plus près la profondeur de l’art du poète ancré dans le réel. Un réel qui est toujours chez lui un tremplin à la réflexion, voire à l’ineffable :

« Alors, ils se tiennent assis là sur les chaises creusées par leurs reins.
Impassibles. Fidèles au tablier à fleurs et à la casquette. Les mains croisées sur rien (…)
Ils esquissent un sourire. À peine. Par politesse.
Leur vie est faite.
À leur âge, on ne tient plus à grand-chose, on est là, le dos au feu éteint. On n’attend rien, on attend sans attendre.
On se demande. » <
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Le photographe comme le poète savent bien qu’ils ne parlent jamais finalement que du Temps. Ils se sont associés - chacun avec son propre moyen d’expression - pour en débusquer les éclats.
Gageons que cet album ne sera pas remisé au fond d’une bibliothèque. À peine lu, on a déjà envie de le relire. Car ici, tout est d’une parfaite justesse, au sens musical du mot. Avec cet accord de sensibilités si bien tempéré, les routes d’Yvon et de Michel devaient fatalement se croiser pour nous réjouir.

Jacques Ibanès



VOIR AUSSI
l’article de Jacques Morin
et celui de Lucien Wasselin

L’article de G. Cathalo sur le site de la revue Traversées



samedi 1er septembre 2018, par Jacques Ibanès

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