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Pierre Dhainaut

« Voix entre voix »

Pierre Dhainaut vient d’obtenir le prix Apollinaire 2016 pour « Voix entre voix » paru aux éditions L’herbe qui tremble



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« Voix entre voix » éditions L’herbe qui tremble,

Accompagné de peintures d’Anne Slacik, qui « a peint ce que je cherche à entendre à travers les poèmes ». Le titre suscite et annonce une osmose de voix qui se réverbèrent. Seuil, souffle, résonance unissent les trois mouvements du livre. Les poèmes bordent, en amont et en aval, le volet central qui éclaire, dans une prose souple et pénétrante, la naissance du poème. Echographies I et II, un mot qui renvoie à la fois à l’enfant à naître et à l’écriture de l’écho.
Approche du Seuil, celui de la naissance, celui de la maison de retraite, celui de la nuit, de la mort, celui de la poussée du poème. Le nouveau-né fragile au regard immense dans sa cage de verre, sans voix, écoute, baigné de murmures et de « souffles bienveillants ».
L’enfant sur le mur du jardin, dans l’odeur du lilas, aspire le monde. L’orée de la forêt ou de la nuit nous attendent. Résidence du Tiers temps, les anciens sont là, silencieux, on leur tient la main, on leur parle, ils ne s’animent qu’au passage d’un enfant. Seuil de la séparation, des amis disparus, quand l’écriture se fait « étroite et d’aucun secours » alors que « nous habitions la maison de l’écoute ». Seuil du poème, quand un mot soudain nous appelle.
Souffle et résonance, bruissement tenace d’une voix étrangère, syllabes qui se raniment, suscitent malgré l’absence cette « furtive éternité du face à face où nous respirons ensemble », ondes de la voix propagées par le poème. Voix « pudique » où « d’autres voix / se fraient un passage ». Ainsi « le poème nous élargira dans la respiration spacieuse, la respiration solidaire ». Résonance du mot, de flamme à lame dans la révélation sonore. Il y faut l’écoute première, « intarissable, augurale », plus profonde la nuit, « l’écoute parturiente ». Celle « qui reçoit l’illimité comme à travers le langage le silence ». Savoir accueillir l’imprévisible, dans « une dépossession radicale ». Accepter la rébellion des mots, leurs pouvoirs de découverte. Garder « la candeur lucide » de l’approche. De page en page, l’enfance est ici le fil. « Comme les enfants, les poèmes sont des juges sévères, ils espèrent en nous, ne les décevons pas ».
Poétique discrète, subtile, sans grandiloquence, cherchant la lumière possible. Les neuf poèmes brefs du final semblent s’alléger de cet acquiescement, de cet accord au monde où les mots nous ouvrent des « chemins pluriels ».

Jacqueline Saint-Jean



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dimanche 4 décembre 2016, par Jacqueline Saint-Jean

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Pierre Dhainaut

Pierre Dhainaut est né à Lille le 13 octobre 1935. Ce fils d’instituteur passe son enfance et son adolescence dans la ville ouvrière d’Armentières. Il s’installera quelques années plus tard (1957) à Dunkerque où il a enseigné et où il vit toujours.
D’abord proche des surréalistes (il a connu Breton et d’autres), il rencontre Jean Malrieu dans les années soixante et son influence sera déterminante sur son œuvre, qui s’ouvre en 1969 avec « Le Poème commencé » .
En 1971, il fait également la connaissance de Bernard Noël (il consacrera des études à ces deux poètes, ainsi qu’à Octavio Paz et Jean-Claude Renard).
Si le poète est discret, son œuvre est abondante, riche de plus de trente ouvrages publiés depuis 40 ans.
Il a reçu en 2009 le Prix de littérature francophone Jean Arp pour l’ensemble de son œuvre.



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