Isabelle Lévesque

« Voltige ! »

Enseignante et poète, Isabelle Lévesque est également critique et écrit pour diverses revues. Parmi ses recueils, « Voltige ! » paru aux éditions L’Herbe qui tremble en cette année 2017, lu par Jean-François Mathé.



« Voltige ! » Un seul mot dont le point d’exclamation fait un impératif. Injonction à qui adressée ? A l’auteure elle-même ? A l’amant évoqué dont on hésite à décider s’il est du présent ou du passé ? Injonction à l’amour en tout cas, qui est comme l’art de la voltige aérien et complexe.

Les poèmes d’Isabelle Lévesque ne se livrent pas, serrés, elliptiques souvent, mais ils s’ouvrent comme poussés par la pression violente qui les habite ou comme appelés par les voix de la nature et de l’amour, les deux ne faisant souvent qu’un :

« Pour te rejoindre, j’écrirai le pas la menace
et tes lèvres, mes yeux s’attachent et tremblent.
Sous mes paupières l’été fou,
toi nu, torrent. »

Chaque poème est un surgissement de saisons (surtout le printemps et l’été), d’éléments naturels créateurs de ferveurs, d’état de l’être portés à leur paroxysme :
« La terre connue nous étonne
à chaque pas. »

ou :
« Les fleurs n’avaient qu’une ombre
Nous étions seuls, ivres légèrement,
trop de couleurs nous égaraient
dans le souffle de l’été… »

Le coquelicot, fleur fétiche d’Isabelle Lévesque, est omniprésent dans le livre. Métaphore du sang ? Du cœur ? De la poète elle-même ? Qui écrit :
« Je suis / coquelicot »
Le coquelicot est-il comme l’être humain, par sa texture, fragile ? Est-il, par sa couleur vive, comme l’être humain, fort ? Est-il, pris dans le vent, l’image de la danse à laquelle le titre du livre invite ? Certainement tout cela à la fois, ou l’un ou l’autre selon les variations de l’âme et des sentiments.

Quoi qu’il en soit, tous les poèmes créent une tension vers la passion de la vie, de la nature que les mots pénètrent pour en atteindre le cœur-coquelicot, aussi une tension vers le récit tronqué d’une aventure amoureuse dont nous sont offerts des éclats, des bribes intenses qui préservent le secret de l’ensemble de l’aventure.

A travers ses évidences et ses énigmes, cette poésie dit l’exigence de vivre au plus haut de soi, de ses sensations, de ses attentes et de ses désirs :
« Gestes, souffle, prières, rester, poursuivre,
garder la fièvre. »

Toutes les peintures de Colette Deblé qui ponctuent le livre redoublent ces vers et l’ensemble des poèmes : figures de femmes en mouvement et rendues ardentes par la couleur rouge qui les habille jusqu’en leur nudité. Et parmi ces figures de femmes, gardons celle que l’auteure dessine d’elle-même :

« Je suis perdue partout,
bribe folle, herbe nue dans le soir. »

Il n’y a jamais conquête de la plénitude, seulement sa quête et la complexité de ses chemins.

Jean-François Mathé



dimanche 7 mai 2017

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Isabelle Lévesque :
« Voltige ! »


éditions L’Herbe qui tremble, 2017.
Peintures de Colette Deblé, postface de Françoise Ascal.
(96 pages. 14€)



Isabelle Lévesque


Enseignante et poète, Isabelle Lévesque est née en 1967 aux Andelys (Eure), où elle vit.
Elle est également critique et écrit des articles pour diverses revues : La Nouvelle Quinzaine Littéraire, Europe, Terres de Femmes, Recours au Poème, Terre à ciel, Diérèse, Poezibao…
Isabelle Lévesque a publié en 2011 Or et le jour (anthologie Triages, Tarabuste), Ultime Amer (Rafael de Surtis), Terre ! (éd. de l’Atlantique), Trop l’hiver (Encres vives). Elle a fait paraître en 2012 : Ossature du silence (Les Deux-Siciles), en 2013 : Un peu de ciel ou de matin (Les Deux-Siciles), Va-tout (Éd. des Vanneaux) et Ravin des nuits que tout bouscule (Éd. Henry). En 2013 également un livre d’artiste en français et en italien a été édité : Neve, photographies de Raffaele Bonuomo, traduction de Marco Rota (Edizioni Quaderni di Orfeo). En 2015 : Tes bras seront (poèmes traduits en italien par Marco Rota – Edizioni Il ragazzo innocuo, coll. Scripsit Sculpsit) et Nous le temps l’oubli (Éd. L’herbe qui tremble).



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