Valérie Rouzeau

« Vrouz »

Une douvle lecture de Lucien Wasselin & Michel Baglin

Avec « Vrouz », Valérie Rouzeau revisite à sa façon le sonnet. On vient de lui attribuer le prix Apollinaire 2012.



Environ 150 poèmes de 14 vers. Quatorze en un seul bloc, pas treize ni quinze. Ce n’est pas un hasard : Valérie Rouzeau revisite à sa façon le sonnet. Cette vieille forme poétique apparue en France en 1536, usée jusqu’à la corde par des siècles d’usage, de répétitions et d’abus dus à des plumitifs sans talent… Depuis les années 80 du siècle dernier (je laisse de côté, volontairement, la poésie nationale d’Aragon), le sonnet connaît un regain d’intérêt auprès des poètes : après des décennies de triomphe sans partage du vers libre, le temps est venu de la redécouverte des vertus et des contraintes du sonnet… Mais il ne s’agit plus de respecter à la lettre les règles du sonnet marotique ou de tout autre type de sonnet régulier.
Quelle est l’originalité de Valérie Rouzeau dans ce retour au sonnet ? La page 9 du recueil (le premier poème, en fait) comporte un texte sibyllin, une sorte d’avertissement (« Les sources de mes mots des autres sont citées / en fin de volume / quand elles ne sont pas explicites dans le texte… ») qui renvoie le lecteur à la page 163 où il découvre pour la page 3 ces précieuses indications quant au mot vrouz : « Ça vrouze quand même autrement que autoportraits sonnés avec ou sans moi ! » Propos éclairants quand on se rend compte que Vrouz est formé de l’initiale du prénom et des quatre premières lettres du nom de l’auteur : les sonnets donnés à lire sont des autoportraits ; au terme de ce petit jeu de piste, on a la clef du recueil…
De sonnet en sonnet, le lecteur suit Valérie Rouzeau dans son univers quotidien, à travers le pmu, un cabinet médical, une salle de cinéma, l’internet, le train, un salon de coiffure, le bureau de poste, le monde de la marchandise (et l’on peut remplacer ce dernier mot par exploitation ou profit)… Tout l’art de Valérie Rouzeau est de (faire) voyager à l’intérieur d’un même sonnet : ainsi dans Qui donc se rappellera moi où elle passe de souvenirs d’enfance (« Epicure des piqûres » ou « La gamine du fond du jardin / En paix pourrit son lapin ») à la vie adulte (« Attraper une crève un train ») voire à l’angoisse métaphysique (« … veiller toute la nuit / De la vie la vie… »). Ce magma verbal contrôlé où tout se mélange ou se télescope fait un poème étrange qui révèle à la fois le monde qui, pour le meilleur comme surtout pour le pire, est le nôtre et un être sensible qui le traverse, le supporte, le subit… et, peut-être, essaie de le transformer modestement par l’écriture poétique.
Car si l’on rencontre au détour d’un sonnet Marie-Jeanne, l’héroïne du beau poème de Rimbaud, c’est qu’il s’agit d’être dans le monde, comme tout un chacun « avant l’hiver définitif ». Mais autre chose qu’un passant…

Lucien Wasselin



Lecture de Michel Baglin


Le recueil doit son titre à Jacques Bonnaffé s’écriant « Voici du Vrouz ! », entendez du V(alerie) Rouz(eau). Et c’est bien en effet, comme le souligne Lucien Wasselin ([voir ci-dessus), un autoportrait que Valérie nous donne à lire, puisqu’elle s’y met en scène et en mots dans son quotidien, parfois trivial. Le livre a paru en 2012 à La Table Ronde et obtenu le prix Apollinaire. Voilà longtemps que je voulais en parler, mais Lucien l’a fait très bien sur Texture, avant moi. Pourtant, relisant quelques poèmes ces derniers temps, je n’ai pu réprimer l’envie d’en dire quelques mots. Ne serait-ce que pour souligner que ce recueil est un des plus emblématiques de cette auteure qui fait boiter les mots (lire ici ).
Jeux de mots, calembours, ellipses, emprunts au parler enfantin, au franglais (ce n’est pas ce que je préfère !), à l’argot ou au jargon informatique, métaphores filées et démaillées, zeugmes et autres déconstructions syntaxiques font des pirouettes avec humour sur la piste du poème en quatorze vers (eh, oui, comme un sonnet !), pour partager ses émotions, sa nostalgie, le mal de vivre d’une époque aussi. A elle seule, elle prouve que la poésie reste terriblement, facétieusement « moderne », n’en déplaise aux pisse-froid ! A lire, toute affaire cessante !

M.B.



jeudi 24 mai 2012, par Lucien Wasselin

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Valérie Rouzeau,
Vrouz.


La Table ronde
174 pages, 16 €.





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