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Jacques Ancet

« Voir venir Laisser dire »



« Tu dis : je voudrais sortir / mais dehors est un dedans ». La présence au monde chez Jacques Ancet ressortit peu ou prou de cet « être là sans y être » qui veut que les vivants comme les objets ou les éléments demeurent à peu près insaisissables. On y retrouve toujours « dans le présent cette absence » qui oblige à se confronter à l’obscur en soi (lire ici).

« Je me tais pour écouter,
pour voir aussi, pour toucher.
Je me tais. La poudre vole
sur le toit, les oiseaux crient.
Je me tais pour être là. »

Le silence n’est évidemment pas tenable et le poète, tel le diariste, ne cesse de se livrer d’un même mouvement à la « rumeur du jour », à la parole et au langage. Car « on dit jour / pour dire non à la mort ». Il le fait ici en deux parties, la première (« Voir venir ») de poèmes brefs, la seconde (« Laisser dire ») avec les versets cadencés de textes plus longs.
Pour autant, l’interrogation est prégnante : qui parle ? Chacun en est conscient et pourrait reprendre la formule de l’auteur : « les mots de ma bouche / disent toujours autre chose ». Ce n’est certainement pas l’introspection qui permettrait de reconnaitre « sous ta voix comme une voix », cette « sorte de chuchotement » où l’on croit approcher ce qui ne cesse de se dérober pourtant. « Les mots vous abandonnent, mais derrière eux reste comme un écho de choses qui se cherchent », voilà ce qui oblige le poète, singulièrement Jacques Ancet, dont la poésie est une résistance à la dilution des êtres et des choses.
« On voudrait que ça ne cesse de parler. Comme des vagues, une à une,
Qui déposeraient sur le silence tout ce qu’on n’a pas su dire, ces petits
  riens,
Ce cri de la vie multiplié qu’on entend là-bas, ici, hier, demain, dehors,
  dedans,
De partout et nulle part et qui vous traverse tellement que vous n’avez
  plus de bouche. »
Voilà qui le pousse à se mettre à l’écoute du « bruit des mots ». Au-delà du sens mais pas de ce qui se trame dans les interstices (« ce que tu dis te précède ou te suis sans jamais te rejoindre »). Et parce que tout y ramène (« Dans les yeux, des mots se pressent. »). Ainsi s’exprime la conviction que tout se joue dans le pouvoir mystérieux et exorbitant du langage : « Ne cherche pas le soleil. Il est là, dans ce seul mot que tu prononces : soleil ».

Michel Baglin
(La rumeur libre. ISBN 978-2-35577-138-5. 144 pages. 17 euros)



lundi 6 août 2018, par Michel Baglin

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